Auteur : Violaine Sebillotte Cuchet
Date de saisie : 07/10/2006
Genre : Histoire
Editeur : Belin, Paris, France
Collection : L'Antiquité au présent
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-7011-4361-3
GENCOD : 9782701143613
Libérez la patrie !
Patriotisme et politique en Grèce ancienne
«Allez enfants des Grecs, libérez la patrie, libérez vos enfants et vos femmes, les sanctuaires des dieux de vos pères et les tombeaux de vos aïeux : c'est la lutte suprême !» L'actualité internationale atteste que l'écho de ce lointain «péan de Salamine» ne s'est pas tu avec Les Perses d'Eschyle. Il n'en finit pas de résonner. Amour de la terre natale, extase du sacrifice ou don de soi, la patrie est un vocable qui inquiète.
Dans le contexte historique de la Grèce ancienne, la «terre des pères» apparaît comme un outil politique particulièrement efficace pour la construction de l'individu au sens aristotélicien d'être social. Comment se concevoir tel Ulysse attaché à Ithaque ? Comment se penser à l'image du paysage habité, tels ces esclaves Spartiates renvoyés à la glèbe des marais ? Comment opérer le transfert du lien filial individuel vers le lien politique à la cité, à la fois terre des ancêtres et terre-mère ? Cette construction de l'individu nous est aujourd'hui bien étrangère. En revanche le regard distant d'un Thucydide ou d'un Euripide démonte les mécanismes d'un attachement politique conduisant à l'héroïsme comme à la déraison. Parions que celui-là nous est plus familier.
Violaine SEBILLOTTE CUCHET, historienne, est maîtresse de conférences à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle oriente ses recherches sur les questions d'identité politique dans le monde grec ancien. Elle travaille également sur les gender studies.
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En se démarquant des Révolutionnaires idéalistes inspirés par Rousseau, Fustel de Coulanges combattait l'idée qu'il puisse exister un «contrat social» dans les cités grecques. Le discours ontologique sur la patrie paraît bien, après enquête de l'historien, lié à un choix politique, celui qui privilégie l'héritage sur le contrat, la fidélité aux attachements individuels plutôt que la rupture promue par une citoyenneté où tous seraient les mêmes. Brandir la patrie des Grecs comme un signe de l'invariance du sentiment d'appartenance politique, qui serait lié, toujours et partout, à la terre et aux ancêtres, était donc s'inscrire dans une polémique ouverte depuis les Lumières et leur prétention à créer un nouvel individu trempé dans le bain de l'égalité révolutionnaire. De notre point de vue on retiendra surtout que même le sentiment qui se décrit comme le plus affranchi de l'histoire a encore à voir avec l'histoire. Pourquoi alors la patrie des Grecs y échapperait-elle ?
Telle est donc la question de ce livre : interroger la spécificité historique de la patrie en Grèce ancienne. Ce faisant, nous placerons parmi les legs de l'Antiquité grecque, non seulement la Cité et sa démocratie mais aussi la patrie, cette notion ambivalente souvent renvoyée à l'irrationnel et qui est, même chez les hellénistes qui souvent ne lisent plus Fustel de Coulanges, pensée comme une invention du monde latin.
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