Auteur : Marguerite Duras
Date de saisie : 16/06/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : IMEC, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, France | POL, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-84682-156-8
GENCOD : 9782846821568
Les Cahiers de la guerre constituent la part la plus exceptionnelle des archives déposées par Marguerite Duras à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (Imec) en 1995. Ecrits entre 1943 et 1949, ils ont longtemps été conservés dans les mythiques " armoires bleues " de sa maison de Neauphle-le-Château ; leur publication donne aujourd'hui accès à un document autobiographique unique, en même temps qu'à un témoignage précieux sur le travail littéraire de l'écrivain à ses débuts. Le contenu de ces quatre cahiers excède amplement le cadre de la guerre, malgré l'appellation inscrite par Marguerite Duras sur l'enveloppe qui les contenait. On y trouve en effet des récits autobiographiques où elle évoque les périodes les plus cruciales de sa vie, particulièrement sa jeunesse en Indochine ; des ébauches de romans en cours, comme Un barrage contre le Pacifique ou Le Marin de Gibraltar ; ou le récit à l'origine de La Douleur, publiée en 1985. Dix " autres textes " inédits, contemporains de la rédaction de ces cahiers, complètent cette image d'une oeuvre naissante où se dessine l'architecture primitive de l'imaginaire durassien. A mi-chemin de l'oeuvre assumée et du document d'archive, ces Cahiers de la guerre donnent à voir tout à la fois l'enfance d'une oeuvre et l'affirmation d'un écrivain.
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Dix ans après sa mort, la grande dame des lettres françaises nous revient donc plus alerte que jamais avec ces quatre petits Cahiers de la guerre, ainsi baptisés par la romancière elle-même. Rédigés entre 1943 et 1949 et réunis dans une simple enveloppe longtemps nichée dans les fameuses armoires bleues de Neauphle-le-Château - évoquées dans le préambule de La Douleur (1985) - ils font aujourd'hui l'objet d'une remarquable édition menée par Sophie Bogaert et Olivier Corpet. Où l'on découvre, subjugué, la matrice d'une oeuvre, l'imbrication originelle de l'intime et de la fiction, la circulation permanente, d'un texte à l'autre, des personnages et des lieux...
...la richesse des cahiers et des quelques textes épars regroupés dans ce volume ravira les spécialistes comme les non-familiers du Prix Goncourt 1984. D'autant que l'écriture, empreinte de fraîcheur et de sérieux, s'essaie progressivement, et avec légèreté, au phrasé elliptique des romans à venir, Un barrage..., Le Marin de Gibraltar, Détruire dit-elle, L'Amant, La Douleur, L'Amant de la Chine du Nord, etc.
Les Cahiers de la guerre de Marguerite Duras ont longtemps dormi dans le fouillis des armoires bleues de la chambre de l'écrivain, à Neauphle-le-Château. Il y en avait quatre, tous remplis entre 1943 et 1949. Un trésor, et une merveille...
Quatre cahiers, donc, comme dans un conte. Car il y a beaucoup du conte ici, ne serait-ce que la manière dont les histoires essentielles, le coeur de l'oeuvre, sont maniées et remaniées, versions superposées d'une mélodie originelle...
Rire, contre la foule. Dire, contre la foule. Dire la méchanceté, la drôlerie, dire l'insoumission de Mme Dodin, la concierge rebelle de la rue Saint-Benoît. Les cahiers font ressurgir une Marguerite Duras insoumise radicale, en colère à tout jamais, et comme une enfant. Et qui inlassablement, "pour ne pas oublier", note les scènes indicibles.
Marguerite Duras en pleine forme nous revient à travers des inédits conservés à l'Imec. Ce sont quatre cahiers, dits «de la guerre», l'auteur les a ainsi nommés lorsqu'elle les a rangés dans une enveloppe. Il s'y trouve le tout premier récit de la mythologie familiale (la mère veuve, les frères, l'Indochine), immortalisée dans Un barrage contre le Pacifique, l'Amant et l'Amant de la Chine du Nord ; il y a les ébauches de la Douleur, le texte qui relate le retour de déportation de Robert Antelme, et celui qui décrit une séance de torture menée par une femme qui ressemble à l'auteur, pendant la Libération de Paris ; il y a aussi des variations autour de ce qui deviendra Madame Dodin, impayable méditation sur «l'institution de la poubelle», la concierge et le balayeur «communiste de sentiments». Enfin, datant également des années 40, mais aussi des années 30 parfois, nous avons là des fragments et des nouvelles, certains jamais lus nulle part, pas même chez les biographes, Laure Adler et Jean Vallier, qui ont pourtant abondamment utilisé les archives ici présentées...
Mais Cahiers de la guerre, c'est d'abord un livre merveilleux en soi.
Ce qui frappe, dans ses textes époustouflants, c'est la lucidité, la violence alliée à la maîtrise, comme si tous les livres à venir étaient déjà là, comme si les phrases depuis toujours coulaient limpidement, sans efforts, sans ratures, sans brouillons...
C'est, bien avant son best-seller «l'Amant», Marguerite vue par elle-même, la honte incarnée marchant sous de grands tamariniers, silhouette de jeune première n'osant lever les yeux car elle ne savait si on la tenait, avec ses robes sous les genoux, son petit sac à main et son chapeau vert pomme, pour une «petite fille» ou pour une «petite putain». Sa mère voulait qu'elle devienne «professeur, avocate, médecin, directrice de journal ou exploratrice»; Marguerite, elle, se rêvait trapéziste ou star de cinéma. Trapéziste ? Pour l'écriture, elle le sera.
Extrait de la préface :
Une oeuvre sans restes : rien de ce qu'écrit Marguerite Duras n'est laissé à l'abandon. Personnages, lieux, motifs, circulent d'un texte à l'autre et se font écho; les bribes abandonnées d'un manuscrit sont reprises dans le suivant, intégrées à une nouvelle composition. En un mot, toute l'archive est passée dans l'oeuvre. Et lorsqu'ils arrivent à l'Imec, en 1995, les «papiers» de Marguerite Duras produisent ce même effet sur ceux qui les découvrent et se chargent de les classer. Les manuscrits de chacune des oeuvres, aussi divers qu'ils soient parfois par l'aspect, ne paraissent pas, comme souvent, une accumulation de pièces disjointes - mais un ensemble où tout se tient, qui semble d'une seule coulée d'écriture.
Parmi la richesse de ces archives, se détachent d'emblée les Cahiers de la guerre. Ces quatre petits cahiers (ils font partie des pièces les plus anciennes) étaient conservés dans une enveloppe où Marguerite Duras elle-même les avait réunis sous cette appellation, que nous avons choisi de retenir pour titre. Ils constituent, de fait, un ensemble homogène : l'unité matérielle établie par Marguerite Duras s'explique par leur cohérence à la fois chronologique et thématique, puisqu'ils ont été rédigés pendant et juste après la guerre, entre 1943 et 1949, et que dans des proportions diverses, tous évoquent cette époque cruciale dans la vie de l'écrivain.
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