Auteur : Antoine Audouard
Date de saisie : 13/07/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-077953-6
GENCOD : 9782070779536
Un pont d'oiseaux, c'est l'histoire d'un fils qui est à la recherche de son père. Le fils qui est aussi le narrateur du livre, André Garnier, est né au Vietnam, en Cochinchine comme on disait à l'époque, en 1952, quelques années avant la bataille de Diên Biên Phu qui a marqué la fin de la présence française en Indochine. Lui et son père qui était un engagé de 1945 dans l'armée française ne se sont jamais vraiment rencontrés. Ils ont passé quelques années, quelques mois à peine ensemble, et ce fils recherche ce père. Il a la sensation que, dans le passé de son père, dans l'histoire de cette guerre terrible, se trouvent des secrets qui le concernent, lui, et qui peuvent lui permettre de vivre. Il repart au Vietnam aujourd'hui, en 2006, pour essayer de reconstituer un puzzle. Ce puzzle n'est pas très complet, car forcément, nous n'avons jamais tous les morceaux quand nous nous plongeons dans le passé, mais c'est un puzzle où l'on rencontre les fantômes de la guerre, le visage des femmes qui ont pu marquer son père, où l'on retrouve des lieux. Et pièce par pièce, bout par bout, il arrive, petit à petit, à reconstituer une figure acceptable de ce père. Ce n'est ni une figure glorieuse, ni une figure d'un salaud : c'est un être humain, c'est quelque part entre les deux. Au passage, évidemment, il évoque la guerre, il retrouve les figures les plus fortes de cette période qui était atroce et magnifique en même temps : atroce, parce que c'est le début de la fin pour la colonisation française et que cela ne se passe pas dans des conditions toujours très belles à voir, parce que c'est la torture, les viols, les villages détruits ; magnifique aussi, parce que c'est le sens du sacrifice. Diên Biên Phu est la dernière grande bataille française. C'est une défaite terrible, humiliante politiquement et militairement ; c'est aussi une défaite dans laquelle un certain nombre d'hommes dont, à sa façon, le père de mon héros, ont trouvé une place qui les marque à jamais dans notre histoire, et pour laquelle ce fils aussi apprend à être reconnaissant. Au bout du compte, j'ai essayé de faire un roman historique, dans le sens où l'on évoque cette période, d'une façon qui, je crois, la rend vivante et présente. Je pense que nous sommes tous des fils et des filles, nous sommes tous des descendants de gens et, au fond, nos parents n'ont pas eu beaucoup l'occasion de nous raconter. Ils sont un peu comme dans la légende de l'étoile du soir et de l'étoile du matin. Cette rencontre entre générations a rarement réellement lieu. Nous essayons toujours, à un moment de notre vie - nous pouvoir avoir 20 ans, quand nous nous y essayons, ou être plus âgés -, de créer ce pont d'oiseaux qui va nous réunir à ceux qui nous ont précédés, nos mères, nos pères, pour essayer de leur faire dire ce dont nous avons besoin pour pouvoir vivre enfin et donner vie à nos propres enfants. C'est tout cela à la fois. J'espère que nous avons, à la fois, la grande histoire, avec ses mouvements de troupes, sa violence, sa grandeur, mais aussi la petite histoire, celle de la chair, celle du coeur, celle au fond qui fait chacun d'entre nous. J'espère que cette lecture vous fera voyager, réfléchir, et vous émouvra aussi. Au revoir et merci.
(Propos recueillis par téléphone)
Une légende vietnamienne raconte que l'étoile du soir et l'étoile du matin sont amoureuses mais ne peuvent jamais se rencontrer. Deux fois par an, les corbeaux font un pont par-dessus la Voie lactée et leur permettent de se réunir. En 1945, Pierre Garnier s'engage pour aller combattre en Indochine. Il y devient le correspondant du journal des troupes françaises en Extrême-Orient. Alors qu'il éprouve une même répulsion pour le colonialisme français et pour le communisme viêt-minh, les hasards de liaisons amoureuses violentes et sans espoir et ceux de la guerre le mèneront d'un bout à l'autre du pays, jusqu'à la défaite. La vie de Pierre est reconstituée par son fils André, le narrateur, qui l'a très peu connu. Au Vietnam, André arpente les rues et convoque des fantômes pour recomposer l'histoire d'une génération humiliée par la défaite de juin 1940, qui rejoignit l'Indochine à la Libération afin d'y rétablir une " certaine idée de la France ", et dont l'espoir se perdit quelque part entre Diên Biên Phu et les Aurès. Le voyage d'André à la recherche de ce père qu'il découvre trop tard nous entraîne au contact d'un univers colonial fascinant et hostile, peuplé de personnages de roman nommés Leclerc et Hô Chi Minh, d'Argenlieu et Giap, mais aussi dans la sensualité d'histoires d'amours impossibles, le mystère de secrets qui séparent les êtres et les pays - à moins qu'un pont d'oiseaux ne traverse le ciel.
Antoine Audouard est né en 1956. Il est l'auteur de plusieurs romans, dont Adieu, mon unique et La peau à l'envers.
