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Planète misère : chroniques de la pauvreté durable

Couverture du livre Planète misère : chroniques de la pauvreté durable

Auteur : André Corten

Date de saisie : 03/10/2006

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Autrement, Paris, France

Collection : Frontières

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-7467-0844-0

GENCOD : 9782746708440


  • La présentation de l'éditeur

Dans les bidonvilles de Port-au-Prince, de Recife, de Nairobi, du Cap, des centaines de milliers d'individus vivent dans le dénuement le plus complet. Au total, sur notre planète, un à trois milliards d'hommes sont réduits au rang de misérables. La "lutte contre la pauvreté" est devenue l'objectif numéro un de la Banque mondiale ; mais le monde continue de tourner en entretenant une souffrance et une misère globales.

"Gouverner au nom du peuple qui souffre" : la formule du président Lula, au lendemain de son élection, fut selon l'auteur la première expression politique de cette souffrance populaire massive. C'est aujourd'hui le peuple du monde qui est en souffrance. "Cette souffrance, affirme André Corten, est un mal politique."

Depuis son premier séjour de recherche et d'enseignement au Chili en 1962, André Corten, professeur de science politique, porte en lui ce cri, qui résonne aujourd'hui sous la forme d'une vaste enquête, résultat de plus de quarante ans de séjours en Haïti, au Brésil, en Afrique du Sud, en Algérie, au Mexique, au Rwanda, au Guatemala, au Salvador, au Congo, en Argentine, en Bolivie, au Chili...

Dans une écriture inspirée et sous la forme d'un décalogue, cet essai-document fait un état des lieux bouleversant, mais plein d'espoir sur l'état du monde.

André Corten est professeur de science politique à l'université du Québec à Montréal et chercheur associé à l'IRD (Institut de recherche sur le développement, Paris). Il a publié de nombreux ouvrages à Paris, Montréal, Londres et en Amérique latine portant sur les sociétés des pays du Sud.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Le pasteur Hérard a son petit jardin ; entre les branches du goya­vier, on voit la mer. «C'est simple, me dit-il, il vaut mieux prendre le bateau. S'il fait naufrage, c'est plus charitable. L'autre possibilité pour quitter Jérémie, c'est le camion. Et s'il bascule, vous serez gravement blessé. Votre famille viendra chaque jour vous rendre visite. Après plusieurs semaines, voire plusieurs mois, vous mourrez. Peut-être n'aurez-vous même pas repris connaissance. Quelle épreuve pour votre famille !» Moi, j'avais pris un camion de nuit, ballotté, pressé, les têtes de mes voisins naviguant sur mes épaules et réciproquement. Le bruit des roches dévalant dans les précipices. Par bribes, j'avais dormi. En toute inconscience du danger. Que faire donc pour le retour ?
Jérémie, petite ville au bout de l'anse du Sud. En Haïti. Dans la chronique des catastrophes, Jérémie, c'est le naufrage du Neptune, un navire surchargé et pris par la houle en 1993. Plus de mille passagers dévorés par les requins. On a organisé des funérailles collectives. À vrai dire, le nouveau bateau mis en service est toujours bondé à l'excès. Tout comme les boatpeople qui essaient de gagner les plages américaines.
La souffrance est souvent moins spectaculaire. L'humour macabre de mon interlocuteur me le suggère discrètement. La souf­france est dans les gestes ordinaires, dans les conversations de tous les jours. Chacun porte son mal, dans le silence ou dans le bruit. On se plaint, on consulte, on cherche du secours. On attend, on est déçu, on est anéanti, on reprend courage. On vit. L'enfant geint à longueur de journée ; pourtant, sous l'embrasure de torchis, deux femmes s'esclaffent et leur gaieté n'est pas forcée.
Un mal accable un, deux, trois milliards d'êtres humains. Ce mal n'est pas abattement, désespoir, prostration. Il n'empêche pas les rires. Jour après jour, il revient. Ce mal est produit par un système perpétuant d'infâmes conditions de souffrance. Des milliards d'hommes, de femmes et d'enfants sont constamment repoussés dans ces conditions. Certes, on peut souffrir dans l'opulence, on le sait. Mais la souffrance dans laquelle est plongée l'immense multitude de jeunes et de moins jeunes les place dans des situations comparables à celles de camps de concentration. Je parle des bidonvilles de Port-au-Prince, de Recife, de Nairobi, du Cap. Ces camps ne sont pas de simples lieux de transit pour de nouveaux immigrants en provenance des campagnes. Ils sont un état permanent.


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