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Un goût de rouille et d'os

Couverture du livre Un goût de rouille et d'os

Auteur : Craig Davidson

Traducteur : Anne Wicke

Date de saisie : 19/09/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Terres d'Amérique

Prix : 21.50 € / 141.03 F

ISBN : 978-2-226-17346-1

GENCOD : 9782226173461


  • La présentation de l'éditeur

«Ces formidables nouvelles sont les meilleures que j'aie lues depuis bien longtemps. Il y a là matière à une douzaine de romans... Croyez-moi, vous n'avez jamais rien lu de tel !»
Bret Easton Ellis

Acérée, viscérale, l'écriture de Craig Davidson nous entraîne dans un univers singulier et parfois violent : celui des situations extrêmes, des paris perdus d'avance et des rêves inachevés. Mais à cette dureté, 'écrivain allie l'émotion et la compassion envers des êtres blessés dont il sonde les corps, les coeurs et les âmes avec une redoutable efficacité et une incroyable sensibilité. Comme dans la nouvelle titre, où un jeune boxeur participe à des combats clandestins pour expier une faute terrible qui a bouleversé sa vie...
C'est là tout le talent de ce jeune auteur canadien qui s'impose, avec ce recueil de nouvelles salué par Thom Jones et Chuck Palahniuk, comme une véritable révélation de la littérature nord-américaine contemporaine.

Craig Davidson (29 ans) a fait sensation au Canada avec ce livre, qui a suscité l'enthousiasme de nombreux éditeurs à travers le monde. Les droits ont déjà été vendus aux Etats-Unis, en Allemagne, Italie, Grande-Bretagne, au Danemark et aux Pays-Bas. Actuellement étudiant à l'Université de l'Iowa, il termine son premier roman.





  • Les premières lignes

Un goût de rouille et d'os

Il y a vingt-sept os dans la main humaine. Entre autres, le lunatum, le capitatum et le naviculaire, le scaphoïde et le triquétrum, ou bien encore les minuscules pisiformes cornus de la face extérieure du poignet. Ils ont beau être tous différents dans leur forme comme dans leur densité, ils sont tous bien alignés, leurs contours sont parfaitement ajustés et ils sont reliés par un réseau de ligaments qui courent sous la peau. Tous les vertébrés ont en commun un ensemble d'os similaire, et tous les os se constituent à partir des mêmes tissus : qu'il s'agisse de l'aile d'un oiseau, de la nageoire dorsale d'une baleine, de la patte d'un gecko ou de votre propre main. Certains primates en ont plus encore : le gorille en a trente-deux, cinq dans chaque pouce. Pour les humains, c'est vingt-sept.
Cassez-vous un bras ou une jambe, et l'os va s'envelopper de calcium en se ressoudant, si bien qu'il sera plus solide qu'avant. Mais cassez-vous un os de la main, et cela ne guérit jamais correctement. On se fracture un os du tarse et la ligne de fêlure reste visible pour toujours : comme une faille dans du granit sur les radios. Si on a un métacarpien écrasé, on est bon : les esquilles d'os qui ne sont pas absorbées par des tissus tendres sont dévorées par les enzymes ; cette poudre passe ensuite dans le système sanguin. Regardez donc les mains d'un boxeur : les join­tures se sont écrasées contre les lourds sacs de frappe ou contre le visage d'un adversaire et la peau s'est fendue en diagonales croisées, comme une grille de cicatrices en X. Vous verrez des hommes pleurer lorsqu'ils se fracturent la main durant un combat, des Mexicains à la peau dure ou des ouvriers métallos, des malabars effondrés sur leur tabouret avec les larmes qui leur jaillissent des yeux. Ce n'est pas tant la douleur, même si l'anticipation de cette douleur est bien présente - avec les paluches qui gonflent dans les gros gants rouges et le crissement électrique de l'os contre l'os ; c'est peut-être la huitième reprise et tu tapes avec ton poing en bouillie jusqu'à la dixième pour gagner de justesse. C'est la frustration qui les fait pleurer. Le secret de la boxe, c'est de savoir minimiser les faiblesses. Piètre endurance ? Course sur route. Jeu de jambes médiocre ? Saut à la corde. Abdos faiblards ? Mille rameurs tous les jours. Mais les boxeurs qui ont les mains abîmées ne peuvent rien y faire, à part engager un soigneur qui s'y connaît un peu en bandages pour os cassants.


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