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Je crois que l'auteur a porté le livre en lui depuis longtemps, qu'il a attendu l'opportunité d'une accumulation obsessionnelle devenue impossible à endiguer et suffisamment puissante pour trouver au bout du compte sous quelle lumière il peut l'exposer...
En allant à la recherche du père absent pour fermer la boucle de la relation immortelle entre un père et un fils, l'auteur a bâti un pont entre deux êtres, deux coeurs, mais il a aussi permis la jonction de deux générations, deux époques, deux pays...
Grâce à lui, nous faisons connaissance avec des gens venus d'ailleurs, nous les comprenons, nous pouvons pardonner leurs illusions et leurs erreurs, et, en fin de compte, nous les aimons. Parce que eux, c'est nous. Ou plutôt, nous aurions été eux si nous étions venus au monde à un autre moment. Dans ce sens, Un Pont d'oiseaux est le pont des amours.
«J'ai des choses à dire», déclare Pierre Garnier à son fils André, juste avant de passer l'arme à gauche. Les vivants taciturnes deviennent dans la mort de grands bavards. Dédié à la mémoire d'Yvan Audouard, père d'Antoine, «Un pont d'oiseaux» est un roman à plusieurs entrées. Reportage dans le passé de la France coloniale, méditation sur ce que la guerre fait aux hommes qui la font et à ceux qui en crèvent, mais aussi aux femmes qui passent par là, aux enfants à moitié abandonnés, à ce petit garçon qui joue à la guerre sur le tapis du salon, à la jeune fille silencieuse qui essuie le front de l'agonisant. Roman historique où l'on entend le fracas des bombes, les cris des suppliciés, le souffle des fantômes. Roman familial qui traverse les générations et analyse les conséquences à long terme des folies humaines.
C'est l'un des plus ambitieux romans de cette rentrée. Pour son septième livre aux éditions Gallimard, Antoine Audouard, entré dans sa jeune cinquantaine, propose une fresque indochinoise qui sonne comme un requiem du rêve français. Animé du «goût irrémédiable des nostalgies antérieures», l'auteur ouvre son récit sur la mort d'un homme, au début des années 2000. Qui était Pierre Garnier ? Tout au long du récit, son propre fils va mener l'enquête sur ce disparu. L'investigation dessine le profil d'un jeune journaliste arrivant en 1945 à Saigon, frais émoulu de la Résistance, pour tomber dans le chaudron des haines coloniales : les Japonais défaits, l'apparition de Leclerc, les opérations de Massu vers le delta du Mékong, la guerre secrète du Viet-minh. Une jeunesse française ? Oui, mais à l'heure où un «peuple-dragon s'éveille et secoue ses écailles», pour jeter chacun dans des ténèbres qui ressemblent au «profond chagrin de la guerre»...
Après 1960, un rideau est tombé sur le grand genre et la vieille épopée ; il reste le roman pour recréer ce que les actes refusent. Jean-Luc Godard a coutume de dire que tout film est un documentaire sur lui-même. En ce sens, «Un pont d'oiseaux» est un documentaire sur son écriture : Audouard rend hommage aux disparus qui ont fait vivre la langue française dans laquelle il raconte une mort française. Son roman fait entendre une musique bouleversante
C'est un roman à l'ancienne, qui raconte une histoire, dans une contrée romanesque, avec des personnages fictifs qui croisent des personnages ayant existé, tout cela ancré dans une guerre d'Indochine que le roman français a jusqu'ici bien peu traitée. André Garnier part sur les traces de son père, qui, en 1945, a suivi l'armée en Indochine. Un père absent, une ombre égarée dans la tourmente d'une période que le fils, un demi-siècle plus tard, tente de comprendre.
Extrait du prologue :
J'avais reçu le coup de téléphone tard dans la soirée. Une voix étrangère, métallique, me demandait si je m'appelais André Garnier, si j'étais le fils de Pierre Garnier, et je marmonnais que c'était bien moi mais qui ? qui ? et la voix poursuivait : «Votre père, monsieur Garnier, sera chez vous demain. Est-ce que 10 h 30 vous conviendraient ?» Sûrement, on ne vivait pas dans un monde où les pères étaient des trains et les fils des gares ; sûrement, cette femme n'était pas réelle, elle ne s'était pas présentée, et je n'avais pas posé de questions. Pourtant le lendemain, deux ambulanciers - un costaud et un maigre - frappèrent à ma porte et me donnèrent un papier vert à signer, comme s'ils livraient du courrier en recommandé.
«C'était bien 10h30, n'est-ce pas ?» dit le maigre d'un air entendu - et les deux hommes repartirent sans que j'aie eu le temps de refermer la bouche.
Mon père et moi restâmes debout dans la petite entrée, étrangers l'un à l'autre. Il oscillait légèrement, les deux mains agrippées à son sac de voyage en cuir.
«Comment va ta mère ?» dit-il finalement et j'eus le coeur zébré d'émotions contradictoires où dominait une banale colère - celle d'avoir à devenir brutalement son père alors qu'il n'avait jamais été le mien.
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