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Contre saint Proust ou La fin de la littérature

Couverture du livre Contre saint Proust ou La fin de la littérature

Auteur : Dominique Maingueneau

Date de saisie : 03/10/2006

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Belin, Paris, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-7011-4444-3

GENCOD : 9782701144443


  • La présentation de l'éditeur

Zarathoustra, le héros de Nietzsche, rencontre un ermite et s'étonne : comment cet homme peut-il ignorer que Dieu est mort ? C'est un étonnement de cette sorte qui porte ce livre: la Littérature est morte, mais ses fidèles semblent l'ignorer. Certes, on continue à produire quantité de romans et de poèmes, mais ce n'est plus cette Littérature majuscule qui régnait sur la culture et qui était à la fois une certaine conception de la création, une certaine manière d'étudier les oeuvres et un certain découpage des institutions de savoir.
Pour analyser les évolutions de tous ordres qui condamnent cette majestueuse machine, ce livre prend pour point de départ la thèse défendue par Proust dans Contre Sainte-Beuve : étudier la vie d'un créateur ne serait d'aucun intérêt pour comprendre son oeuvre. À l'instar d'un Van Gogh en peinture, Proust représente - par son oeuvre comme par sa vie - une des figures les plus emblématiques de cet univers qui s'efface sous nos yeux. Sa thèse condense un certain nombre de présupposés aujourd'hui largement admis mais qui font obstacle à une appréhension du fait littéraire.

Dominique Maingueneau, ancien élève de l'E.N.S de Saint-Cloud, agrégé de lettres modernes, est professeur de linguistique à l'université Paris XII. Depuis longtemps, il s'efforce de montrer l'intérêt des problématiques d'analyse du discours pour l'étude de la littérature. Il a publié en particulier Le Contexte de l'oeuvre littéraire (Dunod, 1993) et Le Discours littéraire. Paratopie et scène d'énonciation (Armand Colin, 2004).



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  • Les premières lignes

Avant-propos :

Au début d'Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, le héros rencontre un ermite et s'étonne: comment cet homme peut-il ignorer que Dieu est mort ? C'est d'un étonnement quelque peu similaire qu'est né ce livre: la Littérature est morte, mais l'immense foule de ses fidèles semble l'ignorer.
Pour accéder à cette Littérature majuscule qui s'efface ainsi sous nos yeux, nous allons emprunter une voie qui peut sembler périphérique mais qui va nous mener au coeur de son dispositif: Contre Sainte-Beuve*, livre où Proust énonce une thèse qui exclut de l'esthétique les considérations d'ordre biographique :

«Et pour ne pas avoir vu l'abîme qui sépare l'écrivain de l'homme du monde, pour n'avoir pas compris que le moi de l'écrivain ne se montre que dans ses livres, et qu'il ne montre aux hommes du monde (ou même à ces hommes du monde que sont dans le monde les autres écrivains, qui ne redeviennent écrivains que seuls) qu'un homme du monde comme eux, il inaugurera cette fameuse méthode, qui, selon Taine, Bourget, tant d'autres, est sa gloire et qui consiste à interroger avidement pour comprendre un poète, un écrivain, ceux qui l'ont connu, qui le fréquentaient, qui pourront nous dire comment il se comportait sur l'article femmes, etc., c'est-à-dire précisément sur tous les points ou le moi véritable du poète n'est pas en jeu.»

Le choix que nous avons fait de partir de Proust ne doit rien au hasard. À l'instar d'un Van Gogh en peinture, il représente - par son oeuvre comme par sa vie - une des figures les plus emblématiques de la conception de l'Art qui a émergé avec le romantisme et qui règne encore dans les esprits. Sa thèse sur les deux moi a beau ne pas faire l'una­nimité, elle condense un certain nombre de présupposés aujourd'hui largement admis qui, en réalité, ne permettent de comprendre ni les régimes antérieurs de la production lit­téraire, ni celui dans lequel nous entrons, ni même celui qui l'a rendue possible. Le «tournant discursif» que commencent à prendre les études littéraires nous en fait prendre de plus en plus nettement conscience.

Mais, on le verra, ce dont il est ici question, ce n'est pas seulement de théorie, mais de toute une machine littéraire : la mise en spectacle d'une certaine conception des oeuvres et des créateurs, d'un certain partage des institutions de savoir, d'un certain statut du livre.


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