Auteur : Georges Brassens | Louis Nucera
Date de saisie : 06/10/2006
Genre : Musique, Chansons
Editeur : Archipoche, Paris, France
Collection : Archipoche, n° 18
Prix : 7.50 € / 49.20 F
ISBN : 978-2-35287-011-1
GENCOD : 9782352870111
Louis Nucéra a 26 ans lorsque, journaliste débutant au Patriote de Nice, il interviewe Brassens à la fin d'un récital, en 1954. Depuis qu'il l'a entendu à la radio, sa voix et ses mots sont entrés dans son coeur. Brassens le devine et l'invite à dîner. C'est le début d'une grande amitié. Jusqu'à la mort du poète, le 29 octobre 1981, ils dialogueront. Puis Brassens rejoindra Kessel, Cioran et Boudard parmi les «ports d'attache» de l'écrivain.
Louis Nucéra ne cachait pas que la gentillesse, la lucidité, l'humilité et le talent de Brassens l'avaient aidé à supporter la folie contemporaine. Au cours d'une série d'entretiens réalisée en 1974 pour RTL, reprise dans cet ouvrage, il avait obtenu de son ami des confidences dictées par la confiance et la complicité. S'y ajoute l'intégrale des textes écrits sur Brassens par Louis Nucéra, jusqu'à l'ultime hommage interrompu par sa mort, le 9 août 2000.
Une bibliographie complète des livres de et sur Brassens figure en fin d'ouvrage.
Textes rassemblés et présentés par Bernard Morlino
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Ils parlaient l'amitié
Georges Brassens chantait dans la chambre de mon frère Charles. Au début des années 60, il faisait partie de la famille. Nous écoutions en boucle «Le temps ne fait rien à l'affaire / Quand on est con, on est con / Qu'on ait vingt ans, qu'on soit grand-père»... Cette chanson démoda les pseudo-rockers que je subissais, victime du matraquage. J'avais l'âge des quatre cents coups et grâce à Brassens je quittais le troupeau des moutons de Panurge : le vrai rebelle n'était pas tel ou tel remuant yé-yé aux paroles importées des États-Unis mais le calme moustachu ciseleur de vers libres. La guitare électrique des copieurs d'Eddie Cochran, Elvis Presley et Gène Vincent était moins franche que la guitare sèche de l'auteur-compositeur-interprète qui n'a pas eu besoin de se reprénommer Johnny ou Dick pour faire moderne. Le pied gauche sur une chaise, Brassens dérangea la France de Vincent Auriol et de René Coty au point que les politiciens de la IVe République interdirent d'antenne «La Mauvaise Réputation». Rien de bien nouveau. En 1395, déjà, le prévôt de Paris avait interdit aux ménestrels de causer du désordre sur les places publiques par le biais de chansons, récitations ou discours, sous peine d'emprisonnement. Il était urgent que la jeunesse n'entendît pas : «Les brav's gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux». Les militaires ne supportaient pas les chansons contre la «musique qui marche au pas». Il fallut attendre 1955 pour qu'Europe 1 soit la première radio à diffuser «Le Gorille». Chez moi, la poésie s'échappait d'un Teppaz aux allures de lampe d'Aladin dont le génie était Georges Brassens. L'ancien banni ne se faisait pas de cadeau dans ses autoportraits en chansons : «Je suis un voyou», «La Mauvaise Herbe»... Georges devint Brassens dans la nuit du 8 au 9 mars 1952, à l'ombre du Sacré-Coeur, vers 1 heure du matin. Il y a des jours où la vie bascule du bon côté. Les 78 tours se chargeront ensuite de diffuser la bonne parole du talent éclos chez Patachou, rue du Mont-Cenis. Jusqu'ici le chanteur avait eu pour seul public les amis de l'impasse Florimont, sous la bienveillance de Jeanne et Marcel, encerclés par une lessiveuse, une table bancale, une bécane et un balai dressé contre le mur. Dans l'indifférence générale, quelque chose de grand se préparait. À Montmartre, ceux qui entendent ce soir-là «Les Amoureux des bancs publics» furent submergés par les mots justes qui restituaient la vie avec la force d'un appareil photo tant Brassens donne l'impression de cueillir la vérité au détour d'une rue.
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