Auteur : Henri Eckert
Date de saisie : 27/09/2006
Genre : Sociologie, Société
Editeur : La Dispute, Paris, France
Collection : Essais
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84303-136-6
GENCOD : 9782843031366
Parmi les jeunes hommes de 15 à 29 ans en emploi en France aujourd'hui, un sur deux est ouvrier ! Ainsi le groupe ouvrier, vieux par son histoire, est-il jeune, de la jeunesse de ceux qui au sortir de l'école, entrent à l'usine. S'appuyant sur de nombreux récits de jeunes ouvriers, recueillis en milieu industriel ou lors d'entretiens hors de l'usine, Henri Eckert reconstitue le récit global des moments essentiels de l'entrée dans la condition ouvrière aujourd'hui. On suit donc ces «simples ouvriers», comme ils disent, depuis le temps d'avant, celui de l'école, jusqu'à l'entrée à l'usine, de l'apprentissage du travail industriel à la soumission à la discipline qu'il requiert. On accède à la quotidienneté de l'usineoù ces jeunes produisent sous surveillance. Puis l'auteur nous invite à quitter les ateliers pour aborder quelques aspects de la vie ouvrière hors travail, du loisir jusqu'à l'investissement dans la mai son et la vie familiale. Henri Eckert, fils d'ouvrier, enseignant puis conseiller d'orientation psychologue, aujourd'hui sociologue au Céreq à Marseille, nous fait pénétrer dans la réalité de l'usine et de la culture ouvrière contemporaine.
A travers l'histoire de ceux et celles qui y consacrent leurs forces, il nous raconte l'aventure de la production des biens matériels avant qu'ils nous apparaissent sous la forme abstraite de marchandises sur les rayons des temples de la consommation postmoderne.
Commander ce livre sur Fnac.com
Extrait de l'introduction :
Les ouvriers ne constituent plus, depuis qu'ils ont été devancés par les employés, le groupe socioprofessionnel le plus important dans la population active française. Le recensement de 1999 en atteste: à peine plus de sept millions d'ouvriers contre près de huit millions d'employés. L'événement était prévisible, tant il est vrai que le nombre des employés n'a cessé d'augmenter tout au long des trente dernières années, tandis que l'effectif des ouvriers diminuait régulièrement. Pourquoi, dans un tel contexte, s'intéresser encore aux ouvriers ?
Portrait de groupe...
Il est vrai que le déclin suit de peu l'apogée : c'est en 1975 que le groupe ouvrier avait atteint son essor maximal. Non seulement parce qu'il rassemblait alors son plus grand effectif mais, plus encore, parce que la mise en place progressive d'un droit du travail et d'une réglementation rigoureuse de la relation d'emploi ainsi que l'édification d'un dispositif cohérent de protection contre les aléas, qu'il s'agisse du chômage, de la maladie ou de la vieillesse, avaient abouti à une consolidation sans précédent de la condition ouvrière. Le groupe s'était, par ailleurs, doté d'organisations associatives, syndicales et politiques capables de faire entendre sa voix et de défendre ses revendications. Mais alors : pourquoi s'intéresser encore à un groupe social dont le déclin brutal estompe déjà l'image ?
Les «bleus» ont, depuis belle lurette, disparu de la scène publique et, si les ouvriers sont de moins en moins visibles hors de l'usine, les usines elles-mêmes tendent à disparaître de l'environnement. Pas seulement parce qu'un habillage coloré de leurs façades ou le confinement dans des zones industrielles en égarent la vue. Bien davantage parce que les délocalisations industrielles vers les économies périphériques, où les coûts de main-d'oeuvre sont moindres, ne cessent de disperser les usines du centre, les gommant ici du paysage en même temps que les ouvriers de notre horizon social. Sans doute les friches industrielles témoignent-elles de cette perte de substance qui a mutilé les vieilles régions industrieuses et réduit certains bastions ouvriers, tandis que les apparitions fugaces, sur nos écrans médiatiques, des visages fâchés ou résignés de ceux que les délocalisations livrent aux plans sociaux et, plus sûrement, aux préretraites ou au chômage ne témoignent plus que d'une résistance, ultime sinon vaine, à la rationalité économique-libérale triomphante.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli