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Des tranchées à l'alcôve : correspondance amoureuse et érotique pendant la Grande Guerre

Couverture du livre Des tranchées à l'alcôve : correspondance amoureuse et érotique pendant la Grande Guerre

Auteur : Constant M. | Gabrielle M.

Préface : Morgane Bazennerye | Jean-Yves Le Naour

Date de saisie : 09/10/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Imago, Paris, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-84952-035-2

GENCOD : 9782849520352


  • La présentation de l'éditeur

Des récits de rêves érotiques, des conseils de masturbation, des photos pornographiques, des poils pubiens ou des flacons de sperme joints au courrier... : la correspondance de Constant et de Gabrielle, époux séparés par la guerre, ne ressemble assurément à aucune autre.
D'abord réformé en raison de sa santé fragile, Constant M. est mobilisé en février 1915. La mort dans l'âme, il quitte son village jurassien, son commerce de vins, et sa femme Gabrielle. Dès le début, les lettres sont quotidiennes. Elles racontent l'horreur des tranchées, les espoirs d'une fin prochaine de l'hécatombe, implorent le secours du Petit Jésus et de la Vierge. Les prières partagées, les médailles miraculeuses, tentent de conjurer le malheur. Mais, menacé par la dépression, Constant souffre trop. Il dévoile peu à peu l'étendue de sa frustration, tout en se refusant à aller voir les prostituées, comme sa femme le lui conseille. Gabrielle l'encourage à se confier davantage. Les prières cèdent alors la place aux confidences érotiques, les médailles à des colis plus singuliers : recettes de jouissance, photos et objets sexuels... Au coeur de la tourmente, dans l'échange complice de leurs fantasmes exacerbés par la distance, jaillit la force inattendue d'une grande passion amoureuse...
À travers cette correspondance exceptionnelle, la guerre fera ainsi progressivement découvrir à ces époux, mariés depuis dix ans, une intimité qu'ils n'avaient jamais connue auparavant et qui cessera à la mort de Constant, à Salonique, en 1916.

Jean-Yves Le Naour est chargé de cours à l'Université de Toulouse. Spécialiste de la Première Guerre mondiale, il a publié de nombreux ouvrages.

Martine Bazennerye, petite-nièce de Constant M., a retrouvé dans le grenier de la maison de Gabrielle cette correspondance complète ; elle est consultante en communication orale, comé­dienne et metteur en scène.





  • Les premières lignes

Extrait de la préface de Jean-Yves Le Naour :

Des récits de rêves érotiques, des conseils de masturbation, des photos pornographiques ou des poils pubiens joints au courrier... : la correspondance de Constant et de Gabrielle, amants séparés par la guerre, ne ressemble décidément à aucune autre publiée à ce jour. Et nous sommes obligé d'admettre que nous n'avons rien trouvé de tel au cours de nos recherches doctorales sur la morale sexuelle en 1914-1918. Pourtant, en 1996, alors que nous nous entretenions pour la première fois avec le professeur Stéphane Audoin-Rouzeau au sujet de notre thèse d'histoire, celui-ci nous lança : «Vous verrez, vous allez nous trouver des textes d'anthologie !» Des textes d'anthologie - des récits à caractère érotique pour être précis -, nous n'en avons guère trouvé en vérité. Initialement parti à la recherche du plaisir et de la jouissance censés conjurer la guerre et l'angoisse des temps, nous n'avons exhumé des archives que des souffrances sexuelles, des frustrations affectives, des fantasmes de démoralisation, la peur de l'adultère des femmes restées seules à l'arrière et la chair triste des maisons de prostitution et des filles à soldats. Il faut en convenir : l'intimité des poilus et des «épilées» - comme on nommait parfois leurs femmes - s'est largement dérobée aux yeux de l'historien. Et ce ne sont pas les nombreux carnets de guerre et correspondances conservés par les archives et les familles qui peuvent combler les silences de l'écriture de soi. La mort, le froid, les poux, les rats, la boue, toutes les horreurs de la guerre y sont consignées, mais les combattants rechignent à se confier plus avant, à dire les blessures du corps et de l'âme, sauf à user d'euphémismes et de périphrases. Le modèle de la virilité, de l'homme chaste et fort, que le XIXe siècle bourgeois a lentement construit, est alors souverain et il n'est pas acceptable de rompre le stéréotype de l'autocontention et de la maîtrise de soi pour avouer ses souffrances et ses failles intimes, pas même à sa femme.
Bien sûr, il leur tarde, à ces poilus de 1914, de revenir à l'arrière et de serrer leurs femmes dans leurs bras, et ils ne se privent pas de l'affirmer dans les lettres adressées à leurs chères et tendres, mais comment évoquer plus avant leurs tourments, leur «cafard» et les fantasmes qui les hantent ? Les lettres échangées entre les époux recèlent pourtant, à côté de formules pudiques, des lapsus édifiants sur leurs préoccupations immé­diates : «Des gros baisers de ta petite chérie qui ne sexe de penser à toi», écrit par exemple une femme, tandis qu'un soldat, s'effrayant sans doute autant de sa propre frustration sexuelle que de celle son épouse, lui donne des conseils de masturbation : «Tu iras chez la jardinière chercher des carottes en attendant que je revienne avec la mienne.» Plus étonnant encore, le témoignage du militaire Alfred Bourrin : cantonné chez une villageoise du Nord avec des camarades officiers, il raconte dans son journal que sa logeuse leur exposa un godemiché à l'issue d'une conversation gauloise. «Son mari, mobilisé aux armées, avait tenu à concrétiser son souvenir au moyen d'un objet curieusement taillé par lui dans un manche d'outil.»


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