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France, récit d'une enfance

Couverture du livre France, récit d'une enfance

Auteur : Zahia Rahmani

Date de saisie : 02/11/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : S. Wespieser éditeur, Paris, France

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-84805-045-4

GENCOD : 9782848050454


  • La présentation de l'éditeur

Ce livre trouve son origine dans l'ardente nécessité qu'éprouve la narratrice de dire à sa mère, gravement malade, tout ce qu'elle lui doit. Rien d'évident dans cette enfance française, malgré l'école, les fêtes villageoises, la joie de découvrir - à l'insu de tous - la littérature et l'art. Les cinq premières années en Algérie, les conflits avec un père harki, le racisme ordinaire, le rejet, ont douloureusement marqué la petite fille puis l'adolescente rebelle. Quand les souvenirs affluent, ils disent la peur, la solitude, la violence qui lui a été faite et son désir de fuir. Mais ils disent aussi l'appétit, la curiosité, et l'envie de vivre en société : si la jeune fille a donné des gages, si elle est devenue excellente élève, si elle s'est fait accepter par ses voisins, cultivant avec eux leur jardin et partageant leur histoire, c'est bien grâce à sa mère. Cette femme qui, elle, a refusé l'assimilation, qui ne parle que le berbère et libère les animaux en cage, n'a eu de cesse de transmettre à sa fille la fierté de ses origines : elle n'est pas l'enfant sans passé et sans gloire dont la société française lui renvoie l'image. Elle est riche d'une généalogie et de la possibilité de s'en inventer d'autres : car elle appartient aussi bien à sa famille réelle qu'à celle des héros de la littérature américaine qui l'ont tant marquée et au milieu rural dans lequel elle a grandi. Si Zahia Rahmani se penche aujourd'hui sur son enfance, si elle rend à sa mère un hommage bouleversant de tendresse, son livre est aussi un appel vibrant contre la violence insidieuse, celle que perpétue toute une société à l'égard de ses propres enfants.

Zahia Ramani vit à Paris et dans l'Oise. Elle intervient et publie régulièrement sur la littérature et l'art contemporains. Ses livres paraissent chez Sabine Wespieser éditeur: Moze (2003) a été finaliste du prix Fémina, et "Musulman" roman (2005), a obtenu la mention spéciale du prix Wepler.



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  • La revue de presse Alexandre Fillon - Lire, novembre 2006

Pas de rature, pas de gras. Zahia Rahmani raconte avec la plus grande des justesses comment elle en vint à reprendre le chemin des origines...
Avec une prose sobre et tenue, Zahia Rahmani fait revivre la gamine qu'elle fut, celle qui se demandait ce qu'elle faisait là, dans cette campagne française qui découvrait pour la première fois des étrangers. «J'appartiens à une génération adulte et instruite, souligne-t-elle, qui a très tôt compris qu'elle devait s'émanciper de toute revendication communautaire ou religieuse. Nous sommes ce que nous sommes aux yeux des autres seulement.»


  • La revue de presse Eric Loret - Libération du 31 août 2006

Zahia Rahmani use avec tranquillité, sans démonstration de force, d'une palette d'écritures qui évoluent à mesure de son personnage. La petite enfance ressemble à un découpage ciselé par un cerveau pas fini : «Le fils de monsieur Tanguy ne peut plus parler. Il nous regarde de la fenêtre. Son cou est aussi gros que celui de son bouledogue. Il a avalé une guêpe.» Puis les phrases se lient, martèlent l'adolescence, halètent l'angoisse de la mort de la mère, font rire dans les recoins. Huit pages d'un article commandé puis refusé par El Watan en 2004 décrochent de l'autofiction et creusent une mise au point dans le dernier tiers du récit : «J'ai trop vu de jeunes gens fuir l'Algérie pour ne pas avoir envie de dire que c'est avec la disparition radicale de "l'autre" que ce pays a presque parfait le creusement de son tombeau. Cet autre, c'est moi.» C'est-à-dire l'enfant de harki, à la croisée des exclusions, expert en guerres de l'homme à l'homme, passées, présentes et proches de nous : «La question du choix et de la faute, de la trahison avec les frères, nous l'avons éprouvée dès notre plus jeune âge.»



  • Les premières lignes

Cette nuit, je fais jouer une symphonie, sans rature et sans gras. J'ai peu d'instruments. Percussions et flûtes. Debout, j'orchestre un souffle.
À l'arrière, une voix m'appelle, Mademoiselle, mademoi­selle ?
Comme le craquement sec d'une feuille d'arbre pliée dans la paume, j'entends, Le jury veut de la petite musique, pas cette partition.
De dos, j'acquiesce. Je reprends. Il y a peu d'instruments. Pas de rature, pas de gras. J'enlève le souffle. Un temps.
On m'interrompt.
- C'est impossible. Sans piano, sans violon, vous ne pouvez pas. On ne peut pas ! Jouez-nous autre chose. Vous avez bien un petit mouvement, un souvenir, un paysage ? Je baisse la tête.
J'ouvre ma main. Sur elle se déplie la feuille. Je la regarde. Je n'y vois que des chemins cassés. Je la laisse glisser. Je quitte la scène.
C'est l'aube. Je me lève.
Depuis des jours ma mère est malade. Son coeur. Je rejoins son lit.


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