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Triksta : un écrivain blanc chez les rappeurs de La Nouvelle-Orléans

Couverture du livre Triksta : un écrivain blanc chez les rappeurs de La Nouvelle-Orléans

Auteur : Nik Cohn

Traducteur : Bernard Hoepffner avec la collab. de Catherine Goffaux

Date de saisie : 16/12/2006

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-87929-534-3

GENCOD : 9782879295343


  • La présentation de l'éditeur

" Pendant quelque temps, j'ai été cette figure ridicule : le Blanc entiché de tout ce qui était noir. Je ne me suis jamais lancé dans les poignées de main soul, je n'ai jamais porté de tunique africaine, mais je désirais à coup sûr être bien vu par les frères et les soeurs. " A soixante ans, Nik Cohn - ce " Juif sud-africain allemand russe anglo-irlandais " - plonge tête la première dans les courants violents du hip-hop, à la Nouvelle-Orléans. Il découvre un monde où le sexe, la drogue, l'argent et les armes occupent une place centrale. Mais le plus important, c'est la musique, ce bounce au rythme frénétique qui fait danser jusqu'aux petites heures du matin. En racontant l'histoire de ceux et celles qui ont inventé cette musique, Nik Cohn fait le portrait d'une ville sordide et splendide, unique en son genre : la Nouvelle-Orléans d'avant l'ouragan Katrina.

Journaliste, inventeur de la rock-critic, voyageur, découvreur de talents, Nik Cohn est d'abord un écrivain. Son écriture est la vraie musique de notre temps, épousant fidèlement son rythme syncopé, ses couleurs crues et son tempo imprévisible.



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  • La revue de presse Raphaëlle Rérolle - Le Monde du 10 novembre 2006

Juste avant que l'ouragan Katrina ne vienne lui ravir la ville adorée, Nik Cohn s'était lancé pendant des mois sur les pas des rappeurs de la cité du Sud. De ce parcours est né un livre étonnant, à cheval entre l'enquête, le cri d'amour et le document littéraire. A sa manière poétique, subjective et envoûtante, mais aussi remarquablement lucide (la même qu'il avait employée pour parler des laissés-pour-compte anglais, dans Anarchie au Royaume-Uni), l'écrivain dresse la topographie d'un lieu ("J'aime La Nouvelle-Orléans encore plus que le rap") à travers ses sons et ses rythmes - autrement dit son pouls, sa colère et sa peur...
Nik Cohn y évoque l'histoire du hip-hop, celle de la ville, sa trajectoire personnelle et les figures tourmentées des jeunes rappeurs, ces gens qu'"aucun Blanc ne regarde jamais dans les yeux", commente-t-il. Ceux que personne ne veut voir et qui vivent, dit-il encore, "dans un monde invisible".


  • La revue de presse François Forestier - Le Nouvel Observateur du 9 novembre 2006

Il a la mine d'un saint et l'oeil d'un hurluberlu. Ravagé par le temps, électrifié par la musique des rues, survivant de plusieurs guerres du rock'n'roll, Nik Cohn est un Irlandais juif protestant installé aux Etats-Unis, doté d'un talent du diable : son nouveau livre, «Triksta» (déformation de trickster, truqueur, en argot noir) est un passionnant reportage sur l'univers du rap à La Nouvelle-Orléans. Même si le rap, à vos oreilles, est aussi musical qu'un marteau-pilon rouillé, le livre, lui, est superbe : on y voit disparaître l'une des plus belles villes des Etats-Unis, ravagée par l'ouragan Katrina, et cette décadence est celle d'une culture, dévorée par la violence, le culte de la mort, la misère. «Au fond, c'est un bouquin sur la peur», dit Nik Cohn. Sexagénaire tavelé, mâchoire qui s'avance et yeux bleus, il s'étonne de sa propre vie...
«Triksta» pose une question, en filigrane : l'écrivain n'est-il pas le truqueur par excellence, l'éternel joueur de bonneteau ?


  • La revue de presse Paola Genone - L'Express du 2 novembre 2006

Triksta est le roman autobiographique d'un homme qui se remet perpétuellement en question - «Je voyais en moi un gonflé de semi-vérités et de baratin branché... Quelqu'un avec qui je ne pouvais ni vivre ni mourir» - et le récit tragi-comique de trois années d'enregistrements bricolés dans des soupentes ou sous des porches de maisons coloniales. Il est aussi le portrait d'une ville splendide et sordide - «La plus décadente d'Amérique» - dont Cohn a fouillé les moindres recoins, les rues, l'histoire.


