Auteur : Franck Chaumon
Date de saisie : 14/09/2006
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : La Dispute, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-84303-135-9
GENCOD : 9782843031359
La recherche de garanties vient d'investir l'espace des «psychothérapies», ensemble flou de pratiques polymorphes et changeantes. Du point de vue du législateur, il s'agissait d'y mettre bon ordre - ne serait-ce qu'au titre de la protection contre «sectes» et charlatans qui pourraient y trouver abri - en instaurant une réglementation.
Telle était du moins l'intention affichée, car l'air du temps incite à une tout autre lecture: politiques de «santé mentale ", discours scientistes et gestionnaires, avis d'«experts» de l'INSERM convergent en une passion haineuse, tout spécialement à l'endroit de la psychanalyse. Il faudrait évaluer et normaliser !
Les psychanalystes se sont trouvés embarqués dans cette galère. Certes, la psychanalyse a toujours eu à tenir compte de la culture de son temps, pour y défendre une place qui n'est jamais allée de soi. Mais en l'occasion comment fallait il répondre à cette mise en cause ? Certains ont pensé qu'il convenait de ménager dans le droit un espace pour la psychanalyse.
Pour les auteurs de ce livre - Franck Chaumon. Patrick Chemla. Roger Ferreri. Olivier Grignon. Vincent Perdigon. Michel Pion, psychanalystes. Yves Clôt, psychologue. Guillaume Leblanc, philosophe. Philippe Pignarre, essayiste. Jack Ralite, sénateur -, la menace d'une mise en ordre ne se combat pas sur le terrain réglementaire, mais par un débat public où doivent être explicités les ressorts d'une telle vindicte, et les enjeux d'une telle politique, car il y va de l'idée même qu'on se fait de a démocratie.
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La psychanalyse comme symptôme
Franck Chaumon
Cela n'avait été en apparence qu'un événement minuscule, à dire vrai un non-événement que ce vote unanime par les députés d'un amendement réglementant l'usage du titre de psychothérapeute : il fallait bien protéger les usagers des charlatans et des sectes, et pour cela mettre un peu d'ordre dans le foisonnement incompréhensible de ces pratiques dites psychothérapiques. Quelle surprise ce fut alors, au lendemain de ce vote, que d'assister à cette levée de boucliers, à cette mobilisation de la rive gauche, à ces meetings, de lire ces pétitions, ces textes enflammés dénonçant la menace pesant... sur la psychanalyse !
Dans un souci du bien et de la sécurité des personnes, le législateur avait décidé d'inscrire les psychothérapies dans l'espace réglé des garanties offertes par l'État - et cela, à la demande des psychothérapeutes eux-mêmes -, et voilà que c'est au nom de la psychanalyse que les protestations les plus véhémentes s'élevaient. Alors même que le texte de loi concernait le seul exercice de la psychothérapie, c'était les psychanalystes qui se montraient les plus critiques, les plus radicaux dans leur refus de toute réglementation.
Tel est le paradoxe, le malentendu initial de ce que l'on pourrait appeler l'affaire des psychothérapies. Insistons. C'est au nom du bien, de la santé et de la sécurité des personnes que la pratique psychothérapique se voyait ainsi reconnue par l'Etat et donc garantie par lui, et c'est à cette volonté que se sont opposés des psychanalystes, qui ont interprété cette décision de légiférer comme un risque mortel pour la psychanalyse.
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