Auteur : Madeleine Chapsal
Date de saisie : 10/10/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Romans
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-213-62508-9
GENCOD : 9782213625089
«Dans Affaires de coeur, trois jeunes gens déphasés par l'après-guerre entament un marivaudage qui va les emporter dans la valse dangereuse de sentiments hors du commun.
Ce roman, jusque-là demeuré inédit, date des années cinquante. Je ne serais plus capable d'écrire avec cette insolente frivolité : c'est qu'après les grands massacres tout n'était bon qu'à être gaspillé, jeté au vent, dispersé, dissipé - puisque nos parents l'avaient fait du monde - comme notre jeunesse, comme nous. Comme tu es belle, me dit-elle, on pourrait en mourir... Il passa près de moi et je retrouvai derrière son odeur, Vautre, plus affreuse, animale et parfumée, de l'amour.
L'amour n'étant qu'un lent moyen d'imprimer de la vitesse au temps afin qu'il nous tire vers une autre vie, vers aujourd'hui... Il ne m'en reste que ces quelques images, saisies dans l'éblouissement d'un geste, le fracas puissant de mots tendres, meurtriers et cruels.»
M.C.
Préface :
Quand je relis ces pages restées jusqu'ici inédites, tapées à la machine et à la va-vite dans les années cinquante, à la fois je me reconnais et ne me retrouve pas. Je ne suis plus capable d'écrire avec cette insolente frivolité - encore moins de penser, d'aimer en quelque sorte «par-dessus la vie...». C'est que la vie importait peu à l'époque, je venais tout juste d'y entrer, la guerre et ses grands massacres nous étaient encore si proches, juste derrière nous.
La jeunesse d'alors ne se voyait guère d'avenir et ne s'en souhaitait pas. Contrairement à aujourd'hui où les plus jeunes réclament que leur soient assurés un logement, la paix, un emploi, la santé, en somme la sécurité !
La sécurité, cela existe donc ? Où ça ? Pour qui ? Dans quel but ? Pas pour nous, en ce temps-là...
Notre royaume ne pouvait être que celui des sentiments. De l'exacerbation des impressions et des sensations qui nous venaient du coeur et du corps. Nous disséquions ce qui nous était le plus proche sans parvenir pour autant à nous dire que cela nous était cher. Qu'il eût fallu le préserver ! Tout n'était bon qu'à être gaspillé, jeté au vent, dispersé, dissipé comme notre jeunesse, comme nous...
L'amour n'étant qu'un lent moyen d'imprimer de la vitesse au temps afin qu'il nous tire hors d'ici, vers d'autres galaxies.
Dans ces pages il n'y a pas d'adultes ni d'enfants, pas de parents, pas de mentors, rien qu'eux et moi : mes complices, mes ennemis intimes, mes reflets, mes doubles, mes amours cachés.
Je n'en possède désormais que ces quelques images, saisies à l'époque comme aujourd'hui on prend des photos, dans l'éblouis sèment d'un geste, le fracas d'un mot. Avec le pressentiment de la nuit et du silence qui allaient suivre, nous tomber dessus.
Qui sont là.
M.C.
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