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Le voyage

Couverture du livre Le voyage

Auteur : François Cavanna

Date de saisie : 17/10/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Romans français

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-226-17352-2

GENCOD : 9782226173522


  • La présentation de l'éditeur

«Le voyage, c'est LE Voyage, le seul, le vrai, celui qui porta un certain Christophe Colomb - lequel croyait aller en Chine - aux rivages d'un monde nouveau.
Un jeune Irlandais, Konogan, soldat de fortune hors d'emploi, se trouve embarqué par traîtrise pour la grande aventure. C'est lui qui raconte.
Son récit naïf constitue la chronique au jour le jour du fabuleux voyage. Il déborde d'une verve volontiers caustique qui se fait exaltée lorsque l'anime la passion amoureuse.
Car il y a une femme ! Il y a toujours une femme. Et l'on voit apparaître un Christophe Colomb inattendu, plutôt surprenant mais plus vrai que ce qu'en a fait la légende. De surprise en surprise, on arrive à la dernière, qui n'est certes pas la moindre : Konogan est l'origine de la lignée des Cavanna !»

Cavanna

Fondateur de Hara Kiri et de Charlie Hebdo, François Cavanna est l'auteur de la célèbre saga autobiographique Les Ritals et Les Russkofs. Il a depuis publié de nombreux romans et essais aux éditions Albin Michel. Plus je regarde les hommes, plus j'aime les femmes son dernier livre paru en 2005, était un recueil de ses articles dans Charlie Hebdo.





  • Les premières lignes

J'aime traîner dans un port à la tombée de la nuit. Ça tombe bien, la nuit doucement s'affale sur ce port, et j'y traîne.
La nuit est d'Espagne, le port aussi. Pas moi. Irlandais pur jus, tignasse châtain, yeux tout ce qu'il y a de bleu. Ce que je fais là ? Ce que je ferais ailleurs : je mange ma solde. Ma solde de mercenaire au service de l'émir. Nous sommes en août, Grenade la belle fut prise en janvier, la capitulation signée aussitôt après. L'émir Boabdil quittait l'Espagne, tous ses guerriers sarrasins avec lui, et aussi toute la population mauresque d'Andalousie. Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, les «rois catholiques», avaient lavé le dernier lambeau de terre d'Espagne de la souillure mahométane.
Et moi, je me retrouvais sans emploi. Bien heureux encore d'avoir pu arracher ma solde, dans le désordre des fins de guerre, car de butin, évidemment, pas question. Me voilà donc, mains aux poches, dans ce port perdu au bout du monde, rassasié d'amours vénales et de vin noir, rassasié aussi de compagnons de beuverie trop frustes, trop curieux surtout.
Au bas d'une ruelle tortillante, le quai. Très animé, ces temps-ci. Il paraît qu'il se prépare je ne sais quelle expédition juteuse vers les pays du Levant. Débarrassés de la guerre, les rois catholiques, surtout Isabelle, se tournent vers la conquête de l'Océan. Les Portugais se sont taillé la part belle, la route des épices est à eux. Mais il y a encore des terres fabuleuses à découvrir, des terres où ruissellent l'or et le jade. L'Espagne compte bien en prendre sa part.
Depuis un mois, ce petit port de l'extrême Sud bouillonne d'une fièvre bien ordonnée. Trois nefs y sont mouillées. Trois caravelles, disent ceux qui s'y connaissent. Ce n'est pas mon cas. Je regarde en badaud. Toute cette agitation de fourmilière m'amuse.


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