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De chair et d'âme

Couverture du livre De chair et d'âme

Auteur : Boris Cyrulnik

Date de saisie : 17/09/2007

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : O. Jacob, Paris, France

Prix : 21.90 € / 143.65 F

ISBN : 978-2-7381-1841-7

GENCOD : 9782738118417


  • La dédicace de l'auteur

Je m'appelle Boris Cyrulnik, et j'ai eu le désir de ce livre depuis longtemps en fait, parce que j'avais l'impression que la vision de l'homme était une vision hémiplégique : le corps d'un côté, l'âme de l'autre. Quand j'étais neurologue, j'ai été choqué de voir que les neurologues méprisaient les psychologues ; quand je suis devenu psychologue, j'ai été malheureux de voir à quel point les psychologues ignoraient et haïssaient les neurologues. Ce livre est donc le résultat d'une dizaine de groupes de recherche qui fonctionnent depuis, cinq, dix et quinze ans pour certains. Les thèmes de ce livre sont essentiellement une épistémologie de la ratatouille, c'est-à-dire que j'ai été obligé d'associer des chercheurs de disciplines différentes. Le chapitre 1 parle des «douillets affectifs», c'est-à-dire d'une sorte de sensibilité génétique qui n'est pas une vulnérabilité. Un «douillet affectif» éprouve toute perte avec une grande douleur, mais il organise sa vie autour de cette perte, et il n'est pas sur le tapis roulant de la dépression à condition qu'il apprenne à vivre de cette manière. Dans le chapitre 2, je parle de la formule chimique du bonheur. Bien sûr, la formule chimique du bonheur dépend des autres, c'est-à-dire de la manière dont les autres pétrissent, façonnent, structurent une partie de mon cerveau, ce qui fait que certaines zones cérébrales seront préférentiellement activées, déclenchant en moi des sensations de bonheur sans objet. Je n'ai pas de raison d'être heureux et pourtant, je me sens très heureux. Et à l'inverse, si j'ai eu des façonnements précoces qui ont circuité les informations vers une autre zone du cerveau, je ne saurai pas pourquoi, sans douleur et sans haine, mon coeur aura tant de peine, et pourquoi j'éprouverai tout dans une connotation de malheur, de douleur morale. Dans le chapitre 3, je parle des deux inconscients : l'inconscient cognitif et l'inconscient freudien. La première fois où j'ai prononcé l'expression d'inconscient cognitif dans un milieu de psychanalyse, j'ai provoqué trois crises de nerfs, deux épilepsies et cinq tentatives de meurtres. Mais maintenant, cette notion d'inconscient cognitif est tout à fait acceptée. Il s'agit d'une notion biologique associée et opposée à l'inconscient freudien qui lui, n'a plus rien à voir avec la biologie ; c'est pourtant le même chariot qui est tiré par ces deux inconscients. Dans le chapitre 5, l'empathie, le souci de l'autre démontrent expérimentalement, chez les animaux et les humains, comment une sécurité affective développe le sentiment d'empathie, ce qui veut dire que les troubles de l'empathie sont provoqués par des défaillances relationnelles, défaillances du milieu. Un pervers aura un manque affectif, alors qu'un enfant malheureux deviendra trop empathique : ce qui compte, c'est l'autre, ce n'est pas moi, comme le faisait, par exemple, Masoch. Le dernier chapitre montrera comment les personnes âgées ont un cerveau moins sensible au monde extérieur, et plus sensible à leur mémoire, à ce qu'elles ont internalisé, c'est-à-dire à leur histoire. Chez les personnes âgées, on voit comment la représentation de Dieu a, effectivement, un effet tranquillisant sur leur corps. Nous avons maintenant des repères de neuroscience, de neurobiologie et d'imagerie, qui montrent et qui expliquent pourquoi les croyants résistent mieux aux coups du sort. Au revoir, futur lecteur. Si vous lisez ce livre, n'hésitez pas à le lire en désordre. Il y a quelques pages techniques sur les deux cent cinquante pages. Il y en a une dizaine ou une vingtaine qui sont techniques : n'hésitez pas à les sauter. Les définitions sont données en bas de page, mais on peut s'en passer. Et j'espère qu'on aura bientôt l'occasion d'en parler.



  • La présentation de l'éditeur

Boris Cyrulnik est neuropsychiatre. Il est aussi directeur d'enseignement à l'université de Toulon. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, qui ont tous été d'immenses succès, notamment Un merveilleux malheur, Les Vilains Petits Canards, Parler d'amour au bord du gouffre.

«On peut découvrir en soi, et autour de soi, les moyens qui permettent de revenir à la vie et d'aller de l'avant tout en gardant la mémoire de sa blessure.
Les chemins de vie se situent sur une crête étroite, entre toutes les formes de vulnérabilité.
Être invulnérable voudrait dire impossible à blesser. La seule protection consiste à éviter les chocs qui détruisent autant qu'à éviter de trop s'en protéger. Chaque âge possède sa force et sa faiblesse et les moments non blessés de l'existence s'expliquent par notre capacité à maîtriser, voire à surmonter, ce qui, en nous, relève, dans un constant remaniement, du biologique, de l'affectif et de l'environnement social et culturel.
Le bonheur n'est jamais pur. Pourquoi faut-il que, si souvent, une bouffée de bonheur provoque l'angoisse de le perdre ? Sans souffrance, pourrait-on aimer ? Sans angoisse et sans perte affective, aurait-on besoin de sécurité ? Le monde serait fade et nous n'aurions peut-être pas le goût d'y vivre.» B. C.

Ce livre fonde une nouvelle biologie de l'attachement.

Il explique pourquoi, pour chacun d'entre nous, la vie est une conquête permanente, jamais fixée d'avance. Ni nos gènes ni notre milieu d'origine ne nous interdisent d'évoluer. Tout reste possible. Un message d'espoir, plein de tendresse et d'humanité.



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  • La revue de presse Olivier Delcroix - Le Figaro du 28 décembre 2006

Son livre veut fonder une «nouvelle biologie de l'attachement», en tenant compte des dernières avancées scientifiques dans le domaine des neurosciences. Et l'on suit avec enthousiasme les raisonnements limpides de ce merveilleux médecin de l'âme qui nous explique pourquoi, pour chacun d'entre nous, la vie est une conquête permanente, jamais jouée d'avance...
Néanmoins, comme le cerveau est en permanence remanié, «pétri» par les interactions affectives, Cyrulnik affirme que ni nos gènes ni notre milieu d'origine ne nous interdisent d'évoluer. Tout reste donc possible. À ce message d'espoir, plein de tendresse et d'humanité, celui qui écrivit Les Vilains Petits Canards ajoute un autre axiome : «Pour trouver le bonheur, il faut risquer le malheur. Si vous voulez être heureux, il ne faut pas chercher à fuir le malheur à tout prix. Il faut plutôt chercher comment - et grâce à qui - l'on pourra le surmonter.» Quand un jeune cavalier tombe de cheval, la meilleure façon de le guérir de ce «petit traumatisme», est de renfourcher la bête immédiatement.



  • Le message de l'auteur

Boris Cyrulnik - 25/10/2006



  • Les premières lignes

Introduction :

Un jour, il y a longtemps, j'ai connu des savants étranges et bienveillants. Quand je me suis présenté dans le service de neurochirurgie parisien où je venais d'être nommé, j'ai vu se diriger vers moi le patron et son assistant. Ils boitaient tous les deux.
Un peu plus tard sont arrivés l'interne, l'externe et les infirmières. Eux aussi boitaient. Je n'ai pas osé m'en étonner à voix haute, mais, croyez-moi, ça fait un drôle d'effet de voir tout un service de médecins, de chercheurs et de psychologues se déplacer en boitant, tous en même temps !
J'ai passé un an dans ce service au contact de gens passionnants. Ils connaissaient tout sur le cerveau : son anatomie, son fonctionnement, les troubles précis provoqués par des blessures et parfois le moyen de les réparer. Ils savaient utiliser des machines merveilleuses qui captaient l'électricité des neurones et d'autres qui transformaient en couleurs les zones cérébrales au moment où elles travaillaient intensément. Ils pouvaient prédire, simplement en regardant l'image du cerveau, quel mouvement s'apprêtait à faire la personne observée ou quelle émotion elle ressentait avant même qu'elle en prenne conscience !
Au bout d'un an, une gentille secrétaire m'a dit que mon contrat ne serait pas renouvelé. J'ai cru comprendre à ses demi-mots qu'on me reprochait de ne pas boiter. Par bonheur, j'ai aussitôt trouvé un autre engagement dans un service de psychiatrie des Alpes-de-Haute-Provence. Quand je me suis présenté, j'ai vu au fond du couloir que le patron et son assistant se dirigeaient vers moi pour m'accueillir. Ils boitaient eux aussi, mais pas du même pied. Ça fait un drôle d'effet de constater que tant de médecins, de chercheurs et de psychologues marchent côte à côte en boitant. Je me suis demandé pourquoi ils ne boitaient pas du même pied.
Us étaient passionnants, ces praticiens. Ils connaissaient tout de l'âme : sa naissance, son développement, ses conflits intrapsychiques, ses souterrains et les moyens de les explorer.
J'ai passé un an au contact de ces merveilleux savants. Mais, quand une gentille secrétaire m'a dit que mon contrat ne serait pas renouvelé, j'ai cru comprendre à ses demi-mots qu'on me reprochait, encore une fois, de ne pas boiter. J'ai été très irrité.

J'ai donc décidé de protester auprès du Conseil national des praticiens présidé par le professeur Joël Moscorici, le grand psychanalyste, et Donald Grosslöcher, le neurochirurgien. J'étais très intimidé en les attendant dans la pompeuse salle du conseil et, quand je me suis levé pour les accueillir, j'ai été stupéfait de voir qu'ils boitaient eux aussi, mais chacun de son pied.
Quand la sentence fut prononcée, j'ai entendu qu'en effet on ne pouvait me garder ni en neurologie ni en psychiatrie puisque je ne boitais pas.
Alors j'ai dit : «Détrompez-vous, messieurs les acadé­miciens ! Si vous croyez que je marche droit, c'est parce que je boite des deux pieds.»
Mon aveu les dérouta et intrigua le professeur Mutter de Marseille, qui participait au jury et fut fort intéressé car il n'avait jamais vu quelqu'un boiter des deux pieds. Il se demanda si cette démarche étrange ne pourrait pas, à l'occasion, produire quelque nouvelle idée et m'invita à travailler avec lui.
À cette époque, les neurologues méprisaient les psychiatres qui proposaient des psychothérapies à des patients souffrant de tumeurs cérébrales. Et les psychiatres s'indignaient quand ils constataient qu'on pouvait soulager en quelques entretiens des personnes dont le cerveau avait été fouillé par des machines pas toujours merveilleuses.
Chacun boitait de son pied, voilà tout, et s'appuyait de préférence sur une jambe hypertrophiée, ignorant l'autre qui s'atrophiait.
Ce livre est le résultat du cheminement particulier de quelques randonneurs qui ont boité des deux pieds sur des sentiers de chèvres.


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