Passion du livre - tout sur le livre : L'imprévisible

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L'imprévisible

Couverture du livre L'imprévisible

Auteur : Metin Arditi

Date de saisie : 06/11/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Un endroit où aller, n° 170

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-7427-6257-6

GENCOD : 9782742762576


  • La dédicace de l'auteur

L'imprévisible est l'histoire d'un tableau qu'un expert en art florentin, Guido Gianotti, le personnage central, reçoit à l'expertise d'une femme plus jeune, Anne-Catherine Hugues, une représentante de la haute bourgeoisie genevoise. L'imprévisible raconte à la fois le dévoilement de ce tableau qui se révèle être un couvercle, c'est-à-dire un objet très rare de la Renaissance florentine, et le dévoilement des sentiments d'Anne-Catherine et de Guido l'un envers l'autre. L'imprévisible est le tissage de ces deux histoires. Le prologue et l'épilogue se retrouvent. Au prologue, on est à la fin de l'histoire : Guido Gianotti est sur une table d'opération ; l'anesthésiste lui demande de penser à quelque chose de beau et de compter de dix à un ; alors immédiatement, il pense à ce tableau de Bronzino, Moïse croisant la Providence, et il se met à compter. Le corpus du livre, ce sont ces dix chapitres numérotés de 10 à 1, au cours desquels il revit, mais cette fois dans l'ordre chronologique, les différentes étapes de sa vie, pendant lesquelles il a fait la connaissance d'Anne-Catherine, à un âge déjà avancé pour lui - il avait 69 ans, elle en avait 44 -, les épisodes de la passion qui va les unir et également, toujours en contrepoint, le dévoilement de ce tableau, ses origines, son but lorsqu'il a été peint par Bronzino et le mystère qui l'entoure, puisque ce tableau cache un autre tableau, et encore un autre. Voilà la structure du récit : on part d'un prologue qui rejoint l'épilogue lorsque, ma foi, tout sera dit sur l'une des histoires comme sur l'autre. J'espère que vous aurez non seulement du plaisir, mais quelque chose qui se rapproche plus de l'émotion à la lecture de ce texte, comme j'en ai eu moi-même à son écriture.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

Anne-Catherine avait appris à ouvrir une porte comme on apprend la valse ou les arts de la table, dans le souci de marquer son rang. Elle y avait mis ce qu'il fallait d'impatience et de sécheresse pour faire comprendre au visiteur : Vous êtes ici chez moi, mon cher monsieur. Si je veux, je vous chasse.

Sa poignée de main, courte et sûre, était celle d'une sportive. Je l'imaginai montant à douze ans des chevaux nommés Hoola-Hop, Confiture, ou Zarathoustra.

- Mille et une excuses, je vous ai fait attendre ! Vous voulez bien me pardonner ?

Ses excuses sonnaient si faux que du coup elles étaient d'une franchise absolue : Vous avez droit à des excuses de façade, mon bon monsieur. Vous ne vous attendiez pas à ce qu'elles soient sincères ?



Auteur de plusieurs récits et essais, dont trois ouvrages parus chez Actes Sud - dans la collection "Un endroit où aller" : Dernière lettre à Théo (2005), La Pension Marguerite (2006), et dans la collection "Babel" : Victoria-Hall (2006) -, Metin Arditi, né en 1945 à Ankara, vit à Genève.



  • Le message de l'auteur

Metin Arditi - 18/09/2006



  • Les premières lignes

PROLOGUE

QUELQU'UN me prend la main. C'est une main d'homme, chaude et sèche. J'aurais mieux aimé une main de femme. J'aurais beaucoup aimé qu'une femme m'embrasse. N'importe quelle femme. Un baiser mouillé. J'aurais encore plus aimé que mon père me caresse les cheveux. Qu'il pose sa main sur ma tête, comme il le faisait. Longuement. On aurait dit qu'il voulait effleurer mes pensées. Il la descendait ensuite sur ma joue et ma bouche venait se coller à sa paume. Ma mère lui disait toujours : Mais, comment tu le caresses, ton fils ? Je le caresse comme un père caresse un fils formidable, répondait mon père. Il prenait un air offusqué, sourcils froncés, me regardait, et disait : "Vero, Guido ?" Puis d'un coup il me souriait, de son sourire immense qui l'éclairait tout entier. En ces moments-là, mon père n'était rien d'autre que cette lumière, destinée à moi et à moi seul.
- Vous aurez une valve aortique toute neuve.
La table d'opération est si étroite que je me tiens raide comme au garde-à-vous. Une main soulève ma blouse. Comme elle est nouée au cou, on la retrousse depuis le bas. Je ferme les yeux, honteux d'être ainsi dévoilé. Pas un mot de prononcé. Après de longues secondes, le tissu est rabattu.
J'entends deux infirmières qui vont et viennent. Elles parlent comme si je n'étais pas là.
- Comment il s'appelle ?
- Gianotti. Guido Gianotti. Je crois qu'il est professeur.
- Prof ? Tu es sûre ?
- Pas de médecine. Prof d'histoire, ou d'art, quelque chose comme ça.
- Franchement, je préfère. Elle rit.
J'ouvre les yeux. Une lampe m'éblouit. On a dû l'allumer pendant que j'avais les yeux fermés. Elle ressemble à un insecte de nuit qui aurait trois gros bras translucides. Sur l'un d'eux, je lis : Hanaulux. Un nom désagréable. L'insecte me fait peur.


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