Auteur : Bernard W. Knox | Simone Weil
Préface : Enrique Escobar
Date de saisie : 17/12/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Arléa, Paris, France
Collection : Post-scriptum
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-86959-686-3
GENCOD : 9782869596863
Combien de lecteurs, même cultivés, ne voient dans l'Iliade qu'une suite monotone de batailles et s'abstiennent donc d'ouvrir le livre, même s'il se trouve depuis toujours sur les rayons de leur bibliothèque ? Nous en avons fait récemment l'expérience en travaillant sur des inédits du philosophe Cornelius Castoriadis consacrés à la Grèce ancienne : pourquoi, nous disait-on, cet intérêt d'un homme qui fut si résolument engagé dans les combats de son siècle pour un texte qui nous parle de tout autres combats ? Et vous-mêmes, qu'y trouvez-vous ? Il n'est sans doute pas de meilleure réponse que celle fournie par les pages denses et claires de l'helléniste américain Bernard Knox - l'introduction rêvée pour tout lecteur non spécialiste - et l'article saisissant de Simone Weil, réflexion sur le thème de la force dans l'Iliade, qui offre en outre une traduction des passages les plus significatifs de l'oeuvre parmi les plus belles qui soient. L'Iliade parle en effet de batailles; de la fragilité de notre condition; de mort et de réconciliation : et c'est bien en ce sens qu'il s'agit d'un poème pour nous - pour les lecteurs du XXIe siècle.
Enrique Escobar, Myrto Gondicas, Pascal Vernay, les éditeurs de l'ouvrage
Édition établie par Enrique Escobar, Myrto Gondicas et Pascal Vernay
L'Iliade est un long poème «classique», que bien des gens cultivés ne lisent de nos jours qu'avec difficulté. À tort ou à raison, l'Odyssée - où il est question de voyages et de métamorphoses, de monstres et de belles magiciennes - semble d'une lecture plus aisée. Malgré les adaptations cinématographiques plus ou moins fidèles, malgré les très nombreuses éditions scolaires, achetées par routine, l'oeuvre est-elle vraiment lue ? Que dire à ceux pour qui l'Iliade n'est qu'une suite monotone de batailles, où l'on voit se massacrer sans fin des gens aux noms et aux croyances bizarres ? Il n'est peut-être pas de meilleure réponse, ni de meilleur début de réponse que celles fournies par les deux textes ici réunis.
Ils ont été écrits à des moments très différents, par des auteurs que bien des choses séparent mais qui ont eu en commun deux passions : celle de la Grèce ancienne et celle des questions historiques les plus actuelles. Ces deux lecteurs de l'Iliade ont pleinement participé aux luttes de leur temps. Tous deux ont été confrontés à des circonstances où, pour reprendre le mot de Simone Weil, il n'est rien de plus naturel à l'homme que de tuer. Avant d'être un helléniste distingué, le jeune Bernard Knox prit part, dans les rangs des Brigades internationales, aux combats pour la défense de Madrid pendant la guerre d'Espagne. Quant à celle qui fut un temps collaboratrice de la revue syndicaliste la Révolution prolétarienne, et qui fut aussi présente en Espagne, elle porta sur quelques-uns des grands problèmes de l'époque un regard d'une acuité inattendue chez cette future mystique.
Les pages de Knox ont d'abord été publiées en anglais comme introduction à la traduction de l'Iliade de Robert Fagles (Penguin Books, 1991) ; riches de l'érudition de leur auteur, elles représentent la meilleure introduction dont puisse actuellement rêver le non-spécialiste.
Le texte de Simone Weil parut pour la première fois sous un pseudonyme, entre décembre 1940 et janvier 1941, dans les Cahiers du Sud ; il fut repris après sa mort dans le recueil La Source grecque (1953), suscitant très tôt une admiration inconditionnelle, y compris dans les cercles spécialisés ; il offre par ailleurs l'avantage de donner, des fragments les plus significatifs de l'Iliade, des traductions parmi les plus belles qui soient.
L'Iliade a été pendant plus de mille ans une sorte de «Bible» pour la civilisation antique. Ce que ses lecteurs y ont appris peut être aussi riche d'enseignement, malgré la relative étrangeté pour nous de la forme, pour les lecteurs du XXIe siècle : fragilité de la condition humaine (les générations des hommes passent «comme celles des feuilles») ; puissance des forces sur lesquelles l'homme n'a pas de prise ; nécessité de la réconciliation par-delà les massacres (et notre époque n'en est pas avare), car l'hubris, la démesure - parce que la force change tôt ou tard de mains -, entraîne inexorablement la catastrophe. Chacun à sa façon, ces deux textes nous guident pour aborder le poème à la fois dans son étrangeté réelle - qui est tout autre chose que de l'exotisme - et dans sa profonde proximité.
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Extrait de l'avant-propos :
Quelque lumière dans cette fosse aux murènes...
De l'Iliade, chacun sait au moins qu'il s'agit d'un poème très long, dont on fit grand cas dans le passé et que de nos jours bien des gens cultivés ne lisent qu'avec difficulté. L'idée de réunir en un volume de dimensions réduites ces textes de Bernard Knox et de Simone Weil est née dune expérience personnelle récente à ce propos. Travaillant sur des séminaires de Cornélius Castoriadis consacrés à la Grèce ancienne et tout spécialement, pour une bonne part, à l'Iliade, j'eus parfois à faire face à l'étonnement de proches qui ne comprenaient ni l'intérêt extrême porté au poème par Castoriadis - homme de son siècle s'il en fut -, ni mon propre intérêt. À tort ou à raison, l'Odyssée semble avoir plus d'attraits : il y est question de voyages et de métamorphoses, de monstres et de belles magiciennes, de crime et de châtiment. Que dire à ceux pour qui l'Iliade n'est qu'une suite monotone de batailles où des gens aux noms et aux croyances bizarres se massacrent avec une efficacité redoutable ? Il n'est peut-être pas de meilleure réponse, ou de meilleur début de réponse, que celle donnée par les deux textes que nous présentons. Ils ont été écrits à des moments très différents par des auteurs que bien des choses séparent mais qui ont eu en commun deux passions : celle de la Grèce ancienne et celle des questions historiques les plus actuelles. Ces deux lecteurs de l'Iliade ont pleinement participé aux luttes de leur temps, et ils ont été tous deux, en particulier, confrontés à ces circonstances où, pour reprendre le mot de Simone Weil, «il n'est rien de plus naturel à l'homme que de tuer». Avant d'être un helléniste distingué, le jeune Knox prit part, dans les rangs des Brigades internationales, aux combats pour la défense de Madrid pendant la guerre d'Espagne. Quant à celle qui fut un temps collaboratrice de la revue syndicaliste révolutionnaire La Révolution prolétarienne, et qui fut aussi présente en Espagne, les articles repris dans Oppression et liberté ou dans les Ecrits historiques et politiques permettent d'apprécier l'acuité du regard qu'elle porta sur quelques-uns des grands problèmes de l'époque - de ces problèmes qui ont, d'ailleurs, fait trébucher tant d'autres observateurs qui auraient dû être, par formation ou par vocation, bien plus au fait des choses terrestres que notre future mystique.
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