Auteur : Jacques Le Goff | Nicolas Truong
Date de saisie : 27/10/2006
Genre : Histoire
Editeur : L. Levi, Paris, France
Collection : Piccolo
Prix : 9.00 € / 59.04 F
ISBN : 978-2-86746-423-2
GENCOD : 9782867464232
Le corps a trop longtemps été oublié par l'histoire et les historiens. Or, il constitue l'une des dynamiques majeures de l'Occident. De l'abstinence des prêtres aux délices du pays de cocagne, du christianisme au paganisme, du rire au don des larmes dont saint Louis était dépourvu, de la mode vestimentaire aux sports, du célibat à l'amour courtois, d'Héloïse à Abélard jusqu'à saint François, le corps est le siège d'une tension fondamentale. À travers l'étude de la matrice de la modernité qu'est le Moyen Âge, Une histoire du corps au Moyen Âge aide à la compréhension du monde où nous vivons.
Jacques Le Goff, chef de file de la «nouvelle histoire», principal héritier et continuateur de l'école des Annales, est le spécialiste de renommée internationale de cet «autre Moyen Âge» qu'il n'a de cesse d'explorer.
Nicolas Truong est journaliste au Monde de l'Éducation.
" Dans un style clair et pédagogique, les auteurs rendent fort bien des enjeux parfois complexes. "
Le Monde
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Extrait de la préface :
Les aventures du corps
«Une histoire plus digne de ce nom que les timides essais auxquels nous réduisent aujourd'hui nos moyens ferait leur place aux aventures du corps.»
Marc Bloch, La Société féodale (1939)
Pourquoi le corps au Moyen Age ? Parce qu'il constitue l'une des grandes lacunes de l'histoire, un grand oubli de l'historien. L'histoire traditionnelle était en effet désincarnée. Elle s'intéressait à des hommes et, accessoirement, à des femmes. Mais presque toujours sans corps. Comme si la vie de celui-ci se situait en dehors du temps et de l'espace, recluse dans l'immobilité présumée de l'espèce. Le plus souvent, il s'agissait de dépeindre les puissants, rois et saints, guerriers et seigneurs, et autres grandes figures de mondes perdus qu'il fallait retrouver, magnifier, et parfois même mythifier, au gré des causes et des nécessités du moment. Réduits à leur part émergée, ces êtres étaient dépossédés de leur chair. Leurs corps n'étaient que symboles, représentations et figures ; leurs actes, que successions, sacrements, batailles, événements. Enumérés, écrits et posés comme autant de stèles censées scander l'histoire universelle. Quant à cette marée humaine qui entourait et concourait à leur gloire ou à leur déchéance, les noms de plèbe et de peuple suffisaient à en conter l'histoire, les emportements et les comportements, les errements et les tourments.
Michelet fait exception et scandale en accordant un rôle historique important à la fistule de Louis XIV. La curieuse étude, fondée sur l'hérédité, du docteur Auguste Brachet, médecin et positiviste, disciple de Littré, Pathologie mentale des rois de France (1903), n'a pas eu d'influence sur l'historiographie. Seul le marxisme, à la périphérie de l'histoire, davantage considéré comme idéologie et philosophie, avait voulu subvertir cette conception traditionnelle de l'historiographie, en particulier avec la notion de lutte des classes.
En faisant place à la «longue durée» et à la sensibilité, à la vie matérielle et spirituelle, le mouvement de l'histoire dite des «Annales» a voulu promouvoir une histoire des hommes, une histoire totale, une histoire globale. Car, si l'histoire a souvent été écrite du point de vue des vainqueurs, comme le disait Walter Benjamin, elle a aussi -dénonçait Marc Bloch - longtemps été dépouillée de son corps, de sa chair, de ses viscères, de ses joies et de ses misères. Il fallait donc rendre corps à l'histoire. Et donner une histoire au corps.
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