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Contours du jour qui vient

Couverture du livre Contours du jour qui vient

Auteur : Léonora Miano

Date de saisie : 01/12/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Plon, Paris, France

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-259-20396-8

GENCOD : 9782259203968


  • La dédicace de l'auteur

Contours du jour qui vient raconte l'histoire d'une petite fille qui s'appelle Musango ; elle a été chassée par sa mère qui l'accuse d'avoir le mauvais oeil. Au moment où nous la rencontrons dans le roman, elle décide de retrouver cette mère pour comprendre son histoire et essayer de se dessiner son avenir. Pour moi, Musango est l'incarnation d'une génération d'enfants africains un peu livrés à eux-mêmes, qui doivent se construire sans modèle et qui vont devoir trouver en eux les ressources pour se projeter dans l'avenir. Cette maman un peu en crise qui chasse son enfant est une image d'une Afrique à la dérive, qui ne sait plus quel avenir proposer à sa jeunesse et qui ne sait plus aimer ses petits, très simplement. En général, je ne veux jamais écrire un roman, je veux toujours écrire une chanson. Ce roman est donc composé comme une pièce musicale, avec des mouvements différents ; chacun symbolise une étape du parcours du personnage principal, cette petite fille, Musango. La première partie que je nomme «Prélude» est la partie où elle prend conscience de sa situation. Le premier mouvement qui s'appelle «Volition» est la partie où elle décide de se prendre en main. Ensuite, il y a un interlude qui s'appelle «Résilience», où Musango apprend le pardon, dans un parcours très intérieur, apprend à abandonner son ressentiment et à essayer de découvrir un peu l'histoire de cette maman pour mieux la comprendre. Le deuxième mouvement s'appelle «Génération» : c'est la partie où elle accouche d'elle-même, en quelque sorte. Et la coda s'appelle «Licence» : c'est le droit qu'elle se donne d'avoir une existence propre à elle. Le nom de Musango signifie paix dans ma langue maternelle qui est le douala du Cameroun. Je pense, en effet, que c'est ce dont l'Afrique a le plus besoin, mais pas seulement de paix en ce qui concerne la situation politique des pays ; c'est la paix à l'intérieur des personnes, c'est-à-dire que, à mes yeux, il est temps d'abandonner le ressentiment qu'on peut avoir vis-à-vis de notre passé de colonisés, pour essayer de définir les contours d'un futur un peu plus acceptable. Je vous souhaite à tous une très bonne lecture de ce roman, et j'espère vous retrouver, pourquoi pas, dans des rencontres ou des salons, très bientôt.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

Après la guerre qui a ravagé le Mboasu, cet état imaginaire et ô combien réel d'Afrique, le pays est exsangue. Les parents, incapables de prendre soin de leurs enfants, les chassent loin de chez eux, les accusant d'être la cause de leurs malheurs. Décidée à retrouver sa mère, la jeune Musango traverse un pays frappé de folie. Des rivages du fleuve Tubé aux bas-fonds de Sombé, métropole d'Afrique en proie à l'anarchie, Musango retrouvera-t-elle cette mère, symbole d'une Afrique à la dérive ? Sa rencontre avec le petit Mbalè, marquera-t-elle les prémices d'un jour nouveau pour tout un continent ?

Camerounaise née à Douala, Léonora Miano a déjà publié un roman, L'Intérieur de la nuit chez Plon en 2005. Classé parmi les meilleurs livres de l'année par le magazine Lire, ce roman a connu un remarquable succès auprès des lecteurs et de la critique. Avec Contours du jour qui vient, elle continue l'oeuvre qu'elle consacre à l'Afrique et montre encore une fois la puissance de son style incisif et envoûtant.



