Auteur : Dan Gearino
Traducteur : Fanchita Gonzalez Batlle
Date de saisie : 02/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : L. Levi, Paris, France
Collection : Piccolo
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-86746-422-5
GENCOD : 9782867464225
«Je n'ai pas prononcé un seul mot depuis le matin où je suis descendu du car à Barrington, il y a cinquante-deux ans. J'avais dix ans, et ma mère venait de se volatiliser au beau milieu de la nuit. Depuis, elle n'a plus jamais donné signe de vie [...]. Tout le monde ici vous dirait que je suis sourd-muet. Rien de plus faux. En réalité, j'ai entendu tout ce qui en valait la peine dans cette ville.» Les confidences qui vont suivre dévoilent une ville du sud des États-Unis pourrie par l'argent, l'ambition et la xénophobie.
Dan Gearino, après des études de cinéma et des collaborations à différents journaux, rejoint le News & Observer en 1993. Puis il embrasse une seconde carrière de romancier. J'ai tout entendu est son premier roman. Il continue son auscultation du Sud dans De toutes pièces. Sa vision de la littérature ? «Le roman doit être une enquête, pas une confession.»
" Gearino est de ces écrivains dont l'inventivité, la malice, la cruauté, la justesse du regard n'ont d'égal que l'art et la maîtrise du récit. "
Télérama
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Ma réputation de conteur est encore à faire. Ça n'a rien d'étonnant, vu que je n'ai pas prononcé un seul mot depuis le matin où je suis descendu du car à Barrington, il y a cinquante-deux ans. J'avais dix ans, et ma mère venait de se volatiliser au beau milieu de la nuit. Depuis, elle n'a plus jamais donné signe de vie, et moi je n'ai plus jamais quitté Barrington ; on ne peut pas dire que je me sois aventuré bien loin de la gare routière. C'est là que j'ai dormi presque toute ma vie, dans le cagibi à l'arrière du bâtiment.
Si je ne parle pas, c'est parce que je l'ai choisi. Tout le monde ici vous dirait que je suis sourd-muet. Rien de plus faux. En réalité, j'ai entendu tout ce qui en valait la peine dans cette ville. La plupart des bureaux et des particuliers ont fait appel à mes services un jour ou l'autre, que ce soit pour nettoyer, balayer, bricoler, ratisser ou tondre la pelouse. Les gens font preuve d'une candeur remarquable quand ils se parlent en ma présence. Du coup, je sais qui a couché avec qui, qui fraude le fisc, qui a fait un mauvais mariage et qui s'est fait avorter à Adanta. Citez le nom de n'importe quel habitant de Barrington et je peux vous dire s'il est riche ou pauvre, heureux ou malheureux, frigide ou obsédé, intelligent ou stupide, s'il fait partie des gagnants ou des perdants. Je sais tout ce qui s'est passé dans cette ville depuis des décennies, mais la plupart de ces histoires ne valent pas la peine qu'on en parle. Ce sont plus ou moins les mêmes qu'ailleurs.
Il n'empêche que je vais vous raconter les événements d'une certaine semaine d'août 1966, lorsqu'un jeune séminariste répondant au nom de Perry Ray Pruitt parvint à faire de notre bourgade de Géorgie un point de mire international, en voulant se mêler d'une sorte de lutte d'influence entre John Lennon et Jésus. Il fit la couverture du magazine Life, contribua à l'arrestation d'un homme, et laissa son nom à un parking, échouant cependant dans l'unique tâche qu'il s'était assignée cette semaine-là : sauver ne fût-ce qu'une âme pécheresse. Et même, par un effet secondaire pervers, il se peut qu'il ait contribué à damner la mienne.
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