Préface : Pierre Furlan
Date de saisie : 02/11/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : S. Wespieser éditeur, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-84805-047-8
GENCOD : 9782848050478
LES BELLES ETRANGERES.Cette anthologie réunit des textes inédits des douze écrivains néo-zélandais les plus représentatifs de leur pays, invités à sillonner la France à l'automne 2006 à l'occasion des Belles Étrangères : nouvelles, extraits de romans, essais, poèmes, bande dessinée, autant d'invitations à découvrir des imaginaires nourris par leur territoire lointain.
Par-delà les clichés des bons sauvages en pagne vivant au milieu des moutons, des rugbymen lançant leur cri de guerre ou des vans psychédéliques sillonnant les deux îles qui constituent le Pays du long nuage blanc - traduction de son appellation maori, Aotearoa -, les textes ici rassemblés rendent compte de la diversité kiwi. Qu'ils soient maori ou pakeha (d'origine européenne), les auteurs de cette anthologie, qui tous écrivent en anglais, interrogent de manière passionnante leur identité dans un monde globalisé.
Comme le dit Pierre Furlan en conclusion de sa préface, «la Nouvelle Zélande ne dispose pas d'un continent et d'un vaste marché intérieur qui mettraient ses livres à l'abri du reste du monde. La conscience de se trouver à la lisière de l'univers l'oblige à une confrontation et une recherche constantes, un déplacement perpétuel qui, en réalité, sont partie intégrante du territoire littéraire, territoire dont les frontières sont indécises puisqu'elles passent par chaque lecteur. Et qui est fait de ces longs nuages blancs et de ces rêves encore plus longs qu'aucune carte géographique ne pourrait fixer. Ils arrivent tranquillement jusqu'ici.»
DOUZE ÉCRIVAINS NÉO-ZÉLANDAIS : JENNY BORNHOLDT ° GEOFF CUSH ° ALAN DUFF ° SIA FIGIEL ° JAMES GEORGE ° DYLAN HORROCKS ° FIONA KIDMAN ° ELIZABETH KNOX ° OWEN MARSHALL ° VINCENT O'SULLIVAN ° CHAD TAYLOR ° ALBERT WENDT.
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Extrait de l'avant-propos de Pierre Furlan :
Lorsqu'on parle de littérature néo-zélandaise en France, on s'entend souvent demander en quoi elle se distingue de l'immense production anglophone en voie de mondialisation. La question est si légitime que les écrivains de Nouvelle-Zélande n'ont pas manqué de se la poser eux aussi.
Je dis «Nouvelle-Zélande», mais ne devrais-je pas dire «Aotearoa», pour lui donner le nom que les Maori ont préféré au XXe siècle et qui signifie «long nuage blanc» ? Je pourrais même articuler les deux noms à la suite, comme on le voit souvent faire aujourd'hui. Cet accouplement aurait le mérite, me semble-t-il, non pas de laisser entrevoir un biculturalisme plutôt théorique, mais d'indiquer une sorte d'hésitation entre deux cultures fondatrices et, ainsi, de rendre apparente la quête d'identité qui a toujours animé la littérature néo-zélandaise.
Dans les premiers temps de la colonie, le principal souci était d'amarrer la Nouvelle-Zélande aux îles britanniques. La ville de Dunedin se présentait en nouvelle Edimbourg et Christchurch en calque de l'Angleterre. Plus tard, exister par soi-même allait impliquer une autre distance, exiger de regarder autour de soi et de se voir réellement dans le Pacifique avec un peuplement maori important. Ce fut là une des tâches de la meilleure littérature du début du XXe siècle. Jusqu'alors, les Maori ne figuraient dans le paysage culturel que par l'exotisme. Lydia Wevers a très bien parlé du paysage naturel transformé en décor sublime de carte postale ; elle relève que, dès 1880, l'agence de voyages Thomas Cook & Sons avait découpé le pays en «scenic wonderlands» pour favoriser le tourisme. Puis on a vu des groupes maori exportés au Royaume-Uni pour des tournées de spectacle. La littérature ne pouvait pas longtemps se satisfaire de ce décor, et les écrivains sérieux ont dû, soit décider comme Katherine Mansfield (1888-1923) ou John Mulgan (1911-1945) de rejoindre l'Angleterre où ils estimaient pouvoir être reconnus, soit, à la manière des poètes Denis Glover (1912-1980) et Allen Curnow (1911-2001), prendre leurs distances avec le pays d'origine pour enfin s'intéresser à ce qu'ils avaient sous les yeux. L'histoire de l'identité culturelle de la Nouvelle-Zélande est une navigation. Elle rejoint ainsi, curieusement, la mythologie maori qui voyait dans l'île du Nord un poisson tirant le canot représenté par l'île du Sud - image qui a dû hanter l'inconscient de bien des écrivains.
Dans ce pays où la mer n'est jamais à plus de soixante kilomètres, on sent toujours le vent du large avec plus ou moins de force : celui, froid mais pur, qui souffle de l'Antarctique, ou celui, plus lourd, des mers chaudes du nord.
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