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Vous ne me connaissez pas

Couverture du livre Vous ne me connaissez pas

Auteur : Joyce Carol Oates

Traducteur : Claude Seban

Date de saisie : 02/11/2006

Genre : Policiers

Editeur : P. Rey, Paris, France

Collection : Roman étranger

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-84876-067-4

GENCOD : 9782848760674


  • La présentation de l'éditeur

Kidnappeurs, assassins, violeurs, terroristes ou parents abusifs, on les rencontre souvent chez Oates sans s'en méfier immédiatement, pas plus que ne s'en méfient leurs victimes. À première vue, ils paraissent tellement inoffensifs.
C'est alors que revient la question à la fois banale et lancinante : qui sommes-nous tous vraiment ? La personnalité est-elle quelque chose de stable et de cohérent, ou bien une nébuleuse aussi mouvante, changeante et potentiellement catastrophique que le temps ? Dans le monde de Joyce Carol Oates, notre identité même - et celle de tous ceux que nous croyons connaître - est sans doute le plus impénétrable des mystères. «Vous ne me connaissez pas...»
Ces dix-neuf nouvelles, aussi inquiétantes que leurs personnages, le lecteur en tournera à coup sûr avidement les pages. Mais il risquera parfois d'y laisser sa sérénité.

Née en I 938, Joyce Carol Oates est l'auteur d'une oeuvre considérable qui l'a placée au premier rang des écrivains contemporains. Elle a reçu en 2005 le Prix Femina étranger pour Les Chutes.



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  • Les premières lignes

CURLY RED

J'étais la préférée des sept enfants de papa, mais ça ne l'a pas empê­ché de m'envoyer en exil quand j'avais treize ans et de refuser de me parler pendant vingt-sept ans, et il ne m'a pas non plus permis de revenir dans notre maison de Crescent Avenue à Perrysburg, New York, même à la mort de grand-mère (mais il n'a pas pu m'interdire d'assister au service funèbre à Saint-Stephen ni ensuite à l'enterrement dans le cimetière de l'église, où je suis restée loin des autres, à pleurer) alors que j'avais vingt-deux ans. C'est seulement dans les derniers mois de sa vie, quand il était affaibli par son emphysème et que sa colère le quittait goutte à goutte, que j'ai eu le droit de revenir aider maman de temps en temps. Parce que alors maman avait besoin de moi. Mais cela n'a plus jamais été la même chose entre nous.
Papa n'avait que soixante-treize ans quand il est mort, mais il avait l'air beaucoup plus vieux, ravagé. Il ne s'était jamais ménagé : le travail (plombier, tuyauteur), la boisson, le tabac, la fureur. Toute sa vie active, il avait été un syndicaliste militant. Batailles contre les employeurs, et contre d'autres membres et responsables syndicaux. À chaque élection, papa était en ébullition pendant des semaines. Un de ces hommes qui agissaient dans les coulisses, qui «décidaient du vote ouvrier de Perrysburg». Un homme musclé aux airs assurés de coq, mais nerveux, soupçonneux. Papa était un personnage connu dans la région. Il avait été boxeur amateur, catégorie mi-lourds, dans l'armée américaine (1950-1952), il s'entraînait dans un gymnase de la ville, avait un punching-ball et un sac de sable dans le garage, boxait avec mes frères, qui, malgré leur jeu de jambes, n'arrivaient jamais à rester hors de portée de son cross du droit «dynamite». Quand j'habitais chez des parents à l'autre bout de la ville, pendant ce que j'appelle mon exil, je voyais mon père de loin : je l'apercevais dans la rue, sa photo paraissait dans le journal. Puis les choses ont changé, des hommes plus jeunes se sont imposés dans le syndicat, papa et ses amis ont perdu le pouvoir, papa est tombé malade, et une maladie en a entraîné une autre. Quand j'ai fini par avoir le droit de revenir dans la maison de Crescent Avenue, papa recevait des soins palliatifs et c'était devenu un vieillard - vingt-cinq kilos de moins, des sillons sur le visage comme on en ferait avec une fourchette dans une pâte à tarte. Je l'ai regardé longtemps. Etait-ce vrai­ment mon père ?


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