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Paysans : mémoires vives : récits d'un monde disparu, 1900-2000

Couverture du livre Paysans : mémoires vives : récits d'un monde disparu, 1900-2000

Auteur : Bernard Stéphan

Date de saisie : 03/10/2006

Genre : Folklore Moeurs et coutumes

Editeur : Autrement, Paris, France

Collection : Mémoires, n° 123

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-7467-0860-0

GENCOD : 9782746708600


  • La présentation de l'éditeur

Un regard neuf sur des périodes historiques cruciales ou à travers les moments phares de la vie d'hommes et de femmes gui ont accompagné ces mouvements.

Que reste-t-il des paysans de notre mémoire ? Désormais l'agriculture est industrielle, marchande et scientifique. Elle a tourné le dos à un très vieil héritage de gestes, de rites, de savoirs, d'usages, de liens à la terre et au paysage. Sur fond de Marché commun et de politique agricole commune, cet ouvrage raconte la fin d'une communauté du Périgord, emblématique de la paysannerie française.

Quand l'auteur fait parler les paysans, dont les carnets de souvenirs remontent jusqu'au début du siècle, nous sommes en i960 : sur ce plateau du Périgord méridional, il y a trente familles de paysans. Lorsqu'il ferme ses carnets, en l'an 2000, sur le même terroir, il ne reste que quatre exploitants agricoles. Entre-temps l'exode rural, la concentration des terres, l'arasement du bocage, la mécanisation, la fin de la polyculture et des usages communautaires, la mort d'un dialecte d'oc sont passés par là. La fonction sociale du paysan a disparu. Désormais, l'agriculteur est essentiellement un producteur.

Bernard Stéphan réveille un quotidien au travers de portraits recomposés d'acteurs d'un monde qui n'est plus. L'auteur a souvent conservé l'oralité des confidences, d'où la force de ces rencontres. Il évite de tomber dans la nostalgie ou le regret. Ce n'était pas le bon temps... Au contraire, il montre la dureté des conditions, les difficultés du quotidien, la rudesse des rapports. Et il laisse percevoir que derrière la rigueur des jours germait un grand désir d'émancipation. Et c'est bien la ville, souvent avec ses mirages, qui a mis fin à cette société.

Bernard Stéphan est journaliste, rédacteur en chef du quotidien Le Berry républicain. Né en Périgord, il a écrit plusieurs ouvrages sur la mémoire paysanne, et l'environnement. Il est aussi l'auteur de films sur la mémoire du XXe siècle et sur les richesses du patrimoine en Berry et Sologne.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

C'est en Périgord. Celui de Jacquou le Croquant, et au-delà encore, celui des révoltes des croquants des XVe, XVIe et XVIIe siècles, tous héritiers de la figure légendaire de Pierre Grellety, le Thierry la Fronde des forêts périgourdines. Une terre rude et rebelle, où s'est forgée une vieille culture de paysans. Jusqu'à cette mutation irrémédiable du XXIe siècle, marquée par les grandes vagues de l'exode, la fin des propriétés paysannes, l'arrivée des néo-ruraux et des Anglais. Le temps de la grande rupture et de l'arrachement.
Le paysage aide à comprendre. Vers le nord la rumeur des brisants, les rapides vifs entre les îles sur la Dordogne, la mémoire des gabariers déjouant les récifs, des clairières ouvertes par les moines cisterciens, les rochers blancs percés de cavernes et d'abris sous roche où l'homme, ici comme à Lascaux, a vécu il y a si longtemps... Bornant les horizons, la forêt. Comme un grand reste du temps. Une sente profonde, des branches estompant les chemins, des pentes escarpées plantées de chênes verts et de brande*, des gours* noirs et mystérieux, d'antiques murets de pierres sèches quadrillant encore les anciennes pâtures où la forêt gagne, des couverts secrets sous l'ombre des charmes, des croupes caussenardes sèches et brûlées de soleil.
Sous deux longs peupliers, silhouettes orantes, une mare derrière ses roseaux et ses vergnes. Là, chaque année, la nuit de Noël, on y entendait, dit-on, les battoirs de mystérieuses lavan­dières. Les revenants. Les tomes*1, disaient les vieux. Ils ajou­taient : «Les âmes des tomes viennent se laver.»
Ce livre est le résultat d'une très longue collecte faite de rencontres organisées, de hasards heureux et de la recomposition de dialogues glanés au long de nombreuses années de prises de notes : rapporter les voix de la dernière génération de paysans, celle qui a disparu entre 1960 et 1975. Voix presque toutes silen­cieuses aujourd'hui. Ces voix racontent la fin d'un temps, la fin d'une manière d'être, de vivre, de faire.


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