Auteur : Peter Szondi
Traducteur : Sibylle Muller
Date de saisie : 14/09/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Circé, Belval, France
Prix : 17.50 € / 114.79 F
ISBN : 978-2-84242-218-9
GENCOD : 9782842422189
Théorie du drame moderne, publié pour la première fois en Allemagne en 1956, est le premier ouvrage de Peter Szondi (1929-1971). Il s'inscrit dans la tradition, ouverte par Hegel, d'une esthétique historique où s'illustrent Théorie du roman de Lukacs, Origine du drame baroque allemand de Benjamin et Philosophie de la nouvelle musique d'Adorno. Partant du principe hégélien de l'identité de la forme et du contenu, Szondi établit le constat que la forme dramatique fait l'objet à la fin du XIXe siècle d'une crise fondamentale due à l'introduction d'éléments épiques en son sein.
Sur un mode dialectique, Peter Szondi répertorie les «tentatives de sauvetage» de la forme ancienne en dépit des contenus nouveaux (naturalisme, pièce de conversation, pièce en un acte, etc.) puis les «tentatives de solution» (littérature dramatique du moi, revue politique, théâtre épique brechtien, jeu du drame impossible pirandellien, etc.).
Un ouvrage fondamental, qui, d'Ibsen à Beckett, interroge les destinées de la littérature dramatique sur le mode non pas d' «une histoire du drame moderne», mais d'«une tentative pour reconnaître, à partir d'un certain nombre d'exemples, les conditions qui ont déterminé son évolution».
COLLECTION «PENSER LE THÉÂTRE» DIRIGÉE PAR JEAN-PIERRE SARRAZAC
Extrait de l'introduction :
Esthétique historique et poétique des genres
Depuis Aristote, les théoriciens de la poésie dramatique ont condamné la présence de traits épiques dans ce domaine. Mais si l'on tente aujourd'hui de décrire l'évolution de la littérature dramatique moderne, on ne se sentira guère appelé à faire ainsi office de juge: et ce pour des raisons sur lesquelles on se doit, à ses lecteurs et à soi-même, de faire la lumière en introduction.
Ce qui donne aux théories anciennes du drame le droit d'exiger que la loi formelle propre à la littérature dramatique soit appliquée, c'est leur conception particulière de la forme, qui ne connaît ni l'histoire ni la dialectique de la forme et du contenu. Dans l'oeuvre d'art dramatique il leur semble que la forme préexistante du drame est réalisée lorsqu'elle est unie à une matière choisie par rapport à elle. Si cette forme préexistante n'est pas réalisée, si le drame présente des traits épiques non autorisés, la faute résidera dans le choix de la matière. On peut lire dans la Poétique d'Aristote : «Il faut se rappeler ce qui a été dit plusieurs fois, et ne pas faire d'un agencement d'épopée une tragédie (j'appelle un agencement épique celui qui comporte plusieurs histoires), comme si l'on faisait de l'Iliade une seule histoire». De même, l'effort de Goethe et de Schiller pour distinguer entre littérature épique et littérature dramatique avait pour finalité pratique d'éviter toute erreur dans le choix de la matière.
Cette conception traditionnelle, fondée sur la distinction originelle entre la forme et le contenu, ignore aussi la catégorie de l'historicité. La forme préexistante est historiquement indifférente, seule la matière est originellement historique, et conformément au schéma commun à toute théorie préhistorique, le drame qui en résulte apparaît comme la réalisation historique d'une forme intemporelle.
Si la forme dramatique n'est pas considérée comme historiquement définie, cela signifie aussi que le drame est possible à toutes les époques et qu'à toutes les époques il peut figurer à bon droit dans les poétiques.
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