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  • La revue de presse Gilles Martin-Chauffier - Paris-Match du 30 novembre 2006

Très intéressant, le Goncourt des lycéens. Il pourrait bien nous ouvrir les yeux...
La longue traque de Musango à la recherche de sa mère est un voyage dantesque dans la vie quotidienne d'une Afrique à mille lieues des cartes postales, des reportages télé et des C.d. de France Gall. Incapables d'imaginer un futur au Mboasu, les hommes vivent au jour le jour, ne bâtissent pas et rêvent de se jeter dans la gueule du loup européen où la télévision montre leurs frères carbonisés dans des squats. C'est pathétique et quelques vieilles ont beau jeu de leur dire que partir pour posséder quelque chose n'a pas de sens quand on sait qu'à l'arrivée, dans les pays froids, on ne sera rien pour personne. Personne ne veut plus croire qu'on vaut plus que ce qu'on possède... Ce livre déchirant ne fait pas de pathos. Léonora Miano raconte l'histoire d'une très jeune fille et les sentiments qui la traversent. Mais soudain, quand on achève la lecture, certaines de nos pleurnicheries sont carrément indécentes.


  • La revue de presse Marianne Payot - L'Express du 14 septembre 2006

Léonora Miano est une véritable romancière. Après avoir fait irruption sur la scène littéraire française l'année dernière avec L'Intérieur de la nuit (classé 5e meilleur livre de l'année par le magazine Lire), l'auteur, une Camerounaise de 33 ans, sort en cette rentrée un second roman, tout aussi fort et envoûtant.



  • Le message de l'auteur

Léonora Miano



  • Les premières lignes

Il n'est que des ombres alentour, c'est à toi que je pense. Non pas qu'il fasse nuit, et que les vivants aient soudain épousé les couleurs du moment. Il aurait pu en être ainsi, si le temps prenait encore la peine de se fractionner en intervalles réguliers : secondes, minutes, heures, jours, semaines... Mais le temps lui-même s'est lassé de ce découpage. Le temps a bien vu comme nous toutes, comme moi, que pareil décompte ne faisait pas sens. Pas ici où nous sommes. Qu'il y ait un matin ou qu'il y ait une nuit, tout est semblable. Il n'est plus que des ombres alentour, je suis l'une d'elles, et c'est à toi que je pense. La dernière fois que nous nous sommes vues, tu m'avais attachée sur mon lit. Tu m'avais rossée de toutes tes forces avant de convoquer nos voisins, afin qu'ils voient ce que tu comptais faire de cet esprit malin qui vivait sous ton toit et se disait ta fille. Ils attendaient déjà sur le pas de la porte, attirés par mes cris. Ce n'était pas pour me porter secours qu'ils étaient là. Ils ne venaient jamais en aide à quiconque, se contentant de faire des commentaires en attendant les pompiers, la police, une ambulance, cependant qu'une femme battue ou un accidenté de la route se vidait de son sang. Ils parlaient de la vilaine blessure, là sur le front. Sûr qu'on ne pourrait pas exposer le corps, lors de la veillée mortuaire. Enfin, ils s'y ren­draient quand même. S'il n'y avait pas de corps à voir, s'ils ne pouvaient observer le moindre détail du costume du défunt ou la qualité de son maquillage, il y aurait au moins quelque chose à se mettre sous la dent. Au sens propre : la famille servirait un repas. Au sens figuré : les pleureuses, la chorale, la mine éplorée des proches, tout cela assurerait un spectacle. Et si c'était raté, on y serait allé pour pouvoir répandre la nouvelle dans tout Sombé, qu'untel ne savait pas vivre. Qu'aux funérailles d'un des siens passé dans l'autre monde neuf jours auparavant, il n'y avait eu que de la bière chaude et une veuve qui faisait sa mijaurée, au lieu de se rouler par terre comme son chagrin le commandait. Encore une qui se prenait pour une Blanche, refusant de salir ses vêtements sur la terre de ses ancêtres.
Tu les as appelés. Puisqu'ils étaient déjà devant le portail, ils n'ont eu qu'à entrer.


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