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Les grandes questions d'économie contemporaine : la science d'un monde imparfait

Couverture du livre Les grandes questions d'économie contemporaine : la science d'un monde imparfait

Auteur : Alain Bienaymé

Date de saisie : 29/09/2006

Genre : Economie

Editeur : O. Jacob, Paris, France

Collection : Economie

Prix : 30.00 € / 196.79 F

ISBN : 978-2-7381-1723-6

GENCOD : 9782738117236


  • La présentation de l'éditeur

De Keynes à Internet : soixante années de pensée économique remises en perspective à la lumière des débats actuels.
Que retenir de la science économique, souvent brocardée pour ses erreurs de prévision ? Sont-elles plus graves aujourd'hui que dans les années 1920-1930 ? Quels sont les progrès récents de cette discipline ? Qu'apporte-t-elle vraiment à la compréhension de notre monde ?
Alain Bienaymé dresse un panorama de la façon dont les économistes éclairent les transformations et le cours de l'activité économique, comme ses ruptures. Il remet en perspective les grandes évolutions de la pensée économique sur la théorie du marché, sur l'entreprise, sur le couple industrie-finance, sur l'État, ou encore sur des questions toujours essentielles comme la croissance, l'ouverture à la concurrence, le développement.
Pour en finir avec l'économie réduite à l'économétrie, la réflexion d'un grand universitaire sur ce que peut aujourd'hui cette science décriée mais cruciale.

Alain Bienaymé est professeur émérite à l'université Paris-Dauphine. Il a notamment été président du jury d'agrégation de sciences économiques.





  • Les premières lignes

Cette durée, que la science élimine, qu'il est difficile de concevoir et d'exprimer, on la sent et on la vit.
Bergson

Deux ruptures

Keynes, Internet : ce rapprochement est insolite. Quel point commun y a-t-il entre cette grande figure de la science économique et l'irruption soudaine d'une innovation susceptible de transformer notre monde ? Le savant comme le phénomène Internet marquent en fait deux ruptures. Ils inaugurent deux époques. Keynes (1883-1946) signe l'avènement d'une nouvelle conception de la science économique. Une science enfin étayée par un ensemble de données observables et chiffrées. Une science qui légitime les interventions des autorités publiques désireuses de relancer un capitalisme en panne. Le soleil de la «révolution keynésienne» se lève en 1936 à la publication de la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie par le professeur de Cambridge. Si la guerre en a retardé la diffusion, ce livre a ébloui toute une profession dans les années 1950. Il a inspiré les cercles dirigeants désireux d'éviter les erreurs commises lors de l'entre-deux-guerres.
Keynes était déjà renommé en 1936. N'avait-il pas dénoncé par avance, mais en vain, l'erreur des pays vainqueurs de la Première Guerre mondiale et de leurs gouvernants dans Les Conséquences économiques de la paix (1919) ? Le traité de Versailles avait en effet infligé à l'Allemagne des indemnités de réparation d'un montant excessif. «À notre avis, bien avant que les fonds ne soient collectés, les gouvernements alliés découvriront peut-être et même probablement qu'une telle collecte leur infligera autant de dommages qu'à l'ennemi'.» L'Angleterre, autre erreur, avait en 1925 rétabli l'étalon-or de la livre sterling à sa parité d'avant-guerre tout en en limitant la convertibilité afin d'économiser ses réserves d'or. C'était oublier que des années d'inflation avaient ruiné l'industrie britannique et miné sa compétitivité. Quoique rétabli au cinquième de la valeur du franc germinal, le franc-or de Poincaré tint insuffisamment compte de ce que les prix à la consommation avaient sextuplé entre 1910 et 1928. Ces erreurs dues à l'instinct de vengeance des vainqueurs et à leur ignorance des réalités économiques se payèrent très cher. D'un côté, l'Allemagne fut contrainte pour régler sa dette de dégager un fort surplus de production exportable, ce qui engendra chez elle une pénurie sans précédent et y déclencha une inflation dévastatrice. De l'autre, les États-Unis, la France et l'Angleterre noyés sous la concurrence des produits allemands subirent un chômage de 25 à 30 % de leur population active. Le tissu social des pays industriels et le climat politique international se dégradèrent. La grande dépression de 1929-1933 fit le lit du nazisme. La science économique de l'époque manquait des instruments nécessaires pour sortir lucide d'un conflit meurtrier doublé d'une guerre commerciale. Keynes, ses contemporains et ses nombreux disciples allaient les lui donner.


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