Auteur : Valérie Rodrigue
Date de saisie : 19/09/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ramsay, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84114-822-6
GENCOD : 9782841148226
Biologiste guyanaise, Fanta Dalcé travaille à Cayenne dans un laboratoire d'aide à la procréation. Au milieu des incubateurs et des litres de liquide folliculaire, elle se consacre à l'étude des spermatozoïdes, observant les misères et les espérances des couples infertiles.
Prisonnière de sa relation fusionnelle avec sa mère, écrasée par la sensualité de sa demi-soeur, une beauté qui se joue des hommes, Fanta tente d'affirmer sa propre féminité. La nuit, sur son site Internet, elle prend sa revanche et devient Fanta-Fantasma, femme vénéneuse et fatale qui prodigue ses conseils aux amateurs de plantes carnivores.
Jusqu'au jour où la route de Drago Nelson, strip-teaseur en tournée avec Les Latinos Lovers et collectionneur de liaisons passagères, croise celle de Fanta-Fantasma. Dès lors, Fanta n'a qu'un rêve : charmer cet homme irrésistible. Pendant les festivités du carnaval, elle décide de jouer son va-tout. En ces nuits de bal et de folie, les femmes se métamorphosent en Touloulous. Méconnaissables, elles ont le droit de faire ce qu'elles veulent des hommes. Drago est envoûté... Mais Fanta se laissera-t-elle détourner de ses dangereuses obsessions ?
Végétation luxuriante, amours sorciers et mises en scène baroques sont au coeur de ce roman, qui n'est pas sans rappeler le réalisme magique des grandes oeuvres latino-américaines.
Valérie Rodrigue a publié La Peau à l'envers (Robert Laffont. 1989) et Poupée Paradis (Calmann-Lévy, 1996). Elle signe ici son troisième roman.
Blouse blanche et sandales claquettes. Du placard en métal gris, Fanta sortit son uniforme. La porte avait du jeu, il aurait fallu le signaler. Rien n'était bien entretenu dans cette bâtisse fin de règne, dont l'escalier monumental avait vu jadis défiler, les nuits de bal, des couples pomponnés comme pour un tableau officiel.
Dans cette ancienne demeure de gouverneurs français, les femmes du monde coiffées de perruques de perruche avaient enchaîné biguines et mazurkas au bras de ces messieurs de la bonne société débarqués des capitales voisines, Saint-Domingue, Fort-de-France, Pointe-à-Pitre.
Au milieu des années soixante-dix, l'établissement avait été recyclé en laboratoire d'analyses médicales. Seule la grande grille à double battant de la propriété, en fer forgé ouvragé façon couture, martelé d'hippocampes dorés, témoignait encore du luxe et des plaisirs indolents de l'époque.
Au fil du temps, les études biologiques s'étaient enrichies d'une unité dévolue aux bilans de stérilité et, désormais, la procréation médicalement assistée employait à elle seule une douzaine de spécialistes.
Passé un jardin indiscipliné, au bureau ouvert face à l'entrée, la fille préposée à l'accueil était déjà débordée, égarée dans sa forêt de paperasses. Un impatient la rabroua. Après tout, c'était son boulot d'être au front, de remettre la feuille qui confirmait les soupçons. Alors, oiseau charognard, elle n'avait qu'à assumer la colère qu'elle écopait en retour !
Une autre récrimination vint lui chatouiller les oreilles. Cette fois, la plainte venait d'un pauvre lascar qui vieillissait précocement, ses globules blancs jouaient une partition à côté de la plaque. Mais en quoi la secrétaire en était-elle responsable ? Qu'est-ce qu'ils avaient tous, ce matin ? Ils allaient arrêter de lui casser la tête.
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