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Eté strident

Couverture du livre Eté strident

Auteur : Xi Ling

Date de saisie : 12/09/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Domaine français

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-7427-6365-8

GENCOD : 9782742763658


  • La présentation de l'éditeur

En 2070, quelque part en Chine, un vieil homme élève des cafards. Perdu dans le tumulte de sa mémoire, il revoit le temps de sa jeunesse, l'époque où son père abandonne sa famille pour vivre en France et devenir poète.

Dans une cité ouvrière, un jeune homme d'une beauté rare aime l'opéra. Après sa journée de travail, maquillé de blanc et vêtu de soie, il chante dans une cabane à thé. Le rôle féminin qu'on lui attribue s'achève par l'envol d'un couple de papillons...

En 2006, Li travaille à Paris. Petit garçon en Chine, ses grands-parents l'habillaient en fille pour détourner l'attention des voleurs d'enfants. Aujourd'hui encore ce souvenir demeure...

Et c'est au rythme de la floraison des lauriers-roses - cet arbre au parfum subtil et aux sucs mortels -que ces trois hommes sont confrontés à l'insidieuse violence de l'entre-deux-mondes.

Trois destins placés sous le signe de l'illusion et de la métamorphose. A l'évocation de la Chine des années 1980 - celle de la jeunesse de ces trois personnages - se mêle un regard singulier sur la fragilité humaine et l'absurdité du monde.

Témoin du déclin d'une utopie, et de celui d'un Occident rêvé, Ling Xi déploie avec humour la poésie et l'étrangeté de son univers romanesque teinté de dérision et de désespoir.

Ling Xi a une trentaine d'années. Elle a écrit ce premier livre en français. Elle travaille à Paris depuis 1998.



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  • Les premières lignes

J'ai soixante-dix-huit ans, ou soixante-dix-neuf. Ça dépend en quelle année on est. Depuis la mort de Mère, j'ai perdu de vue le calendrier. Quand elle était là, chaque année, le 1er janvier, on était obligés, l'Idiot et moi, d'aller manger chez elle.
Après sa mort, on n'est plus sortis. Les jours se sont confondus en un seul bloc et sont passés en vrac. Chaque fois, il faut que je fasse un effort pour me souvenir en quelle année on est. Le médecin dit que l'alcool a brûlé ma cervelle. Peut-être.
L'Idiot doit approcher de la soixantaine. Précisément quel âge, il faudrait que je calcule aussi. Je n'ai jamais été très doué en mathématiques. Il est né vers 1999, ou 2000, l'année suivant le bombardement de notre ambassade au Kosovo par les Américains. Vous ne connaissez pas l'épisode. Bien sûr. Depuis la Libéralisation, ils l'ont effacé des manuels d'histoire.
L'Idiot est né à la maison. Sa Sa, ma soeur idiote, n'avait pas de permis d'accouchement. Aucun hôpital n'avait voulu la prendre. Elle est morte sur le coup. Alors Mère m'a dit que c'était à moi de le prendre en charge, car sa naissance, c'était ma faute.
Quelques jours plus tard, on est allés à la campagne le confier à une parente lointaine. Elle est venue nous chercher à l'arrêt du bus long-courrier, un porcelet dans les bras. Elle nous a dit qu'elle n'avait pas de chance, qu'elle venait d'accoucher d'un cochon. Mère n'a rien répondu. La paysanne l'a alors remerciée pour les vêtements qu'elle lui avait apportés. C'étaient de vieilles affaires de Sa Sa. Celles dans lesquelles Mère ne pouvait pas rentrer.
Sur le chemin du retour, Mère grognait. Ce n'était pas la peine de lui raconter les mêmes salades qu'au contrôle démographique du village. De toute façon elle ne pouvait lui accorder un deuxième quota de grossesse. Elle croit peut-être que je vais la dénoncer ? se demandait-elle.
L'Idiot est resté un an à la campagne avec son cousin cochon.
Père était triste à la mort de Sa Sa. Il nous a envoyé de Paris un poème. On en a lu trois lignes. Ça rimait. Le soir même, Mère s'est servie du papier comme dessous-de-plat.


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