Auteur : Jean-Pierre Audoyer | Jacques Lecaillon
Préface : Claude Bébéar
Date de saisie : 23/11/2006
Genre : Economie
Editeur : Salvator, Paris, France
Prix : 19.90 € / 130.54 F
ISBN : 978-2-7067-0444-4
GENCOD : 9782706704444
Une économie efficace, c'est une économie qui satisfait au mieux les besoins humains au moindre coût, en évitant de gaspiller les ressources rares (matières premières, pétrole, eau potable...) ; dans le monde moderne, elle répond incontestablement à une exigence morale et suppose des entreprises performantes. En économie de marché, c'est le jeu de la concurrence qui permet d'atteindre les meilleurs résultats ; et comme les marchés tendent facilement vers le monopole, leur bon fonctionnement suppose l'existence de règles juridiques impliquant le respect de la concurrence, de la propriété et des contrats. Il implique aussi la poursuite d'objectifs collectifs en matière d'infrastructures, de santé et d'éducation et s'accommode d'un minimum d'assurance contre les risques de la vie et de solidarité en faveur des plus défavorisés. L'économie libérale moderne est donc très éloignée d'un ultra-libéralisme qui s'apparenterait à l'anarchie et au règne des plus forts ; mais il est clair qu'elle ne peut être efficace que si l'intervention publique l'est aussi.
Ceci n'exonère pas pour autant les dirigeants d'entreprises de toute responsabilité lorsqu'il s'agit de décider quels biens produire, selon quelles techniques et au profit de qui : la production de gadgets a-t-elle encore un sens ? la pollution est-elle admissible ? les intérêts des salariés, des actionnaires et des clients sont-ils conciliables ? l'éventail actuel des rémunérations est-il acceptable ? Ces questions sont devenues si pressantes que les modèles de management qui se sont imposés au nom même de l'efficacité ont réintroduit un discours éthique, mais trop souvent inadapté parce qu'imposé de l'extérieur. Car, il n'y a pas de recettes toutes faites pour rendre les arbitrages imposés par l'action ; c'est au coeur de la subjectivité que se trouvent le plus souvent les chemins de la décision.
Jean-Pierre Audoyer et Jacques Lecaillon
A partir du moment où une décision engage des personnes, où, au nom même de l'efficacité, elle met en oeuvre des moyens techniques et économiques, elle peut soit développer, soit mutiler les personnes concernées, qu'il s'agisse des salariés, des clients, des fournisseurs, des actionnaires ou plus généralement des citoyens. Il est difficile de faire l'économie d'une démarche éthique...
Cette question est au coeur des préoccupations de tous les décideurs. Mais posée trop souvent en termes manichéens, elle ne correspond pas nécessairement à la réalité. Plutôt que d'opposer éthique et efficacité, les auteurs s'efforcent de nous indiquer comment réussir leur articulation. En condamnant le recours exclusif aux modèles rationalistes, la complexité et l'incertitude au milieu desquelles évolue l'entreprise contemporaine représentent une chance pour l'instauration d'une véritable éthique d'entreprise : l'éthique prudentielle.
Jean-Pierre Audoyer, Docteur en sciences politiques. Maître en sciences économiques et en théologie. Professeur à la FACO (Faculté libre de droit et d'économie). Consultant d'entreprise après une expérience de 15 ans dans l'industrie. Président fondateur d'AREC (Association pour une nouvelle éthique d'entreprise).
Jacques Lecaillon, Professeur émérite de l'Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne. Spécialiste d'économie, il est l'auteur de nombreux ouvrages d'analyse économique et de rapports destinés aux organisations internationales (BIT, OCDE...) et concernant plus particulièrement la répartition des revenus. Il a collaboré à diverses publications d'inspiration chrétienne (La Croix, France catholique...) et participé avec Jean-Pierre Audoyer à des travaux relatifs à la doctrine sociale de l'Eglise. Il est membre de l'Association des économistes catholiques.
Extrait de la préface de Claude Bébéar, Président du Conseil de surveillance d'AXA et Président de l'Institut Montaigne :
Pour une entreprise, l'efficacité est une nécessité. Être efficace est une condition absolue de survie. Tous les papes de l'organisation du travail et du management ont toujours été en quête de la pierre philosophale de l'efficacité.
Les modes ont changé au cours du temps. D'abord, ce fut le taylorisme, père de la révolution industrielle. Puis la prise en compte du «facteur humain» qui, négligé par Taylor, apparut tout à coup comme déterminant pour la productivité. L'«effet Hawthorne», la «pyramide des besoins» de Maslow connurent leur heure de gloire. Et ce fut le tour de l'école biologique, de la théorie des systèmes, toutes théories qui ont chacune son mérite, mais dont aucune n'est pleinement satisfaisante. Car l'efficacité ne se laisse pas mettre en équations. Des situations diverses appellent des solutions différentes. Ce qui marche au Japon ne convient pas en Italie. Et la personnalité de l'entrepreneur ne se plie pas forcément aux exigences d'un système de management. Un de mes amis avait inventé la «démocrature» : démocratie pour préparer la décision, dictature pour la mettre en oeuvre. Les tenants de la direction participative par objectifs s'en offusquaient et pourtant, chez mon ami autocrate, la démocratie marchait.
L'environnement évolue avec le temps. Selon l'époque, le poids relatif des différents «stakeholders1» change et l'entreprise doit s'adapter. Une organisation efficace dans une économie de production devient inadaptée dans une économie de marché. En période de plein-emploi, la pression des salariés se fait forte. Avec la mondialisation, c'est le marché qui l'emporte et l'obsession devient la création de valeur pour l'actionnaire.
Maintenant, c'est au tour de l'environnement de faire entendre sa voix. On ne demande plus simplement à l'entreprise de créer des richesses, on la veut citoyenne. Et voilà l'éthique dans notre paysage !
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