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Cliniques méditerranéennes, n° 74. La trans-sexualité : défiguration, déformation, déchirement

Couverture du livre Cliniques méditerranéennes, n° 74. La trans-sexualité : défiguration, déformation, déchirement

Auteur : Claire Nahon

Date de saisie : 16/10/2006

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Erès, Ramonville-Saint-Agne, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-7492-0616-5

GENCOD : 9782749206165


  • La présentation de l'éditeur

La trans-sexualité, notion que ce numéro de Cliniques méditerra­néennes a pour vocation d'interroger, ne se confond pas avec le trans-sexualisme, bien qu'elle émane tout droit de son approche. Elle se distingue de même de la bisexualité, dont elle radicalise la puissance théorique au fondement de l'élaboration freudienne et désormais réduite à cette normativité de la dualité des sexes par trop en vogue dans la psychanalyse.
La trans-sexualité - et c'est là ce dont témoignent les articles publiés dans ce numéro - est assurément le nom qu'il faut aujourd'hui imaginer pour renouer avec la dimension transgressive propre au sexuel auto-érotique, cet excès inhérent à la vie psychique et qui ne s'accommode pas - les déchirant volontiers - des formes admises, et ressassées à l'envi, du masculin et du féminin, de l'hétérosexualité et de l'homosexualité.
Chair de rêve, fondement de la pratique analytique, la trans-sexualité se joue avec l'autre, dans l'irrespect des identités, qu'elle défigure volontiers. Elle déloge et distord le sexe et la fixité de ses représentations, permettant d'en­visager, selon une optique enfin décentrée, les figurations culturelles les plus récentes du sexuel, qui l'éclairent en retour.

Ont participé à ce numéro : Julie Ahmad - Vincent Benoist - Emmanuelle Borgnis-Desbordes - Anne Brun - Nicole Cano - Philippe Collinet - Tim Dean - Marie-José Del Volgo - Vincent Estellon - Fred Fliege - Ingrid France - Roland Gori - Bernard Guiter - Florian Houssier - Laurie Laufer - Catherine Malabou - Céline Masson - Sophie Mendelsohn - Eliane Perasso - Monique Schneider - Olivier Thomas -





  • Les premières lignes

Quand le boulanger plonge sa longue pelle de bois dans la gueule ardente du four, les naines accourent en tendant leurs petites mains velues et ridées comme des mains de singe [...]. L'odeur chaude des "taralli" se répand dans tout le Pendino di Santa Barbara, les naines accroupies sur les seuils coassent et rient entre elles.
Et l'une de ces naines, peut-être est-elle jeune, chante, accoudée à une haute fenêtre : et elle ressemble à une grosse araignée sortant sa tête velue de la crevasse d'un mur.»
C. Malaparte, La peau [La pelle], trad. R. Novella, Paris, Denoël, 1949, coll. «Folio», p. 41 à 43.

Visions singulièrement oniriques auxquelles La peau, de Malaparte, oblige à chaque instant, provoquant le regard, forçant à éprouver, donc, l'intensité d'images que seule la perspective du rêve rend probable. Et soutenable. C'est que les mots que l'auteur déploie avec une violence suprême dans chacun des chapitres de ce livre fulgurant érigent le tableau monstrueux et souffrant de toute l'horreur dont est capable l'humanité, de sa superbe, parfois aussi. Le livre, semblable à ce que serait la succession de rêves manifestes, rêves d'angoisse, pour la plupart, convoque la fiction là même où l'atroce réalité de la guerre a détourné l'homme de sa grandeur, le réduisant aux pires ignominies. Telle est la «peste» qui sévit à Naples peu de temps après le débarquement allié de 1943 et qui donne son titre au premier chapitre de La peau. Garçons et filles que l'on achète désormais pour deux ou trois dollars, esclavage d'un type nouveau, le flying market, «marché volant» fondé sur le «trafic» de soldats américains, noirs, pour cette raison même âprement convoités, et que les enfants, doués d'une malice époustouflante, s'échangent savamment, faisant monter les cours, sans que l'intéressé n'en sache jamais rien... Comme dans le rêve, les représentations, condensées, les affects, déplacés, permettent le surgissement d'une fantasmagorie extraordinaire. La visibilité, exacerbée, introduit à ce langage d'images propre aux productions oniriques, extrême figurabilité - défiguration, en un sens - à l'oeuvre dans la description fabuleuse du grouillement animal de ces vies minuscules, au fond de certaine ruelle sombre et fétide du centre de Naples, ici ce Pendino di Santa Barbara que n'illuminent ni ne réchauffent les rayons du soleil : au bord de la Tyrrhénienne et de son ciel brûlant, c'est de la référence à Breughel et Jérôme Bosch que s'éclaire «l'étrangeté de sa population». Kaléidoscope des temps et des lieux, vertige incessant, c'est toute la vie de l'âme qui, dans La peau, se trouve convoquée, le foisonnement intense de ses figures, des plus sordides, abjectes, tragiques, aux plus comiques.


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