Auteur : James A. Arnold
Date de saisie : 29/09/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Minuit, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-7073-1969-2
GENCOD : 9782707319692
Le public français, depuis plusieurs années déjà, fait un triomphe aux écrivains venus des «îles» - Patrick Chamoiseau, Maryse Condé, Raphaël Confiant, bien d'autres encore -, et le Salon du Livre 2006, dédié à une «francophonie» où ces écrivains figurent en bonne place, a battu un record d'affluence.
Mais l'allant et le talent ne sont pas l'apanage des seules Antilles françaises, ni même de la zone francophone de l'espace caraïbe.
On l'oublie souvent en France : cet espace caraïbe est une mosaïque de peuples, d'histoires, de langues - et de littératures. Le roman, l'essai, la poésie s'écrivent là-bas en français, mais aussi en anglais, en espagnol, en néerlandais et, bien sûr, en créole.
Ce numéro spécial de Critique propose donc un ambitieux portrait de groupe des littératures caraïbes. On y découvre des écrivains, mais aussi les traditions particulières dans lesquelles ils s'inscrivent. À travers des oeuvres singulières et souvent admirables, c'est tout le mouvant paysage de ces cultures métissées, à la fois locales et décentrées, qui se donne à voir.
Ce numéro a été coordonné par un pionnier des études littéraires cari-béennes, Albert James Arnold, de l'Université de Virginie (Charlottes-ville). Il propose au lecteur onze études au fil desquelles sont évoquées les oeuvres d'une cinquantaine d'écrivains. Il offre en outre quatre textes de fiction inédits, qu'ont bien voulu nous confier Maryse Condé, David Dabydeen, Rita Indiana Hernàndez et Ellen Ombre.
Ont participé à ce numéro, dirigé par Albert James Arnold :
Maryse Condé
David Dabydeen
Kathleen Gyssels
Mary Hanna
Rita Indiana Hernàndez
Bénédicte Ledent
Jean-Marc Moura
Martin Munro
William Navarrete
Nick Nesbitt
Marie-José N'Zengou-Tayo
Ellen Ombre
Wim Rutgers
Joséphine Valenza Arnold
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Extrait de la présentation :
La Caraïbedans tous ses états
Quiconque s'aventure à décrire la Caraïbe en tant qu'aire culturelle se trouve historiquement confronté à l'enchevêtrement des politiques qu'y menèrent plusieurs nations européennes depuis le début du XVIe siècle, avec pour conséquences des guerres innombrables, de multiples traités et d'hallucinants échanges de territoires. Plus complexe encore est la composition des populations, depuis qu'aux autochtones, partout (sauf dans les territoires continentaux limitrophes), sont venus s'adjoindre ou se substituer des populations africaines (transbordées par la traite depuis les régions les plus diverses, biologiquement et culturellement), indiennes (originaires du Nord ou du Sud de l'Inde, selon les sphères d'influence du colonisateur et, de ce fait, partageant très peu de traditions culturelles entre elles), indonésiennes (pour les colonies des Pays-Bas), levantines (ceux que l'on appelle, souvent à tort, «Syriens» dans les Petites Antilles françaises), chinoises (un peu partout, mais plus massivement à Cuba), portugaises (qui constituent une véritable catégorie «raciale» à Trinidad et en Guyane britannique), sans oublier les Juifs qui ont émigré très tôt et se sont implantés dans les colonies des Pays-Bas avant de rayonner à travers l'archipel.
La situation linguistique n'est pas moins complexe et il faut ici l'évoquer rapidement, puisqu'elle joue un rôle critique entre le créateur caribéen et son public, le plus souvent métropolitain. Sur ce plan, il importe de le souligner, les Antilles françaises ne représentent pas la norme. Intégrées institutionnellement à l'Éducation Nationale, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane sont alphabétisées (en français) pratiquement à 100%. Et le créole ? Il y a un quart de siècle, Edouard Glissant avait averti que le créole des Petites Antilles françaises disparaîtrait au même rythme que les métiers qui l'employaient de façon quotidienne: pêche, agriculture, marchés1. Aujourd'hui la ménagère de Pointe-à-Pierre s'approvisionne au même hyper-marché que la Catalane de Perpignan ou la Bretonne de Quimper, le tout en français. Si l'Université des Antilles-Guyane se targue depuis peu d'un CAPES de langue créole, elle forme des créolisants qui seront progressivement unilingues en français langue maternelle. Bref, le statut du créole des Petites Antilles est en passe de ressembler, quant à la dynamique sociolinguistique, à celui du français de Louisiane plutôt qu'à celui du français au Québec.
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