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Une folle solitude : le fantasme de l'homme auto-construit

Couverture du livre Une folle solitude : le fantasme de l'homme auto-construit

Auteur : Olivier Rey

Date de saisie : 12/10/2006

Genre : Philosophie

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Sciences humaines

Prix : 22.50 € / 147.59 F

ISBN : 978-2-02-086380-3

GENCOD : 9782020863803


  • La présentation de l'éditeur

Tout au long du XXe siècle, les enfants, dans leurs poussettes, ont fait face à l'adulte qui les promenait. Jusqu'aux années 70, où un retournement massif est intervenu : brusquement, on s'est mis à orienter les enfants vers l'avant. Pourquoi cette inversion ? La question, sous ses apparences anodines, nous entraîne dans une enquête inattendue et passionnante au coeur du monde contemporain. La démocratie et la science, nos références cardinales, ont contribué conjointement au retournement : l'une et l'autre privilégiant un sujet libéré du poids du passé, des entraves traditionnelles, un sujet regardant d'emblée vers l'avant et auto-construit. Sommes-nous pour autant devenus des surhommes qui tirent leur être d'eux-mêmes et élaborent de façon autonome leurs valeurs ? Ou bien sommes-nous restés des hommes qui, à récuser toutes les autorités, risquent de s'abandonner aux déterminismes aveugles et aux fantasmes régressifs que, vaille que vaille, les civilisations s'efforçaient d'apprivoiser ? Pour Olivier Rey, les récits inventés depuis un demi-siècle par la science-fiction sont moins fantaisistes qu'on ne le pense : ils nous instruisent sur un réel qui, sous des dehors rationnels, est plus que jamais gouverné par l'inconscient. Ses analyses éclairent les orientations actuelles de la biologie qui, s'emparant de la reproduction humaine, a entrepris de matérialiser des théories infantiles, de nous affranchir des chaînes généalogiques et de l'obscurité de l'origine sexuelle. L'examen des doctrines éducatives en usage, promouvant un enfant délivré de la tutelle des adultes, constructeur de ses savoirs et de lui-même, nous permet de mesurer à quel point l'utopie de l'auto-fondation a pénétré notre monde.

Olivier Rey est chercheur au CNRS, enseignant à l'Ecole polytechnique et à l'université Panthéon-Sorbonne. Il a publié au Seuil, en 2003, un essai, Itinéraire de l'égarement, analysant les origines de la science moderne et son statut dans la pensée contemporaine.



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  • La revue de presse Catherine David - Le Nouvel Observateur du 12 octobre 2006

«Devoir accepter n'importe quel changement au nom du fait que, si les hommes avaient refusé le changement, ils en seraient restés à l'âge des cavernes, est absurde.» Voici donc un traité de philosophie qui se lit avec passion et surprise, démarre sur les chapeaux de roue par une méditation sur l'orientation des poussettes, passe par une lecture décapante de la Genèse et du sacrifice d'Isaac par Abraham (sous la houlette de Marie Balmary, grande lectrice de la Bible), met son grain de sel dans le drame éternel des Atrides, éclaire les origines et les périls de la démocratie, entraîne enfin son lecteur ravi et penaud vers un réexamen radical et roboratif de toutes les sottises qui traînent dans les médias.


  • La revue de presse Eric Dupin - L'Express du 12 octobre 2006

Ce fut la révolution des poussettes. Au fil des années 1970, un changement radical s'opère inopinément. L'enfant est désormais placé dans le sens de la marche, et non plus face à l'adulte. Olivier Rey part de cette observation pour conduire le lecteur dans un passionnant voyage intellectuel autour de la question des origines, de l'individu et de la modernité...
L'auteur interroge le caractère «faussement rationnel» d'un monde qui croit pouvoir s'orienter grâce à la seule boussole scientifique et technique. Voilà qui «laisse la raison calculante seule avec elle-même - ce qui veut dire: seule avec l'inconscient». L'humanité passe alors dangereusement en pilotage automatique si l'on veut bien se rappeler que l'inconscient n'est autre que «l'infantile en nous».


  • La revue de presse Alexandra Laignel-Lavastine - Le Monde du 8 septembre 2006

A y regarder de près, il est peu de débats contemporains, qu'ils portent sur l'école, la crise de l'autorité ou le délitement du lien social, qui ne se ramènent, chaque fois, à un affrontement - décisif - entre deux grandes conceptions de la liberté humaine. Pour l'une, l'individu est tout fait : il est donc à libérer des chaînes qui entravent sa pleine expression. S'émanciper, dans cette optique, ce sera d'abord s'affranchir du passé et du donné, en finir avec le fini en même temps qu'avec la tutelle abusive des générations antérieures. C'est ce qu'Olivier Rey, tout à la fois romancier, essayiste et mathématicien, appelle dans ces pages le désastreux "fantasme de l'homme auto-construit". L'autre conception, également issue des Lumières, part du principe selon lequel l'individu est à faire, à cultiver, à éduquer. Dans cette perspective, "les individus ne naissent pas libres : ils naissent destinés à la liberté".

Ainsi comprise, l'accession à l'autonomie requiert en outre un détour, chacun devant "en passer par une phase où il reçoit de ceux qui précèdent le capital accumulé". Il ne s'agit pas là d'attenter à la liberté, mais de la permettre. Un homme rivé à sa culture est privé du pouvoir de la questionner. Un homme sans culture l'est tout autant.

L'inquiétant, pour Olivier Rey, vient justement de ce que cette seconde conception - l'autonomie entendue comme une conquête progressive, voire une ascèse - est en train de perdre la partie. Au point de nous confronter au vertige d'une raison qui, loin de "civiliser l'infantile en nous", s'est désormais mise à son service.


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