Auteur : Christian Carrère
Préface : Walter Spanghero
Date de saisie : 26/10/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Jacob-Duvernet, Paris, France
Collection : Légende du sport
Prix : 19.90 € / 130.54 F
ISBN : 978-2-84724-122-8
GENCOD : 9782847241228
Capitaine charismatique, à 24 ans, d'un XV de France qui a révolutionné l'histoire du rugby avec un premier Grand Chelem arraché en 1968. Christian Carrère livre enfin ses souvenirs de joueur d'exception et d'homme comblé.
Son épopée est celte d'une génération talentueuse du rugby, celle des Spanghero, des Dauga et des Maso, aiguillonnés par les Gachassin et autres Camberabero, qui fit trembler les Ail Blacks eux-mêmes. C'est aussi celle d'une époque qui fleure bon le terroir, et qui, loin du star-system sportif d'aujourd'hui, s'ancre dans des valeurs, des traditions et des amitiés...
Pourtant l'enfant de Bigorre ne tire pas sa richesse du seul sport. Sa carrière d'après-rugby, Christian Carrère la doit aussi au maître, au créateur, Paul Ricard, à qui il rend hommage. Mais il évoque aussi ses compagnons d'armes, du Bataillon de Joinville au RC Toulon de sa gloire, et la foule des sportifs, des gastronomes et des politiques qu'a su rallier à lui ce «capitaine de vie».
Ami fidèle, épicurien et homme de relations publiques. Christian Carrère s'ouvre avec sincérité, prouvant combien une existence accomplie peut couler comme un long fleuve tranquille, au plus profond de nuits arrosées des meilleurs crus qui entretiennent si bien la fraternité sportive.
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Mon père militaire
Bigourdan de souche, je suis né à Tarbes, par temps de guerre, un 27 juillet 1943. Je n'ai évidemment aucun souvenir de cette prime jeunesse. En fait, les premières lueurs qui éclairent ma mémoire me viennent du Maroc, terre à la fois authentique, mystérieuse et charmeuse, où mon père, Robert, est très rapidement muté en sa qualité d'officier.
Mon père évolue en première division française à l'AS tarbaise, bastion réputé pour sa rudesse. Mais cette caractéristique ne constitue toutefois pas un problème majeur pour lui. Il apprécie en effet de vivre à sa juste valeur ce rôle de pilier du devoir, sachant s'adapter à toutes les situations.
Il joue également à la section paloise avec laquelle il remporte le Challenge Yves du Manoir, avant de porter, quelques années, les couleurs du Stade Toulousain. Cette filiation explique donc, tout naturellement, ma carrière future.
Basé à Rabat, mon père est ainsi non seulement cadre de l'armée de l'Air mais aussi entraîneur de l'Olympique marocain. A ce titre, il recrute à l'Etat-major quelques joueurs français de renom qui choisissent de rejoindre le Maroc plutôt que d'aller guerroyer en Algérie.
Ses séances d'entraînement dirigées avec passion et assiduité et les matches auxquels il m'emmène, chaque dimanche, avec ma mère, m'initient aux bienfaits de l'esprit d'équipe. Auprès de mon père, il fait bon sortir...
Mais ce papa, qui m'a éduqué avec la rigueur propre à tous les militaires, reste l'objet de l'interrogation suprême de mon existence. Lui qui a été homme (et joueur) de rugby pendant une grande partie de sa vie n'est jamais venu me voir jouer au cours de ma carrière internationale, contrairement aux membres de la famille de tous nos amis, Walter, Benoît, etc. Pour quelle raison secrète ?
Pourtant, j'attends sans cesse ses encouragements au stade de Colombes, et j'espère ne fut-ce qu'une brève apparition à Rueil-Malmaison, au Club Shell, notre lieu de retraite avant les matches. En vain. Il reste étrangement dans l'ombre. Absent, lointain et sans me faire ce petit signe qui, certainement, me donnerait la plus forte des motivations.
D'ailleurs, je n'ai jamais eu le courage de lui demander le pourquoi de cette étonnante passivité, et maintenant, il est hélas trop tard. Il est parti.
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