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La puissance d'exister

Couverture du livre La puissance d'exister

Auteur : Michel Onfray

Date de saisie : 08/02/2007

Genre : Philosophie

Editeur : Grasset, Paris, France

Collection : Essai

Prix : 17.90 € / 117.42 F

ISBN : 978-2-246-71691-4

GENCOD : 9782246716914


  • La présentation de l'éditeur

«Le cap des trente livres passé, j'éprouve le besoin de faire le point sur la question de l'hédonisme. Si je devais le réduire à une interrogation, ce serait évidemment celle de Spinoza : " que peut le corps ? ". A quoi il me faut ajouter : en quoi est-il devenu l'objet philosophique de prédilection ? Puis, questions en cascade : comment penser en artiste ? De quelle manière installer l'éthique sur le terrain esthétique ? Quelle place laisser à Dionysos dans une civilisation totalement soumise à Apollon ? Quelle est la nature de la relation entre hédonisme et anarchisme ? Selon quelles modalités une philosophie est-elle praticable ? Que peut espérer le corps des biotechnologies post-modernes ? Quelles relations entretiennent biographie et écriture en philosophie ? Selon quels principes sont fabriquées les mythologies philosophiques ? Comment déchristianiser l'épistémè occidentale ? De nouvelles communautés sont-elles possibles ?

Répondre à ces interrogations appelle une série de développements constitutifs d'une pensée existentielle radicale. D'où la subjectivité artiste, l'éthique immanente, l'esthétique cynique, la politique libertaire, le nietzschéisme de gauche, le matérialisme sensualiste, l'utilitarisme jubilatoire, l'érotique solaire, la bioéthique prométhéenne, le corps faustien, le hapax existentiel, la vie philosophique, l'historiographie alternative, l'athéologie postchrétienne, les contrats hédonistes, autant d'occasions de réenchanter nos temps mélancoliques avec la proposition d'une pensée à vivre.»
M.O.





  • La revue de presse Fabrice Hadjadj - Le Figaro du 8 février 2007

J'ouvre le livre, donc, je m'imagine buvant quelques gorgées de bonheur, et qu'est-ce que j'apprends ? Qu'il faut distinguer plaisir et plaisir. Qu'il vaut mieux accueillir une douleur, si elle conduit à un plaisir plus grand ; et repousser un plaisir, s'il conduit à une douleur plus grande. Bref, que l'hédoniste doit faire du calcul. Et pour que le calcul se fasse avec aisance, il lui faut procéder à du «dressage neuronal». Ça calme...
Sous ses dehors esthétiques, c'est un apologiste chrétien. Quand il parle de sa morale contractuelle, il l'avoue : «Cette configuration éthique et esthétique idéale suppose des contractants sur mesure. À savoir : clairs sur leur désir, ni changeants ni ondoyants, pas hésitants, nullement travaillés par la contradiction.» Autrement dit, avant d'avoir droit à l'orgie, il faut être des saints...



  • Les premières lignes

AUTOPORTRAIT A L'ENFANT

A ma mère, retrouvée.

Je suis mort à l'âge de dix ans, une belle après-midi d'automne, dans une lumière qui donne envie de l'éternité. Beauté de septembre, nuages de rêves, luminosités de matins du monde, douceur de l'air, parfums de feuilles et de soleil jaune pâle. Septembre 1969/novembre 2005. J'aborde enfin sur le papier ce moment de mon existence après le prétexte d'une trentaine de livres pour n'avoir pas à écrire ces pages qui suivent. Texte remis à plus tard, trop de peine à revenir sur ces quatre années d'orphelinat chez des prêtres salésiens entre ma dixième et ma quatorzième année - avant trois années supplémentaires de pension ailleurs. Sept au total. A dix-sept ans, je pris le large, mort vivant, et partis pour l'aventure qui me conduit, ce jour, devant ma feuille de papier où je vais livrer une partie des clés de mon être...
Avant dix ans, ma vie se joue dans la nature de mon village natal à Chambois : l'eau fade de la rivière où je pêche des vairons, les taillis où je ramasse des mûres, les sureaux dans lesquels je prélève de quoi confectionner l'ancien chalumeau des pâtres grecs, les chemins en sous-bois, les forêts bruissantes, l'odeur des labours, les ciels de peintres, les vibrations du vent sur la cime des blés, le parfum des moissons, le vol des abeilles, la course des chats harets. Je vécus heureux dans ces temps virgiliens. Avant de lire les Géorgiques je les ai vécues, ma chair en contact direct avec la matière du monde.
Ma douleur, à l'époque, c'est ma mère. Je ne fus pas un enfant insupportable, mais elle ne me supportait pas. Elle avait ses raisons que je compris bien plus tard, quand on devient adulte parce qu'on cesse d'en vouloir aux aveugles nous ayant conduit au bord de la falaise et qu'on prend en pitié après un travail de la raison. Probablement ma mère a trop rêvé sa vie en évitant de vivre réellement la sienne, comme nombre de femmes à qui on enseigne la pulsion bovaryque telle une seconde nature. Frappée, détestée, abandonnée par une mère aux contours pas bien nets, placée dans des familles payées par l'assistance publique où elle fut exploitée, battue, humiliée, elle dut croire au mariage comme occasion d'en finir avec ce cauchemar.


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