Auteur : Ariel Denis
Date de saisie : 10/09/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Serpent à Plumes, Paris, France
Prix : 6.00 € / 39.36 F
ISBN : 978-2-268-05938-9
GENCOD : 9782268059389
Vers les années cinquante, dans un collège entouré de montagnes, des garçons tout imprégnés de La Guerre des Gaules se livrent, à l'instar des légions romaines, à des batailles confuses sans pitié. Le monde moderne se referme sur eux. Nos ex-collégiens sont mêlés à une sombre affaire de trafic de tableaux et d'enlèvements dans la meilleure tradition du roman noir. Le narrateur est retenu en otage dans une forteresse perdue en Afrique. Ses anciens camarades -tous devenus des hommes d'action ou de pouvoir - se retrouvent pour organiser une expédition destinée à le délivrer... Dans ce roman au rythme trépidant, l'auteur d'Un anniversaire, et du Dossier Meyer-Devembre renoue avec le roman d'aventures, servi par une grande plume d'écrivain.
Ariel Denis est né en 1948. Il a publié des essais et plusieurs romans, parmi lesquels on peut citer Un Anniversaire (Gallimard, 1987), Une Découverte (Gallimard, 1989), Le Dossier Meyer-Devembre (Editions du Rocher, 2005).
Commander ce livre sur Fnac.com
DANS L'APRÈS-GUERRE, en ces années cinquante où se formait le monde nouveau, il existait, tout à côté d'une petite ville de province française proche de la frontière suisse, un collège de garçons tenu par des pères. Aucun des élèves qui l'a fréquenté n'a dû oublier sa façade de pierre grise que trouaient, avec une rigueur parfaite, les simples rectangles des fenêtres ; l'ensemble du bâtiment - une ancienne abbaye - avait l'austère majesté des constructions d'il y a trois siècles. La simplicité des lignes, la beauté du matériau suffisaient à donner à cette architecture sévère une grandeur digne du décor où elle se dressait. Des collines élevées de roche granitique et quelques pics obscurs l'entouraient ; dans le lointain apparaissait la ligne éternellement blanche des cimes, comme la frange d'un océan immobile.
En ce temps-là, les téléphones étaient noirs et lourds (quel est notre étonnement, aujourd'hui, lorsqu'il nous arrive de soulever l'un de ces anciens combinés !), avec un cadran sur lequel étaient inscrits des lettres aussi bien que des chiffres, cadran que l'index - la plupart du temps, car le majeur était rarement utilisé - faisait tourner dans un cliquettement frénétique avec une incertitude cahotante de diligence, au point que les films de l'époque ne montraient qu'une version quasi allégorique de cette opération. Les jeunes garçons portaient des culottes courtes jusqu'à un âge relativement avancé (alors qu'à présent le moindre gamin à peine sevré se traîne déjà dans des jeans microscopiques) ; ils se retrouvaient dans d'imposants et sombres bâtiments d'où la présence de l'autre sexe était bannie. Ils avaient la ressemblance qui caractérise une même espèce : celle d'alors - aussi éloignée de celle d'avant-guerre que de celle d'aujourd'hui, autant que l'éléphant diffère du mammouth, la toge du costume trois-pièces, et les ciels du quaternaire des ciels de maintenant. Car sur toute chose règne l'esprit du temps, qui modèle les habits, les corps, les lieux,les idées, les visages, et donne au monde la lumière particulière et invisible qui ne se retrouvera jamais plus. C'est ici qu'est la rose, ici qu'il faut danser.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli