Auteur : Stewart O'Nan
Traducteur : Nicolas Richard
Date de saisie : 16/12/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-87929-496-4
GENCOD : 9782879294964
La nuit d'Halloween, dans une petite bourgade du Connecticut. Cinq adolescents foncent en voiture sur des routes sombres, perdent le contrôle du véhicule qui se fracasse contre un arbre. Un an plus tard, Tim et Kyle, les deux seuls survivants, ne sont plus les mêmes. Kyle n'a jamais récupéré ses facultés motrices et mentales, et Tim ne parvient pas à faire le deuil de ses amis. Obsédé par leur souvenir, il est bien décidé, en cette date anniversaire, à rejoindre ceux avec qui il était lié à la vie à la mort.
Chez Stewart O'Nan, le pays des ténèbres n'est pas celui des morts, mais celui des rescapés rongés par la culpabilité. C'est l'Amérique des fast-foods et des supermarchés, celle qui joue à se faire peur en échange de bonbons, celle qui masque ses fêlures.
Hommage aux grands maîtres du fantastique et de l'épouvante (de Ray Bradbury à Stephen King en passant par la trilogie culte des «Morts vivants» de George Romero), Le Pays des ténèbres mêle pop culture, surnaturel et intimisme. Tour à tour facétieux et sensible, Stewart O'Nan confirme qu'il est l'un des meilleurs chroniqueurs de l'Amérique d'aujourd'hui.
Stewart O'Nan est né en 1967 à Pittsburgh. Le succès de ses livres, aux États-Unis et en Europe, lui a permis de se consacrer à plein temps à son oeuvre. Les Éditions de l'Olivier ont publié : Des anges dans la neige (1997), Speed Queen (1998), Le Nom des morts (1999), Un monde ailleurs (2000), Un mal qui répand la terreur (2001) et Nos plus beaux souvenirs (2005).
Alors que novembre arrive à nos portes, que les feuilles viennent caresser les tombes et que la nuit gagne sur le jour, voici une histoire de morts facétieux et de vivants lugubres...
Une fois de plus, l'écrivain excelle dans la description au scalpel d'une banlieue américaine abonnée au bonheur factice, avec les maisons toutes identiques, les pelouses bien taillées, le même poteau de basket au-dessus du garage, les sorties dans les supermarchés et les McDo, où l'on se gave de graisses et de sucreries, comme d'autres se noient dans l'alcool, pour oublier un colossal vide intérieur, un ennui mortel. Aux yeux de l'écrivain, la vraie Amérique est dans ce désespoir quotidien, loin des rêves mensongers, des réussites boursières véhiculés par les chaînes de télévision et le gouvernement. Stewart O'Nan s'empare de destins brisés, d'êtres à la dérive, qu'il porte à bout de plume, avec compassion, comme il l'a fait depuis son premier roman Des anges dans la neige (1997).
La foire des ténèbres
Approchez, vous l'entendez ? Le vent - qui murmure dans les avant-toits, qui furète dans les arbres dépouillés. Il mugit, presque musical, une symphonie de râles anciens La maison semble haleter, telle une invalide. Renoncez à votre Nuit de l'épouvante, ce sera mieux que la télé. Laissez les lumières éteintes. Le reflet bleuté vous suit dans le couloir. Allez à la fenêtre de la chambre inoccupée, le froid filtre à travers la vitre. La lune s'est levée, la voilà prise dans les branches qui dodelinent. L'image vous retient, des troncs noirs éclairés par-derrière, un rai argenté strie la véranda, vous invite. C'est un conte fantastique, cet appel à la folie (lycanthropie, une danse avec le vampire), brut et cependant interdit, tentant, quelque chose dont le souvenir reste dans le sang.
Vous ne vous posez jamais la question ?
Vous ne voulez donc pas savoir ?
Alors venez, accompagnez-nous, sortez dans la nuit. Viens, Amérique transie d'amour, timide Amérique, bénie, cultivée, viens hanter les obscures petites routes de campagne, t'embusquer près de la lumière des maisons, dans le jardin, calme comme un meurtrier, silencieux comme un cerf. Levez-vous, bande d'assoupis, tas d'empotés, arrachez-vous à vos torpeurs innombrables et venez survoler les forêts sauvages. Venez tous, rêveurs, zombies, monstres. De toute manière, que faites-vous ? Vous payez les factures, vous lavez la vaisselle, vous attendez qu'on sonne à la porte ? Allez, prenez vos clés, laissez le saladier rempli de friandises sur le porche, enfilez le masque étouffant d'un autre et respirez. Devenez quelqu'un que vous n'aimez pas trop, pour une fois. Tendez l'oreille : comme les enfants, c'est notre seule soirée.
Ça va être marrant, croyez-moi. On ne nous attrapera pas. C'est un jeu, après tout, une mascarade. C'est la banlieue ici ; il n'arrive jamais rien.
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