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Courir avec des ciseaux

Couverture du livre Courir avec des ciseaux

Auteur : Augusten Burroughs

Traducteur : Christine Barbaste

Date de saisie : 28/09/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Domaine étranger, n° 3955

Prix : 8.50 € / 55.76 F

ISBN : 978-2-264-04378-8

GENCOD : 9782264043788


  • La présentation de l'éditeur

Augusten a toujours su qu'il était différent. Mais différent de qui, de quoi ? De l'Amérique des années 70 ? De sa mère, complètement psychotique, qui se fait tripoter par la femme du pasteur en déclamant des poèmes ? De son père, alcoolique, qui testerait bien le couteau à pain sur la gorge de sa femme ? De son psy et tuteur légal, encore plus déjanté, qui lit l'avenir dans ses étrons, une Bible à la main ? Augusten verra bien. En attendant, il vit, tout simplement. Il pense à l'avenir. Il sera star, ou docteur, ou coiffeur. Il arrêtera de manger des croquettes pour chats. Ou pas. Récit d'une adolescence pas comme les autres dans une époque pas comme les autres.

«Augusten Burroughs se raconte drôlement bien : le comique de la situation est répercuté de scène en scène, jusqu'à la fin, pour ombrager pudiquement le drame de la perte de l'enfance.»

Le Matricule des Anges



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  • Les premières lignes

IL Y A UN TRUC QUI CLOCHE

Ma mère se contemple dans le miroir de la salle de bains ; elle sent la dame élégante sur le départ - une combinaison d'eau de toilette Jean Naté, de shampooing Dippity Do et d'odeur douceâtre de rouge à lèvres. Son sèche-cheveux blanc en forme de revolver refroidit sur la panière à linge en osier en tictaquant. Ma mère se recule et lisse le devant de sa robe psychédélique de chez Pucci. Elle se mordille l'intérieur de la joue.
- Zut ! Il y a un truc qui cloche !
Hier, elle est allée au Chopping Block, un salon de coiffure chic d'Amherst, où il y a des lucarnes en forme de bulle et des ficus dans des cache-pots chromés. Sébastian lui a donné un coup de peigne.
- Cette maudite Jane Fonda ! râle-t-elle en faisant bouffer ses cheveux châtain foncé sur le haut du crâne. C'a l'air tellement simple, sur elle !
Elle se pince la peau au niveau des pattes, pour accen­tuer ses pommettes. Les gens ont toujours dit qu'elle res­semblait à Lauren Bacall jeune, surtout les yeux.
Je n'arrive pas à détacher mon regard de ses pieds, qui sont chaussés d'escarpins en cuir rouge perfidement hauts. Comme en général elle ne porte que des sandales plates, on dirait qu'elle a emprunté les pieds d'une autre femme. Ceux de son amie Lydia, peut-être. Lydia a des cheveux noirs soigneusement lustrés, des petits copains et une piscine démontable. Elle passe sa vie perchée sur des talons hauts, même quand elle lézarde au bord de sa piscine dans son bikini blanc, en fumant des cigarettes mentholées et en bavardant au téléphone - un modèle Princess vert olive. Ma mère ne met des chaussures habillées que pour sortir, donc j'ai fini par les associer à un sentiment d'abandon et d'anxiété.
Je ne veux pas qu'elle parte. Mon cordon ombilical n'est pas coupé, et voilà qu'elle tire dessus. Je sens la panique m'envahir.
Je reste à côté d'elle dans la salle de bains parce que j'ai besoin de sa présence le plus longtemps possible. Peut-être se rend-elle à Hartford, dans le Connecticut, ou encore à Bradley Field, l'aéroport international. J'adore l'aéroport, l'odeur du kérosène, j'adore prendre l'avion pour rendre visite à mes grands-parents, dans le Sud.


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