Auteur : Philippe Walter
Date de saisie : 09/10/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Imago, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-84952-029-1
GENCOD : 9782849520291
Chacun connaît, ou croit connaître, la légende de Tristan et Yseut. Pourtant on l'a trop affadie en y voyant exclusivement l'archétype de l'amour passion, et le récit naguère reconstitué à partir de fragments par Joseph Bédier semble devoir plus à l'esthétique fin de siècle qu'à la littérature médiévale.
Un curieux texte gallois fait du personnage de Tristan le gardien des porcs du roi Marc. Simple fantaisie comique ou empreinte d'une ancienne tradition mythique ? Philippe Walter opte résolument pour la seconde hypothèse et propose une relecture totale des mythes tristaniens - essentiellement français - à partir de la mythologie celtique, notamment celle du porc et du sanglier.
Se révèle alors un Tristan méconnu. Ses dons de musicien, voire de magicien, trouvent une explication dans une conception antique du héros hermétique et initié. Bafouant souverainement l'interdiction de l'adultère, Tristan et Yseut revendiquent un attachement passionné aux rites érotiques et font de leur liberté sexuelle un absolu : s'inscrivant dans une longue tradition indoeuropéenne, l'amour tristanien, pour être saisi dans sa véritable dimension à la fois mythique et poétique, relève, en effet, davantage du Kâma Sûtra que du Cantique des cantiques.
À travers cette magistrale étude, qui met au jour des trésors mythologiques trop souvent occultés par la tradition courtoise ou chrétienne, Philippe Walter restitue à l'histoire des célèbres amants toute sa subversive authenticité.
Philippe Walter est professeur de littérature française du Moyen Âge à l'Université Stendhal Grenoble-III. Il a déjà publié, aux Éditions Imago, Merlin ou le Savoir du monde (2000), Arthur, l'Ours et le Roi (2002), Mythologie chrétienne (2003), Perceval, le Pêcheur et le Graal (2003), et Galaad, le Pommier et le Graal (2004). Il a dirigé l'édition des Romans en prose du Graal dans la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard).
Extrait de l'introduction :
Le médiéviste et académicien français Joseph Bédier (1864-1938) est l'auteur d'une adaptation de Tristan et Yseut qui a fait date. On parle encore aujourd'hui avec vénération du «Tristan de Bédier». À sa parution, l'ouvrage avait suscité un engouement remarquable pour la vieille histoire des amants de Cornouailles. Toutefois, le Tristan de Bédier n'est pas une oeuvre médiévale. C'est un récit réinventé, une aimable et estimable recréation littéraire et non un texte d'appui pour une étude de la légende. Aujourd'hui, toute étude tristanienne digne de ce nom doit se confronter aux textes originaux en ancien français et relever le défi permanent de leur obscurité2.
Joseph Bédier était pourtant un philologue de haut vol. Il avait étudié et publié avec soin certains textes médiévaux tristaniens. Son édition du roman de Thomas (1902-1905) s'efforçait même de rétablir les nombreuses lacunes des épaves manuscrites de l'oeuvre grâce aux témoignages convergents de récits parallèles (roman en prose, oeuvres allemandes et saga norroise du XIIIe siècle). Sa remarquable érudition se heurta toutefois à des préjugés qui étaient aussi ceux de toute une époque : mépris du folklore et de la culture traditionnelle, mépris des études celtiques, positivisme philologique, académisme esthétique.
L'éclipsé subie par les études mythologiques sur le Moyen Âge durant une bonne partie du XXe siècle correspond à une éclipse comparable subie par les études celtiques, en France tout au moins. Comment s'en étonner puisque les deux disciplines remontent finalement aux mêmes racines culturelles ? À une telle éclipse, plusieurs explications. Tout d'abord le statut très marginal des études celtiques en France. La connaissance des anciens peuples celtes et de leurs mythes resta longtemps confidentielle, malgré les efforts d'un d'Arbois de Jubainville ou d'un Georges Dottin pour développer l'étude des «antiquités nationales». La suprématie idéologique du modèle gréco-romain sur l'héritage des Celtes avait conduit à ne reconnaître qu'une seule grande civilisation antique et, par conséquent, qu'une seule grande mythologie. Dans cette vision partielle et partiale de l'Antiquité, les Celtes étaient réduits à la portion congrue. Vae victis ! «Malheur aux vaincus». On les priva en effet du droit d'écrire leur propre histoire. Ce n'est pas sans conséquence pour notre perception du monde celte aujourd'hui.
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