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Autoportrait en vert

Couverture du livre Autoportrait en vert

Auteur : Marie NDiaye

Date de saisie : 17/09/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Folio, n° 4420

Prix : 4.50 € / 29.52 F

ISBN : 978-2-07-033754-5

GENCOD : 9782070337545


  • La présentation de l'éditeur

Ma mère est une femme en vert, intouchable, décevante, métamorphosable à l'infini, très froide et sachant, par la volonté, devenir très belle, sachant aussi ne pas le désirer. Ma mère, Rocco et Bella, où en sont-ils à présent ? Je n'écrirai pas, eux non plus, jusqu'au jour où, peut-être, une lettre m'arrivera d'un lieu inconnu, accompagnée de photos d'inconnus qui se trouveront être mes proches à divers degrés - lettre dont, même si elle est signée «Maman», je contesterai l'authenticité, puis que j'enfouirai quelque part où elle ne sera pas dénichée.

Marie NDiaye



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  • Les premières lignes

Décembre 2003 - C'est le soir et le niveau de la Garonne monte heure après heure dans l'obscurité.
Nous savons tous que les digues qui entourent le village permettent au fleuve de dépasser de neuf mètres le niveau de son lit avant que nous soyons inondés.
Cela, nous le savons. C'est la première chose qu'apprend quiconque décide de s'installer ici, dans cette région depuis toujours soumise aux crues de la Garonne. Ce que nous ne savons pas, ce soir, c'est ce qu'il en sera de cette nuit, de demain - si, comme la dernière fois, il y a dix mois, l'eau va s'arrêter au ras de la digue ou bien, comme il y a vingt-deux ans, déborder, noyer les rues, envahir le rez-de-chaussée des maisons, parfois l'étage, parfois la maison entière.
Il faut attendre, et surveiller. À huit mètres cinquante environ, recommandation sera faite d'aller garer les véhicules sur le plateau, à l'entrée du village voisin. Ce n'est pas encore le cas.

Il faut encore attendre, et surveiller. La longue et lente colonne de camions, voitures, tracteurs, camping-cars, moissonneuses-batteuses défilant dans la nuit, allant rejoindre l'autre côté du canal, où la Garonne ne viendra pas - nous ne la voyons pas encore.
Nous attendons, nous surveillons. Ce n'est pas sur un quelconque Vieux Père que s'exerce notre vigilance, ce n'est pas sur le Mississippi, ce n'est pas sur le Rhône ni sur le Danube : il ne fait de doute pour personne ici que la Garonne est d'es­sence féminine. Ce soir elle est brune, lourde, comme bombée.


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