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Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l'Ici-Bas : lettres à Emile Verhaeren suivies de Lettre d'un jeune travailleur

Couverture du livre Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l'Ici-Bas : lettres à Emile Verhaeren suivies de Lettre d'un jeune travailleur

Auteur : Rainer Maria Rilke

Préface : Stéphane Lambert

Traducteur : Gérard Pfister

Date de saisie : 14/09/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Arfuyen, Paris, France

Collection : Neige, n° 16

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-84590-094-3

GENCOD : 9782845900943

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  • La présentation de l'éditeur

Lorsque Rilke rencontre Verhaeren en 1905 dans l'appartement du poète belge à Saint-Cloud, Rilke, à presque trente ans, est encore le secrétaire de Rodin. Verhaeren, à cinquante ans, est déjà au faîte de son oeuvre et jouit d'un immense prestige dans l'Europe entière. Avant même qu'ils ne se soient parlé, Rilke se sent «de bonnes affinités silencieuses» avec Verhaeren. Les années ne feront que renforcer ce premier sentiment. À Stefan Zweig, qui écrit sur le poète belge, Rilke déclare en 1907 : «On n'exagère jamais lorsque, pour parler de Verhaeren, on reporte tel quel sur son oeuvre tout l'amour qu'on éprouve pour son être.»

Verhaeren meurt accidentellement le 27 novembre 1916 à la gare de Rouen : «La mort effroyable de Verhaeren, écrit Rilke, m'a touché au plus profond de moi-même, comme une privation intime, c'était l'ami qui avait et me communiquait la plus grande force.» Car si Verhaeren, par sa nature, arrive à forcer la porte de l'univers, Rilke doit attendre patiemment, douloureusement, qu'elle s'ouvre à lui. En janvier 1919, Rilke découvre un recueil posthume de Verhaeren, Les Flammes hautes. Tout à coup le passé ne semble plus mort, un message se transmet de poète à poète, la communion reprend : «La vie [...] à présent veut continuer ; ma passion est de louer, entre toutes les voix qui se sont élevées alors et méritent toujours de vivre, la voix puissante et véridique du grand ami.»

De la voix du poète revenue en février 1922 pour lui faire écrire dans un même «ouragan» la fin des Elégies et les Sonnets, il tire un texte étonnant, rédigé entre la Dixième et la nouvelle Cinquième élégies : la Lettre du jeune travailleur. Cette lettre est adressée à un poète, «Monsieur V», initiale derrière laquelle se devine sans peine la référence à Verhaeren. Dans un mouvement de colère, le jeune ouvrier lui confie son profond malaise à l'égard d'une compréhension dévoyée du christianisme et lui rapporte cette prière d'un ami très proche : «Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l'Ici-Bas.» Désormais libéré des contraintes qui l'étouffaient et parvenu à son tour à la pleine possession de son art, Rilke conclut la lettre à Verhaeren par ce suprême éloge : «Vous êtes, vous, un de ces maîtres.»





  • Les premières lignes

L'école de l'admiration

C'est mal récompenser un maître que de rester toujours son disciple.
Friedrich Nietzsche

Lorsqu'en novembre 1905 Rainer Maria Rilke rencontre Emile Verhaeren pour la première fois dans l'appartement du poète belge à Saint-Cloud, il est encore pour quelques mois le secrétaire de Rodin à Meudon.
Rilke a alors presque trente ans, Verhaeren en a cinquante. Le premier, s'il a publié des oeuvres (Les Histoires du Bon Dieu, Le Livre d'images...) qui lui ont déjà valu une certaine reconnaissance, entre à cette période dans son lent accomplissement littéraire. Le second, qui recevra la Légion d'honneur l'année suivante, est déjà au faîte de sa gloire et de son oeuvre. Il jouit d'un prestige dans l'Europe entière. Ami de Rodin, il lui rend visite en voisin.
Les deux hommes s'admirent mutuellement. Et le sculpteur recommande chaudement la lecture de Verhaeren à son secrétaire. La pédagogue suédoise Ellen Key conseille égale­ment Rilke en ce sens. Il arrive donc chez le poète belge en confiance, habité d'un sentiment de parenté. Il en ressort enchanté par la personnalité de son nouvel ami.

L'accueil particulièrement cordial qu'il y a reçu le marque à un point tel qu'en 1921, cinq après la mort de Verhaeren, il l'évoque encore : «si grand, si ouvert, si entier était son accueil, qu'on devenait face à lui l'hôte de marque, l'hôte venu de loin ; l'hôte absolu, l'hôte des hôtes...» À Rodin, en voyage, il décrit son hôte comme quelqu'un de «doux et simple et d'une force calme comme une plante». Il n'est pas impossible que derrière cette description adressée au sculpteur se cache une sourde critique envers sa personnalité. On sait la manière, brutale, avec laquelle Rilke se fera licencier en mai 1906 de son poste de secrétaire. Si, par la suite, Rilke gardera inaltérée son admiration pour le génie de Rodin, en revanche l'homme en aura pris un coup aussi robuste que sa stature l'impose.
L'accueil qu'il avait reçu à Meudon, s'il n'avait pas été aussi réservé que celui de Tolstoï en Russie, ne fut néanmoins pas des plus amicaux. Rilke devait certainement en avoir tiré quelque conclusion sur le caractère des grands hommes. C'est dire s'il sera heureusement surpris de découvrir derrière un écrivain qu'il admire sincèrement un homme qu'il pourra humainement estimer.


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