  • La revue de presse Christian Authier - Le Figaro du 26 octobre 2006

Celui qui avec Lester Bangs ou Greil Marcus a élevé la «rock-critic» au rang littéraire plonge au coeur de la Nouvelle-Orléans à la rencontre de ses rappeurs, du côté des sans-grades, loin des stars arborant chaînes en or et voitures de luxe sur MTV...
Et l'on savoure dans son sillage les «narrations sveltes et fascinantes» d'une culture populaire qui fait entendre l'écho du monde avant d'être digérée par le folklore médiatico-commercial...
Vient le temps des adieux en attendant d'autres séparations que Nik Cohn suggère de manière aussi poignante que délicate en chuchotant «cette ville, mon amour, était morte avant moi».


  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 19 octobre 2006

Nik Cohn retrouve ce bruit-là vingt ans plus tard, quand vient le rap. A La Nouvelle-Orléans, il va le vivre du dedans. Triksta raconte l'existence tragi-comique des rappeurs qu'il a fréquentés (ou fréquente toujours), et avec qui il tenta (en vain) de faire des disques. Ces rappeurs le prennent, lui le vieux Blanc, tantôt pour un ahuri, tantôt pour un ringard, tantôt pour un producteur friqué. Ou les trois. Ces malentendus lui permettent de pénétrer leur monde : celui des Noirs à qui tout, depuis l'école jusqu'au travail, a été refusé ¬ tout, sinon le trafic de drogue, la mort violente et des miroirs qui les renvoient au pire d'eux-mêmes. L'humour, ici, est l'impolitesse du désespoir...
Triksta est le reportage intime écrit par un homme sur une ville qu'il aime, qui souffre en beauté et qu'il appelle son «beau mensonge». A la fin, cette ville meurt : l'ouragan Katrina dévaste les quartiers où ont vécu les rappeurs avec leurs familles. La plupart sont partis et ne reviendront plus. Tout est détruit, les assurances ne remboursent pas : le système ne veut plus des Noirs pauvres qui formaient le coeur de la ville.



  • Les premières lignes

En 2000, par une belle et froide après-midi de janvier, je me promenais dans Rampart Street, n'ayant en tête qu'une pizza chez Marna Rosa, quand un Noir d'une dizaine d'an­nées s'est approché de moi et m'a craché dessus, maculant ma veste en cuir Kenneth Cole flambant neuve.
J'ai été obsédé par la Nouvelle-Orléans la plus grande partie de ma vie; j'ai aimé cet endroit plus que tout autre au monde. Ces dernières années, cependant, la ville est devenue violente et déprimante; se faire cracher dessus par un enfant, bien qu'humiliant, n'allait pas se retrouver en première page des journaux. À quelque autre moment, après avoir grommelé quelques injures bien senties, j'aurais poursuivi mon chemin. Seulement le moment était mal choisi. Je souffre d'une hépatite C, un virus qui détruit le foie et qui donne l'impression, du moins dans mon cas, de subir un décalage horaire perpétuel. La plupart du temps, j'ai appris à dominer la maladie, mais il y a des jours où c'est elle qui me domine. Mon système de régulation cesse de fonctionner et je suis secoué, sans attaches, poussé par des pulsions que je ne comprends pas ni ne peux contrôler.
Cette fois-là, je me suis surpassé. Au lieu de me débar­rasser de mon spleen grâce à un supplément de pepperoni chez Marna Rosa, j'ai fait demi-tour et je me suis dirigé vers la cité Iberville. Pas une très bonne idée. J'y étais allé le premier jour, dès mon arrivée à la Nouvelle-Orléans, en 1972, et l'endroit était accueillant à l'époque, mais le climat avait changé. Jamais un Blanc ou un Noir un tant soit peu sensé ne choisirait de déambuler dans Iberville aujourd'hui sans avoir une bonne raison. Avec ma veste en cuir bourrée de cartes de crédit, j'allais au-devant des problèmes. Je les cherchais, en fait.


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