Auteur : Truman Capote
Préface : Charles Dantzig
Traducteur : Gabrielle Rolin
Date de saisie : 28/09/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 12.90 € / 84.62 F
ISBN : 978-2-246-70301-3
GENCOD : 9782246703013
Une histoire d'amour, le temps d'un été, entre Grady, une jeune fille de la haute société qui décide de ne pas accompagner ses riches parents en Europe et Clyde, un jeune juif mécanicien, sur fond d'Upper east side et de canicule. Une fois les parents partis, les deux jeunes gens passent des semaines d'amour dans l'appartement, avec vue sur Central Park. Lors d'une visite dans la famille de Clyde, Grady apprend que sa soeur récemment décédée n'avait jamais été à l'école car elle avait le coeur fragile et préférait fréquenter les garages du quartier et exercer ses surprenants talents de mécanicienne. Là le roman bascule. Grady prise dans le vertige de l'amour, au mépris des conséquences, se rebelle comme une petite fille gâtée et épouse Clyde. Confrontée à sa famille... L'auteur précipite nos protagonistes d'un coup d'accélérateur impatient du haut du pont de Queensborough à bord d'une décapotable... «C'est une histoire naturaliste, comme, au fond, tous les bons romans. Comme ceux de Fitzgerald. Je me demande si, dans cette jeune fille de la bonne société new-yorkaise se mariant par provocation avec un gardien de parking, ce n'est pas le motif fitzgeraldien, le sentiment découlant du social, qui l'a fait rejeter par Capote. Jusque là, chez lui, et encore dans La Harpe d'herbe, le social n'a aucune importance relativement au sentiment, folle du logis sudiste qui radote avec un génie plus comparable à celui de Tennessee Williams. Et puis, chez Fitzgerald, les femmes sont intelligentes, ou méchantes, ou destructrices, mais décidées, tandis que les hommes sont timides, ou tricheurs, en tout cas fêlés ; le contraire de Capote.» Charles Dantzig
Pour notre plus grande joie, Capote, qui ne portait jamais de montre et disait vouloir revenir sur terre sous la forme d'un vautour, se rappelle à nous avec un singulier texte de jeunesse. «Comédie tragique new-yorkaise» selon le préfacier Charles Dantzig, La traversée de l'été constitue une heureuse surprise...
On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans. On pense à faire la fête, à aimer sans retenue, insouciant de certaines réalités qui peuvent s'abattre comme des couperets... Déjà à l'époque, Truman Capote excellait dans les atmosphères, les descriptions, les petits détails, parvenant à enfermer la légèreté et le tragique dans un même sac. Pièce manquante d'une oeuvre remarquable, cette Traversé de l'été vaut le détour.
Truman Capote fut le Méphisto de l'Amérique. Un ange déchu, éternellement encanaillé, qui s'immola sur le bûcher des vanités en imposant ses frasques d'histrion à la jet-set new-yorkaise des sixties. Avide d'élégances et de ragots, cet enfant du Deep South - où il naquit en 1924 - avait compris que, dans la société du spectacle, l'esbroufe pouvait être payante. [...]
Et pourtant cet insupportable nabot, pas plus haut qu'un pot à tabac, était un géant quand il s'agissait de se frotter à l'écriture: l'auteur de Petit Déjeuner chez Tiffany et de De sang-froid fut un des plus subtils stylistes de sa génération. La littérature, pour lui, servait à faire de l'or avec la boue. Et à changer de visage en se réconciliant avec la pureté, avec l'innocence, avec la grâce. «J'ai su toute ma vie que je pouvais prendre une poignée de mots, les lancer en l'air et les voir retomber dans l'ordre voulu», disait Capote.
[...]
Un récit foudroyant et foudroyé, où Capote prouve qu'il pouvait déjà se mesurer à Fitzgerald en orchestrant, sur fond de dolce vita, un vertigineux naufrage sentimental dans le New York des années jazzy.
Gracieuse, cette «Traversée de l'été» ? Ni plus ni moins. En dépit de sa conclusion tragique, ses couleurs demeurent gentiment acidulées. En dépit de la chaleur qui pèse sur New York, son érotisme est moins torride que tempéré ou suggéré. L'impétueuse Grady, une jeune fille riche de 17 ans, tombe amoureuse d'un jeune homme pauvre qui travaille dans un parking voisin, et qu'elle va bientôt épouser. Cela aurait pu donner une comédie douce-amère comme Hollywood en avait le secret dans les années 1930 et 1940. L'ennui, c'est que Capote visait autre chose qu'un scénario. Il enviait d'abord Fitzgerald. Ah ! comme il aurait voulu devenir le romancier phare d'une nouvelle «génération perdue» ! Mais voilà, on ne s'inspire pas si facilement de «Tendre est la nuit» ou de «Gatsby le Magnifique». Surtout, un écrivain veut faire carrière. Il emprunte un sentier prometteur, c'est-à-dire un sentier battu. La littérature ne s'accommode pas beaucoup des sentiers battus !
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli