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Cours vite camarade ! : la génération 68 et le pouvoir

Couverture du livre Cours vite camarade ! : la génération 68 et le pouvoir

Auteur : Paul Berman

Traducteur : Philippe Rouard

Date de saisie : 27/10/2006

Genre : Politique

Editeur : Denoël, Paris, France

Collection : Médiations

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-207-25846-0

GENCOD : 9782207258460


  • La présentation de l'éditeur

En janvier 2001, le magazine Stern publia plusieurs photographies de Joschka Fischer, alors ministre allemand des Affaires étrangères, prises lors d'une échauffourée en 1973. Sur ces clichés, le jeune Fischer frappe violemment un policier à l'issue d'une manifestation.
Ces images déclenchèrent un scandale. Derrière la personnalité d'un homme politique qui comptait parmi les plus populaires de son pays, c'est toute une génération qui était sommée de se justifier sur son itinéraire, son esprit de rébellion, ses engagements et son influence. Le procès de la génération 68 venait de s'ouvrir. Daniel Cohn-Bendit fut l'un des premiers accusés à la faveur d'une lecture biaisée de ses écrits de jeunesse.
Les affaires Fischer et Cohn-Bendit ne sont pourtant rien d'autre que l'histoire d'individus qui ont connu dans leur vie une évolution incompréhensible si elle est détachée des traumatismes de notre temps.
Joschka Fischer, Bernard Kouchner, Daniel Cohn-Bendit et André Glucksmann sont les figures les plus éminentes de cette Nouvelle Gauche qui refuse toute compromission avec le totalitarisme, quel qu'il soit. Une internationale de la contestation dont la guerre d'Irak a révélé les failles mais aussi les relais dans le monde musulman.

Figure éminente de la gauche américaine, ancien soixante-huitard et, surtout, spécialiste de l'Europe et de la France, Paul Berman était le mieux placé pour raconter avec le détachement nécessaire cette aventure collective. Cours vite camarade ! raconte la fin de l'idéalisme et la découverte du pouvoir. Le roman d'une génération.
Paul Berman est l'auteur des Habits neufs de la terreur (Hachette littératures, 2004).





  • Les premières lignes

La passion de Joschka Fischer

En janvier 2001, le magazine allemand Stem publia cinq photos au grain épais de Joschka Fischer - alors ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier allemand - du temps où, jeune nervi, il participait à une échauffourée à Francfort, en avril 1973.
Que montraient ces clichés ? Une silhouette coiffée d'un casque de motard portant la marque Fischer, face à un policier au casque blanc, avec en arrière-plan une Volkswagen cabossée; on voit la silhouette aller au contact, tandis qu'une jeune femme filiforme, à moins que ce ne soit un garçon aux cheveux longs (l'époque était androgyne), accourt à la rescousse; Fischer et d'autres à l'attaque, le policier plié en deux; le poing ganté de Fischer levé pour frapper le policier dans le dos; celui-ci est recroquevillé sous les coups de pied, deux autres personnes observant la scène. On ne voit plus la Volkswagen cabossée. L'auteur des prises a manifestement contourné la scène, pour la mitrailler avec frénésie.
C'étaient là des images fortes, qui vous ramenaient à l'époque des manifestations gauchistes des années 60 et 70, quand de jeunes militants d'Allemagne de l'Ouest envahissaient les rues et que des Volkswagen se faisaient cabosser. Ces photos rappelant un passé violent soulevèrent un tollé. Le Joschka Fischer de 2001 était membre d'un parti dénommé, de manière ouvertement antibureaucratique, les Verts, après avoir été un homme de la gauche la plus marginale et la plus virulente. Or Fischer était le premier des Verts à avoir décroché un portefeuille gouvernemental, et non des moindres puisqu'il s'agissait des Affaires étrangères. Un homme puissant mais non sans ennemis. Ces photos jetaient une ombre noire depuis les pages glacées du Stern, attirant les foudres des chrétiens-démocrates et autres opposants. Elles disqualifiaient le ministre des Affaires étrangères allemand ; elles lui étaient la capacité à représenter l'Allemagne dans le monde ; elles appelaient à sa démission. L'homme devait répondre de ses actes; il devait démissionner.
Les violentes manifestations de 1973 appartenaient à un passé relativement lointain, et on aurait pu supposer que ceux qui se déchaînaient à son encontre se calmeraient et que le scandale suscité par ces photos s'essoufflerait. Les éditeurs du Stern semblaient avoir anticipé une telle issue en accompagnant les images d'une citation de Fischer («Oui, j'ai été un militant») et puis le grand sujet cette semaine-là était la crise de la viande, phénomène illustré par une énorme saucisse empalée sur les dents d'une fourchette géante. La maladie de la vache folle, voilà un sujet qui n'était pas prêt de se clore.


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