Limites de la violence : lecture d'Albert Camus / Passion du livre

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Couverture du livre Limites de la violence : lecture d'Albert Camus

Auteur : Marc Imbeault | Yves Trottier

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Sociologie, Société

Editeur : Presses de l'Université Laval, Québec, Canada

Collection : Lectures

Prix : 16.00 €

ISBN : 978-2-7637-8317-8

GENCOD : 9782763783178

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  • La dédicace de l'auteur

Je dois à Albert Camus ma passion pour la littérature et la philosophie. Un jour, pendant mes études en sciences politiques, une amie m'a recommandé la lecture de la La chute, le dernier roman publié de Camus. Je l'ai lu quatre fois. Quatre fois de suite ! Sous le charme, envoûté par son style lucide et sa plume incisive, j'ai dévoré le reste de l'oeuvre : romans, théâtre, essais, articles de journaux, nouvelles.

Je retrouvais chez Camus ce mélange de fatalisme et d'optimisme qui tourmentait ma pensée. La vie a-t-elle un sens ? Le bonheur est-il possible ? Tout est-t-il permis ? Du mythe de Sisyphe à L'homme révolté, Camus m'a accompagné dans la formation de mon esprit, mais surtout de mon regard sur le monde.

Rébarbatif à toute affiliation à une école de pensée, je craignais les grandes idéologies. La possession de la Vérité m'apparaissait une entreprise beaucoup trop périlleuse pour la raison humaine. Camus m'offrait un sauf-conduit hors des ces visions étriquées du monde qui mènent à la violence.

Devant l'émergence des fondamentalismes religieux et des violences qui les caractérisent, notamment en Afghanistan et en Iraq, Marc Imbeault et moi croyons nécessaire un retour à la pensée de Camus, ne serait-ce que pour nous remémorer les dangers d'une adhésion sans nuance à un quelconque dogme.


Yves Trottier



  • La présentation de l'éditeur

Ce livre retrace l'évolution de la conception de la violence dans la pensée d'Albert Camus, depuis ses premières oeuvres littéraires jusqu'à la publication de L'Homme révolté. La violence est, pour Camus, à la fois inévitable et injustifiable. Elle constitue une rupture du lien de solidarité qui unit les êtres humains dans une même condition. Toutefois, Camus croit qu'une morale est nécessaire pour contrer la violence. Il identifie une valeur fondamentale, la dignité humaine, sur laquelle repose sa morale. Autrui, qui exige inconditionnellement le respect, devient une limite indépassable. Camus, en fait, refuse la justification de la violence par la supposée noblesse des fins. C'est le sens de son combat contre le terrorisme en Algérie.

Yves Troltier est professeur d'histoire et de science politique au Centre de perfectionnement professionnel des militaires du rang des Forces canadiennes situé au Campus du Fort Saint-Jean. Il a publié deux romans, L'euthanasiste ambulant et La part au Gros, aux Editions JCL.

Marc Imbeault est professeur de philosophie à la Division des études permanentes du Collège militaire royal du Canada. Il a publié plusieurs livres avec Gérard Mantifroy, Géopolitique et démocraties, Géopolitique et idéologies, Géopolitique et économies, Géopolitique et philosophies, Géopolitique et pouvoirs, et le discours philosophique, avec Claire-Marie Clozel.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

La mort d'un homme est une fin du monde.
Ce qu'il y a de plus grand en vous surgit de vos limites.
Jean d'Ormesson, La douane de mer

La rhétorique de la plus grande puissance mondiale donne des frissons. Les États-Unis sont en croisade. Incarnant le Bien, ils pourchassent le Mal partout où ils veulent le trouver. L'Empire du Mal a été remplacé par l'Axe du Mal. L'ennemi d'hier est vaincu, mais le Mal persiste, il a pris une nouvelle forme. Un nouveau manichéisme tranche entre les bons et les méchants. L'intolérance prend le pas sur la tolérance et bientôt il faudra choisir son camp. Mais encore et toujours, il n'y a que deux options : celle du Bien et celle du Mal. Retour à la bichromie, ou plutôt à l'absence de nuances : ou l'on brandit fièrement l'étendard tout blanc du Bien, ou l'on exhibe les noirs lambeaux du Mal. Entre les deux, un néant infranchissable, un véritable no man's land. Et contre le Mal, tout est permis. Il suffit de combattre pour la bonne cause, d'élever le glaive de la Vérité et de l'abattre sur la tête des «possédés».
Les terroristes d'hier et d'aujourd'hui sont d'accord au moins sur ce point...

Nous nous retrouvons du coup à la fin de l'histoire, inaugurée par le règne de l'État de droit, sans que la magie de la négation de la négation ait opéré son charme. Le combat dialectique se poursuit et la synthèse, incessamment remise à plus tard, ne semble trouver sa rationalité que dans la victoire par les armes du plus fort. Le savoir absolu hégélien n'a rien résolu, sinon qu'il a su apaiser la conscience des puissants en justifiant leur recours à la force. L'efficacité militaire donne raison au vainqueur tout en jetant aux oubliettes de l'histoire le vaincu. Hors de la Force, point de salut, semble dire Goering au procès de Nuremberg lorsqu'il clame que le seul tort d'Hitler est d'avoir perdu la guerre. Il eût suffi, selon lui, d'une victoire pour que les rôles fussent inversés et que les accusés prissent la place des accusateurs.
Que cela signifie-t-il ? Tout est-il justifiable à celui qui possède la force d'imposer sa volonté ? La violence peut-elle justifier par elle-même les entreprises humaines sur le plan historique ? Si oui, alors nous nous retrouvons pris au piège d'un cercle vicieux puisque, si la fin poursuivie justifie le recours à la violence dans la mesure exacte où il en permet la réalisation, le recours à la violence justifie à son tour cette fin en la réalisant. La violence est légitime parce que la fin est légitime, et la fin est légitime parce que la violence la justifie par son succès. Derrière ce raisonnement se cache un sophisme qui élude le problème éthique que
pose l'action humaine. Il ne suffit pas que la fin soit moralement bonne pour que soient justifiés les moyens qui l'actualisent. Conclure de la sorte implique que l'on refuse à la morale toute autonomie vis-à-vis du politique et qu'on la réduise à la seule valeur du succès. Devient éthique alors tout ce qui est efficace et la morale n'est plus qu'un sceau de légitimité que l'on appose sur la réussite ; cela indépendamment de tout jugement que l'on voudrait fondé sur ce qui, dans l'expérience humaine, est universel.


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