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L'amour comme on l'apprend à l'école hôtelière

Couverture du livre L'amour comme on l'apprend à l'école hôtelière

Auteur : Jacques Jouet

Date de saisie : 11/10/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : POL, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 22.90 € / 150.21 F

ISBN : 978-2-84682-159-9

GENCOD : 9782846821599


  • La présentation de l'éditeur

Avant de nourrir et d'héberger, l'hôtel et le restaurant se doivent d'être les lieux rêvés de l'amour. C'est là la conviction de Georges Romillat, jeune professeur d'amour à l'Ecole hôtelière. Avec une de ses élèves qui devient sa femme, il fonde l'Hôtel du Large afin que la pratique ressemble à la théorie. L'imprévisible imprévu voit la naissance d'un fils phénoménal : Sylvain, enfant prodige et prodigue, champion du sexe précoce, de l'homosexualité, de la mythomanie, du spectacle-roi, du bonheur marginal, de la générosité et de l'irresponsabilité financière (liste non close). Le roman familial qui traverse les " Trente glorieuses ", la guerre d'Algérie, Mai 68 et jusqu'aux années sida et à l'euro, voit pour finir la chute de la maison du Large laminée par l'apparition des grandes chaînes hôtelières.



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  • La revue de presse Jean-Baptiste Harang - Libération du 31 août 2006

Le livre n'est pas mince, vingt-huit cahiers de seize pages, de quoi lire, et pourtant, un long moment, on se contente d'en méditer le titre, comme s'il était à lui seul un roman ouvert, à la discrétion inventive de chaque lecteur. On ne savait pas que l'amour s'enseigne dans les écoles hôtelières, alors qu'il suffit d'avoir fréquenté quelque peu les hôtels pour comprendre qu'à l'évidence, il y a matière. C'est un roman, un gros roman, qui commence, comme il se doit, par un avertissement qu'on croit rituel avant qu'il ne s'évade avec son dernier mot : «Toute ressemblance des personnages de ce roman avec des personnes existant, ayant existé ou existant dans le futur et le concret ne saurait être que le fruit de la potentialité.» «Potentialité» nous rappelle que Jacques Jouet est un membre éminent de l'Oulipo, Ouvroir de Littérature Potentielle, mais, dès la première phrase du récit, on l'oublie pour longtemps, jusqu'à l'épilogue où il faudra bien s'expliquer sur les fruits de cette potentialité : «Le deux février 1930, à six heures du matin, naquit Georges Romillat entre les cuisses de sa mère. Elle dira volontiers, sa vie durant, qu'il vint dès le début jouer entre ses jambes», ce ton de narration va nous tenir éveillés pendant quatre cents pages, quatre cents pages d'histoires humaines, drôles, parfois loufoques, grandeur et décadence du sentiment hôtelier sur deux générations. Romillat n'est pas le premier venu, on l'a croisé quelquefois dans d'autres livres de Jacques Jouet. L'histoire de Georges d'abord, puis de Sylvain, à travers un demi-siècle d'Histoire de France.



  • Le message de l'auteur

Jacques Jouet - 09/10/2006



  • Les premières lignes

Le 2 février 1930, à six heures du matin, naquit Georges Romillat entre les cuisses de sa mère. Elle dira volontiers, sa vie durant, qu'il vint dès le début jouer dans ses jambes.
À la naissance de Georges, Madame Romillat mère, née Joséphine Juliand, était une veuve toute récente. Elle avait dû porter le veuvage presque aussi longtemps que l'enfant. Quatorze ans plus tôt, son époux était pourtant revenu vivant de la grande boucherie, quoique avec des morsures de gaz dans les alvéoles pulmonaires et un voile sur sa voix de chef pâtissier. En cuisine, il avait recommencé à donner des ordres en les inscrivant sur des ardoises. Sa mort était une séquelle qui avait pris tout son temps.
Georges ne connut pas son père autrement que par les récits de seconde main qu'en gardait sa soeur aînée, sur ce chapitre plutôt partageuse. Oublier ce qui pour lui ne serait jamais directement mémorable fut l'enjeu de sa petite enfance. Il affecta de ne pas poser de questions sur l'être incongru auquel il reprochait en secret son absentéisme. Il crut bientôt, et définitivement, ne rien en savoir.
Madame Romillat eut toutes les peines du monde à faire admettre à l'Etat qu'elle devenait veuve de guerre. Elle n'y parvint qu'in extremis et à un taux dévalué. La cause de tout cela était déjà une vieille histoire, et feu le commerçant renommé devait forcément laisser après lui un magot confortable.
La pâtisserie Romillat, sise à Paris, rue Gaspard-Monge, souffrit d'être ainsi décapitée. Il n'y avait pas de fonds disponibles pour faire face à des intempéries. Le commerce ne pouvait pas s'autoriser de pause. Dévorée de doutes sur ses capacités, Madame veuve passa tant bien que mal aux commandes, bientôt courtisée respectueusement par le notaire de famille, un fournisseur de matière grasse et l'expert-comptable. Seul le second était célibataire. Il eût mieux valu pour ses affaires qu'elle leur laissât des illusions, au moins le temps d'être au fait de tous les rouages. Durcie par son malheur, elle fut cassante.


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