Auteur : Patrick Rambaud
Date de saisie : 17/09/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 18.90 € / 123.98 F
ISBN : 978-2-246-67151-0
GENCOD : 9782246671510
Si ce livre s'appelle Le chat botté, ce n'est pas par hasard. Le chat botté, c'est Bonaparte. C'est le surnom que lui avait donné une petite fille qui s'appelait Laure Permon, une amie de sa mère. Quand il est arrivé, la première fois, et qu'il s'est présenté avec son premier uniforme, il était extrêmement fier. La petite fille a éclaté de rire en voyant ses petites jambes et ses grandes bottes, et elle a dit : «Le chat botté ! Le chat botté !», et le surnom lui est resté dans la famille. Cette petite fille est devenue la duchesse d'Abrantès qui a écrit cette anecdote dans ses mémoires. Je me suis évidemment emparé du titre. En 1795, Bonaparte arrive à Paris, au printemps. Robespierre est mort depuis quelques mois ; il a été tué après le 9 Thermidor. La France est dans un chaos complet. Il arrive à Paris un peu au rancart. Il est général, mais comme il était plutôt robespierriste, on le boude. Il n'a donc plus d'affectation. Il va essayer de grimper. Il a quelques relations. Il a connu Barras à Toulon. Il va voir toutes ses relations pour les faire jouer. Il va, de cette façon, intriguer, pendant six mois, dans un Paris bouleversé où des gens qui construisent des fortunes considérables côtoient des émeutes de la faim dans les faubourgs. On retrouve des gens morts dans les rues, avec quelquefois même de l'herbe dans la bouche parce qu'ils avaient brouté pour manger, ce qui est assez abominable. Il va se retrouver au milieu de tout cela, à la fois entre les bals, parce qu'on danse partout, et les barricades. Sa chance va être de faire tonner le canon dans Paris, devant l'église Saint-Roch, pour mater une émeute royaliste, et tout va commencer là. Il va être nommé général en chef de l'armée d'intérieur, c'est-à-dire préfet de police, par son ami, Barras. Il va ensuite se retrouver, en peu de temps, à la tête de l'armée d'Italie. Chers lecteurs et amis je l'espère, je vous souhaite un bon voyage dans ce Paris bousculé de 1795, car c'est cela que je souhaite : vous y emmener. Suivez-moi...
(Propos recueillis par téléphone)
Je vous raconte ici l'ascension d'un homme. Petit, maigre, avec un drôle d'accent, des cheveux raides et des yeux bleus, il a ving-cinq ans, il s'impatiente : il n'est rien et il veut tout. Général en disgrâce, il monte de Marseille à Paris au printemps 1795. Après la chute de Robespierre le pays est en plein chaos. C'est le temps de Barras, de Madame Tallien, des muscadins, des bals. Les uns font fortune, les autres meurent de faim. A force d'intrigues, de coups de gueule. ou de caresses, notre général va réussir. En une saison il écrase une émeute royaliste, épouse la vicomtesse de Beauharnais et se retrouve à la tête de l'armée d'Italie. Sur la route de Nice où il part rejoindre ses troupes pour les lancer en Lombardie dans une guerre de pillage, il francise son nom italien facile à écorcher. Désormais il va s'appeler Bonaparte.
Patrick Rambaud, né à Paris en 1946, a écrit une trentaine de livres, parmi lesquels : La Bataille (Grasset, 1997, prix Goncourt et grand prix du roman de l'Académie française), Il neigeait (Grasset, 2000), L'Absent (Grasset, 2002) et L'Idiot du village (Grasset, 2005).
Pourtant, croyez-moi, s'il y a un livre cet automne qu'on prend à la première page et qu'on est sûr de ne pas lâcher avant la dernière, cinq heures plus tard, c'est celui-là. A ce stade, ce n'est plus de la littérature, c'est de la confiserie. En plus, c'est une leçon d'histoire parfaitement opportune. Tous ceux qui ne cessent de nous seriner que le déclin est là, irréversible, devraient se pencher sur «Le chat botté». Ils verraient la France au fond du gouffre pour de bon. Et, je vous rassure, juste à la veille de sa plus grande gloire...
Un génie tisse sa toile, mais, racontée par Rambaud, cette conquête du pouvoir est d'abord une merveilleuse promenade dans le ventre de Paris, plein de bagarres, de flirts et de brigandages officiels. On s'instruit, on s'amuse et on se rassure.
[...] Cette fois, le roman historique de Patrick Rambaud prend Napoléon à la chute de Robespierre, et le laisse généralissime de l'armée d'Italie, jeune époux de la veuve Beauharnais. Comme on le voit, Rambaud recule, puisque ses trois précédents ouvrages traitaient de la fin de l'Empire. Il a d'ailleurs fort à faire avec cette période aussi trouble que troublée, où le jeune général Bonaparte ne fait presque rien. Où il se contente de piaffer, attendant un emploi digne de lui, que nul d'ailleurs ne songe à lui donner. Où il intrigue pour l'obtenir.
[...] C'est de la belle ouvrage que ce livre. Le mélange de personnages historiques et fictifs est efficace, Bonaparte en provincial mal à l'aise, génial et agacé, est très amusant, l'alternance des répliques et des commentaires plus ou moins perfides ne verse pas trop souvent dans le système. Parfois des morceaux brillants (le portrait de Mme Tallien en déesse est un régal), des dialogues à la Guitry :
«Quel est cet élégant qui prend des poses ?
- Ouvrard, général. Le banquier. A vingt-cinq ans il est déjà millionnaire.
- Comme moi.
- Vous êtes millionnaire ?
- J'ai vingt-cinq ans.»
De la chute de Robespierre au mariage de Buonaparte avec Joséphine, nous caracolons donc dans le Paris du «marquis rouge», autrement dit Barras, avec son lot de journées insurrectionnelles, de trahisons, de palinodies, d'incroyables et de merveilleuses, de balthazars au Café de Foix et chez Beauvilliers. En chantant le Réveil du peuple, on croise le général Kilmaine, Murat, Carnot. Ce pauvre Féraud est assassiné et Fréron, ravi de la confusion, se frotte les mains. Ne sera-t-il pas l'amant de Pauline, la soeur de Napoléon ? En octobre 1795, la réaction tente de prendre le pouvoir. Ces royalistes ne sont pas réalistes. Le général Buonaparte fait tirer au canon sur la foule. Saint-Roch restera dans les mémoires. Le Chat botté devient le général Vendémiaire. Et lors de sa nomination à l'armée d'Italie, il sera Bonaparte. Bravo, M. Rambaud. On vous tire notre chapeau. Ou plutôt notre bicorne.
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