Auteur : Olivier Frébourg
Date de saisie : 07/06/2004
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-7152-2497-1
GENCOD : 9782715224971
Frébourg est né tandis que son père était second du côté de Caracas sur le paquebot Antilles, de la Compagnie générale transatlantique. Son livre s'ouvre sur le naufrage du bateau, six ans plus tard, au large des îles qui ont inspiré son nom. L'enfant vit alors en Guadeloupe. Un rêve coule, un rêveur naît... Trois Frébourg nichent en un et semblent faire plutôt bon ménage. Du côté de chez Saint-Germain, il y a l'éditeur parisien précis, consciencieux, le lecteur pour qui la littérature est une vocation : après avoir travaillé à la Table ronde, il vient de fonder sa propre maison, les Editions des Equateurs... Du côté de chez Saint-John Perse, il y a le fils de capitaine et petit-fils de pêcheur grandi sous les tropiques. Celui-ci continue d'effeuiller ses images de Crusoé et va répétant après l'auteur d'Amers: «Sinon l'enfance, qu'y avait-il alors qu'il n'y a plus ?». Paquebots, steamers, voiliers, îlots plus ou moins fertiles, alcools et pays lointains : pas un chromo ne manque à la panoplie de l'auteur au long cours, mais ces chromos, Frébourg parvient à les faire vivre tout simplement parce qu'il en vit et parce qu'il sait l'écrire en brèves phrases sèches, bien cirées, rehaussées de formules et saturées de souvenirs littéraires. Cendrars, Morand et le capitaine Haddock font en sorte que son rêve soit crédible d'abord à ses propres yeux... Chemin faisant, le livre nous mène au Portugal, en Ethiopie, de port en port, de femme en femme, de mirage en mirage, avec retour perpétuel à la Normandie, à l'enfance, à soi-même, et à ce léger désastre intime fait de solitude, de frustrations sublimées et d'amis perdus...
... On savait que l'homme ne manquait ni de style ni de panache. On n'est donc pas étonné par ce récit qui tire sa force de son écriture, serrée, subtile à la fois, celle d'un journaliste aguerri, qui sait ne pas tourner le dos à la réalité, attrapant ici une couleur de ciel, là une lumière poudreuse, plus loin une expression sur un visage à peine croisé.
On l'aura compris, sa grande affaire et celle de son livre, c'est la mer, «le seul ordre auquel je crois», avoue-t-il. C'est un atavisme : son père était capitaine de bateau ; son grand-père maternel, patron pêcheur. Enfant et adolescent, il a toujours vécu au bord, ou non loin des océans. Il adore les paquebots, en particulier Antilles, de la Compagnie générale transatlantique («(...) sa coque blanche, sa poupe arrondie, sa cheminée rouge et noir, légèrement inclinée vers l'arrière, son allure mélancolique inséparable de toute noblesse maritime»), dont son papa a été second capitaine pendant de longues années... L'autre amour du narrateur n'est pas sur le point de s'éteindre ; c'est la Normandie, où il a fini par s'établir il y a quelque temps, après avoir quitté Paris. On se régalera tout particulièrement des très belles pages sur Sainte-Marguerite-sur-Mer, Varengeville et le manoir d'Ango, sur les traces d'André Breton. Descriptions légères, nuancées, petite musique qui va droit au coeur, capable de nous communiquer la nostalgie de ce que nous ne connaissons pas.
Olivier Frébourg est un écrivain proche de la quarantaine qui a quitté Paris après la fermeture du bar du Pont-Royal. Dans Un homme à la mer, il nous donne de ses nouvelles et parle de lui avec plaisir en pianotant sur le clavier de ses souvenirs. Certains lui viennent d'une enfance qui chante encore. D'autres ont la fraîcheur du neuf, mais semblent avoir été patinés par diverses ivresses. Le bruit des vagues n'est jamais loin. Corto Maltese non plus. Son ombre un peu insistante se glisse partout. Tous ces souvenirs sont bleus et racontent une vie vue du bord de mer... Les années 1970 vues de la passerelle d'où son père surveillait la mer respiraient déjà un parfum d'autrefois. Un avant-guerre survivait, dont Frébourg n'a jamais guéri. Il est connu que, depuis 1789, chaque génération en est réduite à s'inventer son Ancien Régime. Entré dans l'âge d'homme, l'auteur ne se lasse pas de rechercher ce bonheur enfui... Le livre, qui parle beaucoup de son père, est dédié aux deux fils de Frébourg. Ecrire, c'est toujours s'inscrire dans une lignée. Il y a les proches, les parents, les morts. Et puis ceux que l'on a élus, les oncles et les cousins de familles élargies par l'écriture. L'auteur convoque quelques auteurs d'hier et d'aujourd'hui...
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli