Auteur : Benoît Duteurtre
Date de saisie : 07/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Fayard, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-213-62845-5
GENCOD : 9782213628455
La cinquantaine séduisante, Florence dirige une agence de communication. Sa vie s'organise entre Paris et un village de montagne, où elle dispose d'une maison perdue. Chaque week-end, elle s'y rend par le train. Attentive à l'évolution de la SNCF - ses tarifs modulables, ses systèmes aberrants de réservation, ses lignes secondaires en décrépitude -, elle y voit le reflet des transformations de l'époque. Un soir de novembre, elle découvre un grand réverbère tout neuf, planté à l'embranchement de son chemin. Elle déteste aussitôt cet éclairage cru, qui marque l'irruption de la " modernité " dans un paysage épargné. L'irrésistible appel du progrès réjouit les villageois. Florence, elle, se désole. Quelques semaines plus tard, trois rutilantes poubelles de tri sélectif, installées au pied du réverbère, signent l'intrusion de l'écologie bureaucratique dans la vie rurale. Attachée à ses souvenirs bucoliques, prise dans les contradictions de sa double vie, Florence sent que le monde lui échappe.
Après Service clientèle (Gallimard, 2003) et La Petite Fille et la cigarette (Fayard, 2oo5), Benoît Duteurtre brosse un portrait de l'individu égaré dans les pièges de la société contemporaine. Ce roman, imprégné des paysages de montagne, illustre la liquidation des rêves humanistes par un capitalisme à très grande vitesse.
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Au début, c'est l'histoire d'une campagnarde Hermès, résultat un peu nerveux du croisement entre la Parisienne superficielle et le survivant de la France profonde. Au Fouquet's, sa cantine, cette espèce de cinglée multimédia croit qu'il n'y a que deux saisons en ville : automne-hiver et printemps-été. Seulement voilà, aussi souvent que possible, madame part se ressourcer chez les «vraies gens». Dans son cas, il s'agit des Vosges. Pour tout dire, Florence ne descend pas en province, elle remonte le temps ; plus que pour la fameuse ligne bleue, elle part pour le second Empire...
Et c'est ainsi qu'une fable amusante tourne au réquisitoire contre l'absurdité d'un système qui défigure tout sur son passage et envoie à la casse les gens et leurs traditions. Le plus drôle, c'est que Benoît Duteurtre est plutôt un réactionnaire. Il aime bien les gens qu'il fustige. Avec, de livre en livre, une prédilection pour les femmes savantes et les précieuses parisiennes dont il ne loupe aucun ridicule. Ce qui fait beaucoup rire. Mais jaune. Parce qu'on est d'accord avec tout ce que ce nouveau La Bruyère dénonce, mais aussi avec tous ceux qu'il accuse. Soudain, on est forcé de raisonner sur des idées contradictoires. Ce qui est très excitant pour l'esprit. Et pour le plaisir de la lecture.
Façon de Virgile rieur aux Bucoliques abolies, Benoît Duteurtre imagine avec malice la rencontre entre cette citadine lassée par la modernité et des ruraux assoiffés de progrès. Progressiste à la ville, son héroïne se découvre réactionnaire aux champs, s'acharnant à concilier les contraires à l'occasion de ses voyages en train. Hélas, c'est en voiture que les choses sont parfois les pires, et le discours commercial des contrôleurs relookés n'y change rien...
Déroulant ses effets au fil d'un journal intime, l'apologue est joliment troussé, quoique un peu démonstratif.
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