Auteur : Yves Mazagre
Préface : Gilles Lapouge
Illustrateur : Pierre Dubrunquez
Date de saisie : 26/10/2006
Genre : Poésie
Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-915695-81-6
GENCOD : 9782915695816
Ce livre d'égarement, de labyrinthes et de pertes, est un long hurlement d'amour et de mort. Il faut bien avouer qu'il est difficile d'aimer quand on ne sait pas qui l'on est, et pas d'avantage qui est la femme que l'on aime et que l'on pleure. Comment aimer et comment vivre, quand on est soi-même toute une peuplade et que chacun de ceux que l'on croise, la femme au premier chef, sont également des peuplades, des avenirs et des passés, des bonobos, des singes vieux de deux millions d'années, et leurs singesses et leurs «coïts répétitifs», des arbres et des méduses ? Ou bien, on se mélange avec la femme jusqu'à la fureur et l'on devient un de ces hermaphrodites, un de ces êtres sphériques entrevus par Platon, homme et femme à la fois, et dont chacune des deux moitiés copule sans trêve avec l'autre moitié.
Telles sont les règles sans pitié de l'amour fou. Celles qui régissent la jouissance et la terreur des amants incestueux, la soeur et le frère, cette Agathe et cet Ulrich, les amants inassouvis de Robert Musil, à jamais carbonisés par le souvenir de ces «deux ventres copulants» et l'éclair fixe, irrémédiable, des «quelques minutes extravagantes de leurs peaux accolées».
Gilles Lapouge
Commander ce livre sur Fnac.com
Extrait de la préface de Gilles Lapouge :
Grand angle
Rien de plus simple que ce livre. Il y a un narrateur et ce narrateur est très compétent, très serviable. Il nous prend par la main, il nous guide dans des paysages et nous dit ce qu'il voit, ce que nous voyons. Ce qui gêne un peu son entreprise, c'est que ce narrateur est très nombreux. Il est légion, comme on dit dans la Bible. Il y a foule, au-dedans de lui. Toits ces narrateurs prennent la parole. Chacun raconte son histoire, plonge dans sa mer des Sargasses ou tâtonne dans sa forêt amazonienne. Chacun se souvient, raconte ses dérives, ses amours folles et ses amours tristes, ses voyages dans les eaux du globe, ses rencontres au coin du bois d'un songe, ses errances, les déluges de Sumatra, la terre des Papous, celle des jivaros qui vous réduisent la tête à rien, ou bien le sortir du crématoire dans lequel le cadavre de la femme aimée, «l'épouse érotique et la mère», a été transformé en «en sable blanc», en «un peu de cendres crayeuses», et le narrateur est inconsolé, et il pleure sa belle singesse, «la guenon qui ne cessait jamais de le toucher».
Le compliqué, c'est que tous les narrateurs s'embrouillent les uns dans les autres et comment sauraient-ils se connaître, savoir où ils commencent et où ils s'achèvent, dans ce magma d'ancêtres, de viscères, de lymphes, de globules, d'abcès, de pères, de cervelles, de mères et de désirs qui fait leur identité, leur absence d'identité. C'est même pour cela, pour savoir qui ils sont et pour ne pas savoir, qu'ils ont entrepris leur quête, leur navigation, leur Odyssée, qu'ils sont partis à la recherche de leur identité perdue. Mais la quête est sans espérance. Plus ils croient qu'ils s'aperçoivent eux-mêmes, et plus leur figure se défait, se métamorphose et s'enfuit. Leur identité est une ombre devinée, une Eurydice. Plus ils l'approchent et plus cette identité se fragmente, se disperse, s'éparpille, comme les cendres de l'aimée, et meurt. Ce n'est pas pour rien que le narrateur s'appelle aussi Protée, un autre spécialiste du «moi perdu» c'est-à-dire du «moi innombrable» Protée, fils de deux mères et de deux pères, fis de «quatre ovaires, de quatre testicules et de deux vagins», Protée, le dieu sans visage et sans ombre, le «vieillard de la mer», qui, comme les marins de Xénophon, n'appartient ni au monde des vivants ni au monde des morts.
Protée est rusé. Infatigable. Il ne s'est pas faufilé seulement dans le narrateur. Il a envahi chacun des êtres et des choses que le narrateur a connus ou aimés. Quelle est-elle, la femme inoubliée, celle dont les viscères continuent de se décomposer tout au long du voyage, et qui s'appelle Circé, l'impudique Circé, Médée, Méduse, Marie-Claude et Evelyne, Héloïse, Shéhérazade et Eurydice, Suzanne que lorgnent ses vieillards, ou bien Thérèse. Thérèse ? Mais quelle Thérèse ?
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli