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La Revue des revues. Revues modernistes anglo-américaines

Couverture du livre La Revue des revues. Revues modernistes anglo-américaines

Auteur : Benoît Tadié

Date de saisie : 17/10/2006

Genre : Arts

Editeur : Ent'revues, Paris, France | IMEC, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-907702-43-0

GENCOD : 9782907702430


  • Les premières lignes

Extrait de l'avant-propos :

Certains journaux, comme Tintin, se définissent par l'âge de leurs lecteurs ; d'autres, comme les magazines pulp, par la qualité de leur papier. À une époque où le nom de modernisme n'avait pas encore cours, les revues qui nous intéressent ici se caractérisaient, quant à elles, par leur stature. C'étaient des «petites revues» : little reviews, appellation qui donne son titre à l'une des plus célèbres 2. Par quoi l'on entendait des périodiques à faible tirage, publiant manifestes ou oeuvres littéraires et artistiques mais aussi tout ce qui pouvait intéresser l'intelligentsia : opinions et commentaires politiques, théories économiques ou sociales, vulgarisation scientifique, courrier, débats. Nées à l'ombre de mouvements contestataires (socialisme, comme la revue The New Age d'A. R. Orage ; anarchisme ou féminisme, comme les revues Freewoman et New Freewoman de Dora Marsden), elles s'opposaient, explicitement ou implicitement, aux «grands» magazines de l'époque, piliers de Y establishment anglais et américain, tels Harper's ou The Saturday Evening Post aux Etats-Unis, Blackwood's ou The New Statesman en Grande-Bretagne, institutions nationales inamovibles, au passé déjà ancien, prisonnières de leur tradition, de leur idéologie, de leurs annonceurs publicitaires et, surtout, de leur public. Face à ces mastodontes de la presse, dépositaires de puissants intérêts de classe et de valeurs culturelles orthodoxes, la petite revue survivait tant bien que mal, pour quelques années ou quelques numéros, soumise au bon vouloir des mécènes et des abonnés - si rares qu'ils faisaient figure de mécènes -, à la pression des créanciers, aux interdits de la censure et aux saisies des douanes. Mais cette fragilité n'allait pas sans avantages : libre de toute attache institutionnelle, la petite revue était un lieu de contestation, d'expérimentation et de pluridisciplinarité, d'affiliations neuves et cosmopolites. Elle fédérait des énergies disparates, dissidentes et périphériques : artistes et écrivains émigrés, philosophes ou théoriciens en marge des grands systèmes de pensée, militants ou exilés politiques, dont le lot commun était, souvent, une situation précaire et un esprit hérétique par rapport aux normes du temps.


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