L'armoire des ombres / Passion du livre

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.. L'armoire des ombres

Couverture du livre L'armoire des ombres

Auteur : Hyam Yared

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France

Prix : 19.00 €

ISBN : 978-2-84805-048-5

GENCOD : 9782848050485

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

L'ARMOIRE DES OMBRES. Beyrouth au moment des manifestations de 2005. Une comédienne se présente à un casting. L'accueil est étrange : dès son arrivée, l'ouvreuse lui demande de laisser son ombre au vestiaire. Le metteur en scène veut que l'actrice soit dépouillée de tout pour mieux s'emparer du rôle. Comme elle a un farouche besoin de gagner sa vie - le loyer que lui réclame sa propriétaire et l'éducation de son fils - elle accepte le bout d'essai.
Quand elle revient au théâtre après avoir décroché le rôle, le metteur en scène s'est envolé, et il n'y a pas de scénario. Pour tout décor une armoire, dans laquelle elle découvre... des ombres soigneusement pliées.
Devant un public de plus en plus nombreux, elle déploie les ombres, improvisant à partir de chacune d'elles : elle est Greta la prostituée, Mona la réprouvée... tout en se révoltant contre sa mère, une femme désespérément conventionnelle.
Alors qu'elle finit par se fondre jusqu'au vertige dans ses multiples identités, la comédienne dresse le tableau saisissant d'une société libanaise où les individus n'ont pas de place, et moins encore les femmes. Personne ne parvient à exercer son libre-arbitre, si fortes sont les pressions : même les manifestants exigent des passants une adhésion aveugle à leur cause...
Poète, Hyam Yared écrit un premier roman singulier qui capte à merveille le surréel et l'étrangeté du quotidien tout en livrant une vision du monde subversive et violente. Car son livre interroge avec clairvoyance une société cadenassée par le poids de l'histoire et des traditions, où toute tentative d'émancipation se paie au prix fort.

HYAM YARED est née en 1975 à Beyrouth. Poète et nouvelliste, elle a publié au Liban deux recueils de poésie. L'Armoire des ombres est son premier roman.





  • Les premières lignes

Quand je me suis présentée au casting, j'ai pris la peine d'emmener mon ombre. Ils m'ont dit à l'entrée du théâtre que je n'en avais pas besoin. Ils m'ont sommée de la laisser au vestiaire. L'ouvreuse n'arrêtait pas de lorgner sur elle. Son expression me glaçait. Des petits yeux ronds comme deux billes. J'avais du mal à imaginer mon ombre accrochée au portemanteau. Je n'avais pas le choix. À cause du loyer. Trop besoin d'argent. Je n'en pouvais plus de voir la proprio débouler chez moi chaque fin de mois, reluquer mon inté­rieur, vérifier qu'il n'y avait aucun dégât. Elle disait que je l'avais flouée avec ma grossesse. Ce n'était pas prévu dans le bail de départ. Lorsque nous avions signé, je n'avais pas d'enfant. Mon mari avait négocié les clauses sans prévoir la maternité. Elle veut résilier depuis que mon fils fait du bruit en respirant. Elle sent le rassis, et l'oignon frit. Ça rend le paiement pénible, l'oignon frit.
J'eus beau m'évertuer, ils n'en démordaient pas. Ils insistaient pour que je monte seule sur les planches. Je devais me défaire de toute doublure susceptible d'empiéter sur le rôle. Une ombre, ça commence par vous prolonger, puis très vite ça vous double. Us voulaient des cerveaux et des murs vierges. Us ne transigeaient pas. Sans quoi tout accès à l'audition était interdit. Il fallait arriver au théâtre, expurgé de son ombre, avec l'obsession du vide pour pouvoir se fondre dans le rôle. Le décor. La matière. L'image. Ils m'ont assuré que tout serait plus facile. Plus évident. Paraît que ça aide à mieux endosser le rôle. Le vide. Ça permet d'être heureux.
Je ne compris pas tout de suite ce qu'ils insinuaient par heureux. Je posai la question. On me rabroua. Paraît que poser la question n'est pas recommandé. À cause du bonheur. Il est aveugle. D'après eux j'avais tout de travers. Ils m'ont dit qu'à force de m'encombrer de moi, je passais à côté des réponses. Qu'il me serait plus facile de rester en dehors des questions. De ne pas avoir de choix. Sans choix, pas d'enfer. Arriver sans mon ombre, partir avec le rôle. Ils me firent bien comprendre qu'aucune concession n'était envisageable, à cause des contrats d'embauché formulés à la chaîne. Ils répétaient sans arrêt que c'était à prendre ou à laisser. Je m'enquis de l'utilité d'une telle amputation. «Primordiale, l'amputation est primordiale», avaient-ils rétorqué. J'ai essayé de leur expliquer qu'ils me privaient d'espace. De respiration intérieure. Ça les gênait. Ça les empêchait de rire. Que je respire.


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