Auteur : André-Marcel Adamek
Date de saisie : 20/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : B. Gilson, Bruxelles, France
Collection : Le photophore
Prix : 9.95 € / 65.27 F
ISBN : 978-2-87269-162-3
GENCOD : 9782872691623
«Un mois sans emmerdements, ça semble être le maximum du sursis». L'imbécile qui s'exprime ainsi n'est donc pas une poire. Il se débat avec ses cultures d'ananas qui tournent au désastre, entouré d'Indiens truculents et fraternels sur lesquels pèsent les plus grandes menaces.
Ce roman plein d'humour, de poésie et de colère nous amène à rencontrer un flibustier grec, un ancien nazi qui assassine par ennui, la merveilleuse et sensuelle Maîké, les fonctionnaires et les émeutiers de San Tajavar du Paradis, sous l'inaltérable lumière de cette île qui évoque furieusement les thèmes obsessionnels de la condition humaine. Voici donc un livre passionnant et tonique comme la vie. On n'en finit pas de rêver aux «étincelles d'or piquées à la barbe du soleil» et de savourer l'écriture limpide d'un auteur fertile, surprenant et souverainement naturel.
Ce roman d'aventures plein d'humour, de poésie et de colère est, aussi, un conte philosophique moderne qui brasse avec vigueur les grands thèmes d'aujourd'hui et de toujours. On rencontre le flibustier grec, le Chleu déboussolé qui assassine par ennui, la merveilleuse Maïké, les fonctionnaires et les émeutiers de San Tajavar du Paradis, la peur, l'espoir, l'amour, le sordide, la mort, sous l'inaltérable lumière d'une île déserte baignée de lumière.
André-Marcel Adamek est né en 1946. Il a obtenu de nombreux prix littéraire dont le Prix Jean Macé, le Prix Rossel, le Prix Triennal du roman de la Communauté française, le Prix du Parlement de la Communauté française, le Prix des lycéens.
Ananas Beach
Quand je suis arrivé dans mon île, j'avais déjà raté ma vie plusieurs fois. Je n'étais pas bien vieux cependant mais j'avais brûlé suffisamment d'années inutiles pour savoir à quoi m'en tenir.
L'Europe, je l'ai quittée à jamais quand les ruines de Berlin fumaient encore. Les vainqueurs se disputaient les villes en cendres, les ponts écroulés, les campagnes vides. Chaque jour, on découvrait un peu partout d'épouvantables charniers. Plus jamais la guerre ! Plus jamais ça ! On ressortait les mêmes discours dérisoires qu'en 1918, on créait des associations de combattants, des cercles de veuves, de rescapés, d'estropiés. Et pour donner la preuve que tout était changé, que la violence et le meurtre étaient bannis pour toujours, comme ultime geste d'amour on transformait en poudres et lumières quatre-vingt mille geishas, vieillards, bébés et, il faut bien le dire, une toute petite garnison. Point final. Il n'y aurait plus de guerres. Rien que des nations fraternelles qui s'enverraient des bouquets de fleurs et des délégations culturelles.
J'ai débarqué dans mon île très exactement le 17 octobre 1945. Quand je dis mon île, n'allez pas vous imaginer un petit tas de sable dans les flots avec son palmier et son étoile de mer, ou le jardin exotique façon Crusoé. C'est une langue de terre d'environ deux cents kilomètres de long, quarante de large, avec d'abondantes forêts, deux fleuves aux eaux tranquilles, un important réseau de sources et une petite chaîne de montagnes bleues. Je ne vous dis pas exactement où. Peut-être qu'avec un bon atlas vous finirez par la repérer, mon île, perdue parmi des centaines d'autres à peu près semblables sous les tropiques.
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